V SAINT-DOMINGUE
rintrodiirtion jusqu'au 1'' juillet, par les j)orls d'entrepôt (Je rtle, des farines et du biscuit de fabrique étrangère (l). xMais bientôt le gouverneur prétendit prolonger de trois mois cette autorisation (9 mai), et comme l'intendant, préoccupé d'éviter les plaintes du commerce français, se refusait à le suivre, il prenait seul l'initiative de cette mesure i2) que les planteurs accueillirent avec des transports de joie. Leur satisfaction ne connut plus de bornes quand du Chilleau, le 27 mai, accorda de son propre mouvement aux étrangers la liberté du commerce, et notamment celle de l'introduction des nègres, dans la partie Sud de Saint- Domingue (3). Ces deux mesures provoquèrent de la part des négociants de nos ports une tempête de récriminations. Barbé-Marbois les déféra au Conseil du roi qui en prononça la cassation (4). Dès le 8 avril, les relations de l'intendant et du gouverneur étaient si tendues que du Chilleau se croyait obligé de demander un rappel. Le gouvernement ne put s'empêcher de le lui accorder (5). Les grands planteurs le portèrent aux nues, célébrèrent son patriotisme, le représentèrent comme une victime du despotisme et vouèrent Barbé-Marbois à Texécration de la colonie (6). Le résultat de cette lutte entre les deux hommes qui représentaient le pouvoir central à une époque aussi difticile fut de briser les derniers ressorts de l'autorité. L'administration
(l)()nl.m. (lu :n mars, 1" avril J7Sλ, ^1/r/*. Colon,, C.t), reiç- i<î2. — ;2) CorriN]). à cr hujol crilrc Du Chillcnu et B.-Mnrbois, ^t un 2îi iiini 1789, Arch. <.'o/o/2., r.. î>, iTjr. J()i>j d'autirs piiVcs à i:c Mijcl roiiiplissonl h» vnliinit' U\\\. — (:r) Arrris on onloiiiiain'rs coiitonus dans c<^s deiix voliiiiirs. — (i) Arivl du Conseil, i juillet i7SÎ), ihid., reg. 402. — (1) Loltro do Du Cliillran. K avril nMÎ>, Arch. Colon., C. 1», rrg. i03. Le ConHCÎl dérida !<• raj)|M'l Ir iS juin, Arch. PurUm., VIII, 171^7. ^ — ^(i) Dénonciation conire La Lu/cni(^ (t-l h.-.Marl)ois), i71M), Arch^ ParUm,, XVI, 27U. — Discours du ^ ocl. 1700, au nom dcl'Ass. p^ni. dcSainl-Doniinguc, 'M j). in-li, p. A ^ooll. Currc).
venait de donner, après le spectacle de sa faiblesse et de son impuissance^ celui de ses divisions. On cessa de la craindre ; on commença à la braver et à la mépriser. Elle avait interdit l'élection des députés ; on les avait désignés malgré elle. Elle avait déclaré que la dépulation coloniale était illégale et qu'elle ne serait pas admise aux Etats-Généraux. On affecta au Cap, à Port-au-Prince et aux Cayes de faire enregistrer publiquement au mois d'avril les pouvoirs des députés (1), et de recevoir les représentants des grands planteurs au bruit du canon, comme des triomphateurs (2). « Ils s'embarquèrent » successivement, « à la vue et aux applaudissements de tout un peuple », c'est-à-dire, de leurs partisans, si l'on tient compte de l'hyperbole. L'événement leur donna raison. Ni le gouvernement ni les Etats-Généraux ne devaient montrer plus de résolution en présence des prétentions illégales du parti de la représentation coloniale que n'en avaient montré les administrateurs de Saint- Domingue.