‹ Saint-Domingue à la veille de la révolution et la question de la représentation coloniale aux Etats généraux, janvier 1788-7 juillet 1789Chapitre 16 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'Action du Comité Colonial de Paris

et de ses Adversaires en France

pendant la période électorale

(Janvier-mal 1789).

Le Comité colonial de Paris, aussi remuant que ceux de Saint-Domingue, avait de son côté multiplié les démarches,

(1) Procès-verbaux des 21 janvier et février, précites. — (â) Caslonnet, op, ciU, p.35. — (2) Deux^ chef de dénonciatiun contre La Luzerne (4790), Arch. Pari., XVI, 279.

soit auprès du gouvernement, soit auprès de l'opinion publique, pour faire triompher ses vues.

A la Cour, malgré Tinsuccès de leurs tentatives antérieures, les commissaires des colons tentaient de nouveaux efforts, Necker ne paraît pas leur avoir été hostile, mais il gardait la neutralité entre eux et leurs adversaires de la Société des Amis des Noirs. Le ministre de la guerre, Cbastenet de Puységur,qui avait^en épousant M"' d'Hérouville, acquis de grandes propriétés à Saint-Domingue (1), était-il favorable au Comité ou se rangeait-il parmi ses ennemis? On l'ignore. Ce qui est certain, c*est que le ministère, après la décision prise en Conseil au mois de septembre, ne pouvait guère se déjuger. Les commissaires s'imaginèrent qu'à force d'importunité ils l'amèneraient à adopter un avis contraire. Le 27 janvier, après avoir reçu le mémoire de la Chambre d'agriculture du Cap daté du 7 novembre, ils en décidèrent l'impression, « afin de prouver » à leurs commettants et au public « qui ont bien voulu approuver leurs démarches » qu'ils n'avaient été « que les interprètes fidèles de leurs constituants ». Deplus,ils résolurent de députer aux ministres le comte de Reynaud, les marquis de Paroy et de Gouy d'Arsy, « pour les supplier de remettre de nouveau sous les « yeux du roi les très humbles supplications des proprié- « taires de Saint-Domingue (2) ». Le 31 janvier. Ils demandaient audience au Directeur général des finances (3).

Le 10 février, ils sollicitent de lui un nouvel entretien. Ils ont reçu, disent-ils, « le matin des lettres tellement impor-

{{) Corresp. secrète, pp. Lcsciirc, I, G09. — (2) Délibér. du Comité colonial de Saint-Domingue, séant à Paris, extrait orig. mss signé. Arch, Aat.y Bv :«,copic imprimée, 7 p., Bibl, Nat, Lk\ 12 | 26. —(3) Mlet de MM. les eomm. au Direct. fi:»''ii.tles finances, 31 janv. 1789, Arch.Nal,^ B. III, 135, fo 721. — Arrêté du Comité colonial, s. d.(prob. aussi, 31 janvier, sur le même sujet). Ibid,, reg. B. 111,135, f" 722 et suiv.

<v tantes de leurs constituants qu'ils demandent d'en instruire « le roi sans délai. Ils ne donneront communication de leurs ce dépêches qu'àM. Necker (1)». Celui-ci, plus embarrassé qu'honoré de cette confiance, répondit aux commissaires « qu'il avaitreçu leurmémoire et copie d'une jettre au roi». « Il ne croit pas, ajoute-t-il, que le roi ait aucun éloigne- » ment pour l'admission des députés des colonies aux Etats- :< Généraux, mais Sa Majesté pense que cetteaffaire doit être « soumise auparavantà la délibération des Etats-Généraux, (v Au reste, le ministre de la marine est plus particulière- « ment instruit que le Directeur général des intentions de « Sa Majesté, et le Directeur général ne peut que s'en rap- « porter à ce qu'il fera connaître à Messieurs les députés (2) » . C'était une fin polie de non-recevoir. Suivant l'avis de Necker, les commissaires, en désespoir de cause, tentèrent une dernière démarche auprès de La Luzerne par l'entremise du garde des sceaux Barentin (3). Le ministre de la marine se borna à aviser son collègue qu'il avait répondu au mémoire de la Chambre d'agriculture du Cap, u de la part du a roi dont il avait pris les ordres » . « Quant aux neuf per- « sonnes qui vous le transmettent, ajoutait-il, et qui prennent « le titre de Comité colonial, le roi, sur une lettre qu'ils lui « avaient adressée et qui avait été prise en considération « au Conseil d'Etat le 1 1 septembre 1788, a décidé qu'ilsne « pouvaient être regardés comme fondés des pouvoirs de la « colonie. Les bornes d'une lettre ne me permettent pas de « vous exposer les doutes qui se sont élevés sur leurs pré-

(1) Requête de Gouyd'Arsy au nom des commissairesi 10 février, Arch» Nat.y Ba, 38. — (2) Minute (non signée ni datée, avec note au crayon, iO février) de la réponse de Necker, Arch. NaL, Ba, 38. — (3) Lettre d(» M. le Garde des sceaux à MM. les députés de la colonie de Saint-Domingue, 10 mars 1789, Arch, A^a/.,B.in,13o, fo730.

Page 1