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H lenlions el sur leurs asserlions. Si vous voulez lire le ' préambule d'une ordonnance rendue par les adminislra- • Ifur? de Sainl-Domingue..., îi la fin de décembre, vous tt vtTriz ct.M|ui s*est passé, el combien il était difficile alors ■1 de présumer quel était ie vœu de la colonie au sein de ■i Tîle même .1;. »»
Ue ce cùté tout espoir était donc désormais perdu; le jrouvernemenl avait statué el il refusait de revenir sur sa décision.
Le Comité colonial réussit mieux dans sa propagande aupré? tles assemblées électorales réunies en France. Il parvint à faire élire un certain nombre de ses partisans, notamment parmi les députés de la noblesse et à intéresser à sa cau<e divers bailliaj:es ou sénéchaussées. Bien que le règlement royal du 24 janvier 1789 fût muet sur la question de la représentation coloniale, la plupart des partis considéraii'iit ijue Tadmission des députés des colonies n'avait Ywn ijut' de légitime. Au reste, dans les réunions des ordres, les commissaires ou les adhérents du Comité colonial se monlraurilfcrl actifs, les uns agissant auprès des partisans de raiu'ienrét;ime, les autres auprès des partis de réforme l'I d'opposition. A Parisen particulier, Gouy d'Arsy se mettait en évidtMK'e dans les assemblées de la noblesse. Il y faisait décider la revendication des droits de la commune et funion des Imis ordres, malgré Tavis des gentilshommes allachés à la cour et de la majorité des magistrats du Parlement '2 . Dans le iV département de la noblesse parisienne, qui comprenait la Cliaussée-d'Antinetlesboulevards,
(I) L.iliv .!«• .M. il." I,.i Lîi/.Tii.' à M. le Ganli' ili^s sceaux (10 mars 1780) Arr/i. \fii., iTir. H. III, Tî:», t-^ 7M. — ^5) «ihabsin, Us Elections et les Cahiers de l*tiris, I,lôT, io'J.
il s'était fait désigner comme secrétaire, et, bientôt après, il y était nommé électeur du second degré, chargé de participer au choix des députés, à côté de Bougainville, des marquis de Clermont d'Amboise et de Valence {\). D'autres membres du Comité colonial prenaient part à Paris, aux réunions des nobles. Le 20 avril, le 7® département (quartiers de la Place des Victoires et des Petits-Pères) confiait au doyen d'âge, M. de Peyrac, les fonctions de scrulateur.Dans le vingtième département, parmi les électeurs du second degré figure le chevalier Reynaud, qui est peut-être le même personnage que le comte de Reynaud. A l'assemblée du 20* département (quartiers de Saint-Germain-des-Prés et des Théatins) paraissent le baron Duplâa et le duc de Praslin. Les gentilshommes du 2' département (quartiers du Louvre, des Tuileries et de la rue Sainl-Honoré) élisent président et électeur du 2® degré, à l'unanimité, le duc de Brancas. A l'assemblée du 1" département (quartier de la Cité et du Grand Chàlelet) figure Aubert de Saint-Georges Dupetil-Thouars, gouverneur de Chinon, membre de la famille d'un des meneurs de la Chambre d'agriculture du Cap (2).
Les adhérents ou les partisans du Comité colonial ne semblent pas avoir été aussi nombreux dans les assemblées du tiers-état de Paris. Néanmoins, ils paraissent y avoir eu deux agents d'une influence réelle. Le premier était Moreau de Saint-Méry, qui joua un certain rôle dans les délibérations du quartier Saint-Eustache et qui fut nommé parmi les 407 électeurs du second degré chargés d'élire les députés du tiers parisien. Dans le quartier de la Sorbonne,
(1) Proccs-v. dcsass., avril 1789, Chassifiy II, i31, 202-203. — (2) Ibidem, II, 120, 118, 130, 142, 100, 202-203.
district des Mathurins, rimprimeur du Comité colonial, Clousier, était aussi désigné comme électeur du second degré à côté de ses confrères Moutard et Baudouin et de Tavocat Treilhard (1).
Les cahiers et les procès-verbaux des assemblées tenues hors de Paris et en province montrent aussi que les commissaires coloniaux eurent des auxiliaires dans divers bailliages. Â la réunion de la noblesse de la prévôté et vicomte de Paris [hors les murs)^ Gouy d'Arsy se met encore au premier rang. C'est lui qui porte la parole au nom de la députation des nobles chargés de transmettre aux autres assemblées les compliments de ses pairs. Le 28 avril, il fait partie de la commission de 18 membres qui a reçu mission de rédiger les cahiers de cette circonscription (2). On le retrouve encore à l'assemblée du bailliage de Melun, qu'il préside en sa qualité de bailli d'épée, et où il flatte les susceptibilités du tiers : « La noblesse était couverte, « dit un contemporain. Il observa que cette hauteur était « déplacée. On ne bougea pas. Il se couvrit lui-même en « prescrivant au tiers-état d'en faire de même et rétablit « ainsi l'égalité (3). » Dans d'autres sénéchaussées, les membres du Comité colonial exercèrent certainement une influence considérable. Plusieurs d'entre eux réussirent à se faire élire comme députés. La noblesse de la sénéchaussée d'Angers désigna le duc de Choiseul-Praslin pour son mandataire aux Elals-Généraux (4). Celle du bailliage de Provins et Monlereau porta ses suffrages sur le marquis de
(i) Ibid., II, 345, 304, 325. — (2) Extrait du procès-v. de lass. de la noblesse (i2-l3nïai), etc., Mercure de France ijSg^ no 25. — (3) Corresp, secrète^ p.p. Lescure, 11, 340 (27 mars 1789). — (4) A. Brette, les Consi Huants, in-8, 1895. — Doc, rel. à la convoc, des Etais-Gén.j tome II. — Almanachrot/al,iV30y p. 12(>.
Paroy, qui fut élu au bénéfice de Tàge contre le marquis de Clermont d'Amboise (1). La noblesse de Paris hors les murs élut comnie député suppléant le marquis de Gouy d'Arsy, en même temps que Clermont-Tonnerre (2). Il s'en fallut de 3 voix seulement que le remuant commissairerapporteur du Comité colonial ne fût élu député titulaire delà noblesse du bailliage de Melun; là, encore, il dut se contenter d'une suppléance (3). Le beau-frère du marquis de Paroy, le marquis de Vaudreuil, était de son côté élu député de la noblesse de la sénéchaussée de Castelnaudary.Son fils, le comte de Vaudreuil, recevait dans une autre circonscription électorale le mandat de représentant aux Etats-Généraux (4). Le duc de Céreste-Brancas était proclamé à Tunanimité député de la noblesse de Forcalquier en Provence (5). 11 y avait enfin, surtout parmi les députés de la noblesse, un certain nombre de grands seigneurs favorables aux revendications des colons, comme ils le prouvèrent plus tard, tels que les comtes Charles et Alexandre de Lameth, élus Tun par la noblesse d'Artois, l'autre par la noblesse de Picardie, le comte de Castellane, élu par celle de Châleauneuf-en-Thimerais, et tous trois propriétaires à Saint-Domingue. On en comptait même parmi les députés du tiers-état, tels que Malouet et Delaville-Leroux(6).
Ainsi, la cause des grands planteurs allait être défendue aux Etats-Généraux par les principaux promoteurs du mou-
(1) E. Charavay, Introd, aux Mé/n. de Paroy, p. V, 3 mai 1789. — Chassin, IV, 353. — (2) Confession de Gouy d'Arsy (1791), Arch, Parlent,, XXXI, 301. — (3) Bourloton, DicL des Parlem., V, 490. — (4) Le duc de Brancas refusa ladéputation, A.Brette, La coll. Camus aux Archiv. Nat. (liste des députés élus n'ayant pas siégé), Révol, fr., tome XXI, p. 192. —(5) Alm, royal, 1790, pp. 125 et suiv. — (6) Brette, Rec. de Doc, tome II.
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« aux députés chargés de ses intérêts; en vain, elle avait <( tout tenté pour faire parvenir ses réclamations au pied du « tn^ne ». C'est pourquoi, en observant les formes prescrites^ les colons avaient tenu des « assemblées illicites, mais <( commandées par le patriotisme, mais guidées par le « respect » . Ces assemblées avaient nommé des députés qui <( étaient partis, arrivés ou arrivaient ». La colonie allait donc « se présenter à l'Assemblée Nationale. Elle allait « demander à s'y voir admise,'aprèsy avoir été entendue ». <( Dans la plus juste réclamation qui fut jamais, elle sollici- <* tait Tappui de la noblesse de Paris ». L'orateur produisit ensuite ses pouvoirs et ceux de ses collègues. Le président de rassemblée, Clermont-Tonnerre, lui répondit en ces termes: « Monsieur, l'ordre de la noblesse portera l'attention « la plus réfléchie sur tous les objets que vous venez de sou- « mettre à sa délibération. Aucun droit ne lui est indifférent. « Le but de tous les Français est le même. 11 faut que la « liberté appartienne à tout le monde, et si nous avons été <i tous Jibiillus sous le despotisme ministériel, il faut espèce rerque nous nous relèverons tous ensemble (1). » Deux jours auparavant, le 27 avril, au moment où le tiers-état de Paris venait de procéder à l'élection des 36 commissaires chargés de la rédaction des cahiers, les 3 commissaires de la députalionde Saint-Domingue étaient venus présenter une reijuéle identique (2). Klle fut appuyée le 4 mai par Morcau do Sainl-Méry, Tun des commissaires de l'ordre du tiers, et TAssembléc décida qu'il lui serait donné satisfaction (3). Il en fut sans doute de même dans l'Assemblée du clergé.
(l) Procrs-vorbal de Vass. do la iioMesse de Paris, 29 avril 1789, Chassin, 111, li(>. — {^) Procès-verhal de l'ass. du licrs-ctat, 27 avril 1785, Chassi'n, III, X\. — (:{) Mémoires de Bailly (éd. Biirrière), 1, 29 cl 31.
Deux des cahiers de Paris^ ceux de la noblesse et du tiers, se prononçaient en faveur de l'acceptation immédiate des revendications des grands planteurs. « Que les « colonies françaises, disait le cahier de la noblesse, « soient désormais réputées provinces de France, sous- « traites au pouvoir arbitraire du département de la ma- « rine, assimilées aux autres provinces, et participent « comme elles à tous les avantages qu'elles doivent attendre « des lois constitutionnelles ; que ces nouvelles provinces « soient convenablement représentées aux Etats-Géné- « raux (1). » Le cahier du tiers n'était guère moins affîrmatif : « Nos représentants appuieront la demande de la <( colonie de Saint-Domingue d'être admise aux Etats-Gé- « néraux, disait-il ; ils demanderont également que les M députés des autres colonies soient admis, étant compo- « sées de nos frères et comme devant participer à tous les « avantages de la constitution française (2). » Le clergé se montrait beaucoup plus prudent. Il se bornait à émettre le vœu que la colonie de Saint-Domingue fût « admise, appelée même aux « ;;;w//am^ Etats-Généraux, à Teffetd'y « discuter le droit qu'elle réclame d'y avoir des représen- « tants chargés de défendre ses intérêts (3) » .
Dans les assemblées électorales de la prévôté et vicomte de Paris, la propagande du Comité colonial, guidée pas Gouy d'Arsy, avait été encore plus décisive. Le 29 avril au matin, le clergé de la circonscription parisienne située hors des murs, réuni sous la présidence de l'archevêque Juigné, recevait les trois députés de Saint-Domingue et admirait
(i) Cahier de la noblesse de Paris (iO mai), dans Chassin, IH, 330. — (2) Cahier du Tiers-Etat de Paris (mai i789), iùid., 111, 336. — (3) Cahier du Clergé de Paris, ibid,, III, 314.
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« l'éloquence pleine de sensibilité » de leur orateur ordinaire (1). La veille au soir, 28 avril, le tiers-élal de Paris hors les murs avait été harangué par le commissaire-rapporteur du Comité colonial qui avait affirmé audacieusement que la requête de son parti avait été favorablement accueillie dans « un grand nombre de bailliages ». Gomme le président civil Angran lui demandait en vertu de quels pouvoirs le Comité agissait, Gouy d'Arsy avait exhibé la fameuse requ^'le des 4.000 colons, la lettre adressée au roi en août, et enfin la missive du Comité qui accréditait les trois députés. L'assemblée se prononçait aussitôt en faveur des mandataires de Saint-Domingue, décidait « que les lettres seraient rerues », et Tun des commissaires à la rédaction du cahier s'empressait de déclarer que son ordre avait devancé les vœux des colons (2).
Même accueil cordial le 2 mai au matin dans l'assemblée de la noblesse de Paris hors des murs, devant laquelle Gouy d'Arsy rééditait ses arguments ordinaires, rehaussés d'affirmations assez éloignées de la réalité. D'après lui, Saint- Domingue, « seule oubliée parmi toutes les provinces fran- « çaises, avait dû user du droit imprescriptible acquis à « tous les hommes de s'occuper des intérêts communs; (( tous les habitants des paroisses réunis » avaient «librement nommé des électeurs, et ceux-ci avaient choisi des députés dont les uns étaient déjà arrivés et les autres en mer ». « Le vœu de la colonie était d'obtenir le plus tôt possible « la juste représentation qu'elle demandait », requête pour laquelle l'appui de la noblesse lui serait précieux. Mêlant habilement à son argumentation les raisons tirées du rôle de
(1) ProcAs-v. d'ass. du clergé de Paris hors murs, 29 avril, ibid.^ IV, 330. — (i) ProciVs-verbal d'ass. du licrs-ctat de Paris hors murs, 28 avril, ibid., IV, 301.
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Saint-Domingue dans le mouvement des échanges, et dans le développement industriel et maritime delà métropole, il avait arraché des applaudissements à ses auditeurs, en leur montrant les colons repoussant a avec horreur» les conseils de leurs administrateurs, pour venir au contraire prendre leur part de la dette nationale, afin de prouver qu'ils étaient unis à la France par les « douceurs de la confraternité » . Le président, M. de Clermont-Tonnerre, se faisait Tinterprête des sentiments delanoblesse, en assurant la députation du Comité colonial que son ordre prendrait « en sérieuse considération la demande qui venait d'être faite avec tant d'éloquence et d'énergie (1) ». En effet, le cahier de la noblesse de Paris hors murs se prononçait sans ambages pour la requête des grands planteurs. H chargeait les députés de l'ordre aux Etats-Généraux « de proposer inces^ samment » « à cette assemblée de prendre des mesures « pour queles colonies fussent représentées» dès l'ouverture de la session (2). Moins affirmatif, le cahier du tiers émettait le vœu de voir admettre les représentants des colonies, même s'il était possible pour la prochaine tenue », en vertu du droit qu'avaient toutes les parties de la nation d'être représentées (3). Enfin, le clergé, toujours prudent, formulait simplement le souhait « que les envoyés de la « colonie de Saint-Domingue fussent entendus et qu'il leur « fût permis d'exposer les raisons sur lesquelles ladite « colonie se fondait pour réclamer le droit de députer aux « Etats-Généraux (4) ».
(d) Procès-verb. d'ass. de la noblesse de Paris hors murs, 2 mai 4789, Chastin, IV, 331 . — (2) Cahier de la noblesse de Paris hors murs, art. 24 (mai 1789), ibid., IV, 425. — (3) Cahier du tiers-état de Paris hors murs, art. 10, ibid, y IV, 436.— (4) Cahier du clergé de Paris hors murs, art. 18, Chassin, IV, 401 .
Celait généralement enveloppés de ces formules peu compromettantes que les cahiers de paroisses de TUe de France, telles que Magny-Lessarl et VilIiers-le-Bel, et ceux de divers bailliages, par exemple du tiers-état de Versailles, de Melun et de Saint-Brieuc, de la noblesse d'Anjou, 'de Provins et Montereau, de Nemours, de Touraine, du Périgord, présentaient leurs vœux en faveur de l'admission des députés des colonies. Les uns se contentaient de proclamer le principe de la représentation coloniale, sans se prononcer sur son application immédiate, comme à Melun, à Saint-Brieuc, à Provins, à Nemours, les autres, comme à Tours et à Angers, demandaient qu'on statuât à cet égard sur le vœu des colons. Le tiers-état de Versailles estimait même qu'il suffirait au besoin d'admettre les députés des colonies, « sinon aux prochains Etals- Généraux, du moins à ceux qui suivraient (1)» .Encore ces manifestations n'avaient-elles été probablement obtenues que par complaisance envers certains membres des assemblées de ces bailliages, tels que Choiseul-Praslin en Anjou, Qouy d'Arsy à Melun, Paroy à Provins, peut-être les amis de Cocherel à Tours. Mais le Comité colonial se donna à lui-même et donna aux autres l'illusion d'un courant d'opinion favorable à ses plans.
Il ne s'était pas rendu compte de l'imprudence de sa
(i) Cahiers de Majçny et de Villiers-le-Bd, Arch . Pari., IV, 666, V,2il ; cahiers du tiers état de Melun, de Saint-Brieuc ; de la noblesse de Provins- Montereau, de Nemours, de Touraine, d'Anjou, de Périgord ; du bailliage de Versailles, Arch. Parlem., il, 749; V, 620, 448; IV, iH, VI, 40; 113: V, 339 — Chassirit IV, 141. Le relevé fait d'après la collection ^des Archives parlementiiires est probablement incomplet. Garât dans son discours (Courrier de Provence^l, 334) affirme par exemple (jue le cahier du Labourd demandait l'admission des députés coloniaux : ce vœu manque dans le relevé fait par Mavidal.
propagande. L*ardeur de ses revendications avait stimulé d'autant le zèle de ses adversaires, les philanthropes qui voyaient dans la réalisation de ses vœux le principal obstacle aux réformes sociales qu'ils préconisaient. La Société des Amis des Noirs, à la veille de la réunion des Etats- Généraux, redoublait en effet d'efforts. Elle venait de s'organiser déBnitivement à la fin de 1788, d'arrêter son règlement, et son prompteur le plus ardent, Brissot, revenu d'Amérique, lui communiquait l'enthousiasme qui l'animait pour une causeaussi élevée. Les planteurs de Saint-Domingue surveillaient avec angoisse les manifestations philanthropiques de l'association rivale (1). Le 3 février 1789, le président de la Société des Amis des Noirs, Condorcet, adressait à tous les bailliages une lettre imprimée pour appeler l'attention du corps électoral sur la situation des nègres. Au nom « des droits imprescriptibles de Thomme et de l'autorité de la raison », il suppliait les électeurs de demander la réforme de la condition des esclaves des colonies et d'exiger a la destruction de la traite » . On a nous accuse, disait-il, d'être a les ennemis des colons ; nous le sommes seulement de a l'injustice (2) » . Dans ses Lettres d'un gentilhomme à Messieurs du tiers-état, il revenait à la charge pour conjurer les assemblées électorales d'écouter a la voix de l'humanité », de requérir l'abrogation des lois qui, dans les « pays sou- « mis à l'Empire français violent, le droit de l'étranger, du « serf de la glèbe, du nègre (3) ». De son côté, Brissot publiait le Mémoire sur les Noirs de r Amérique septentrionale
(1) Moreau de Saint-Méry, Considérations, p. 5. — (2) Au corps électoral contre Tesclavage des Noirs, Œuvres de Condorcet, éd. Arago(\%il), in-8o, IX, 471, 475. — (4) Lettre d'un gentilhomme à Messieurs du tiers- Etat (3e lettre), ibid., IX, 248, 250. — (3) Mémoires sur les noirs, etc. (9 février i789), Bibl, NaL, Lk. 9 | 44.
qu'il venail de lire le 9 février dans une réunion de la Société et oùil montrait ToBuvre accomplie parles anli-esclavagislesdes Etats-Unis comme un modèle à imiter (l). L'Assemblée générale de l'association le chargeait de présenter, de concert avec Condorcet etDebourges, une requête en faveur des nègres aux Etals-Généraux, dès qu'ils seraient constitués et « de poursuivre cette cause» auprès de la représentation nationale (18 avril) (2).
Les Amis dos Noirs, unanimes pour demander l'abolition de la traite et lu réforme de la condition des esclaves, ne Tétaient plus lorsqu'il s'agissait de la question de la députation coloniale. Les uns, tels que Condorcet et Brissot, se montraient hostiles à l'admission des députés de Saint- Domingue dans lesquels ils voyaient, non sans raison, les plus fermes défenseurs de l'iniquité sociale, dont les philanthropes réclamaient la destruction (3). Les autres, tels que Saint-Fargeau et Marie-Joseph Chénier, le poète bien connu, soutenaient « qu'il était de justice » rigoureuse que les colonies françaises pussent envoyer des « députés aux Etats- Généraux (4)». Victimes du despotisme ministériel, suivant le terme à la mode, elles avaient le droit de faire entendre leurs griefs. Mais, ils estimaient qu'il faudrait, si Ton consentait à l'admission des députés des colonies, aborder en même temps l'examen de l'abolition de la traite, de même que celle de la réforme des abus de l'esclavage.
Lorsque les assemblées électorales se réunirent, les Amis des Noirs déployèrent, pour intéresser les bailliages à leurs
(1) Hôflexions sur rndinission nux Klats-Gcncraux des députcR de Saint-Doniin^cuc fj"'" 4781)), p. \M\. — [t) Voir ci-dossous, chapitre X. — (îi) Idée d'un cahier pour le Tiers-Etat de Paris par Chénier (4789), Dibl* Nat. Lk. 39 | 1852; extraits dans Chussin, III, 220.
idées, une activité égale à celle que les commissaires du Comité colonial avaient manifestée pour l'admission de la dépulation de Saint-Domingue. Toutefois, comme leurs adversaires, ils n'obtinrent que des résultats médiocres en comparaison de l'effort déployé. A Paris, une Liste des amis du peuple qui méritent de fixer le choix des électeurs^ recommandait les chefs du mouvement philanthropique, tels que Brissot, Sieyès, Clavière, Debourges, Marie-Joseph Chénier, Gallois^Brissot deWarville, le duc Alexandre de La Rochefoucauld (1). Dans les réunions de la noblesse, figuraient, à côté des partisans des colons, les amis des noirs, par exemple La Fayette, Condorcet, La Rochefoucauld, Lavoisier, le président de Saint-Fargeau, Leroi dePetitval. Aux assembles du tiers, Debourges, Demeunier, Sieyès se distinguaient parmi les électeurs les plus influents, Brissot lui-même se faisait remarquer par son éloquence aux réunions du district des Filles-Saint-Thomas, etil multipliait les virulentes attaques, soit contre le despotisme ministériel, soit contre les privilèges nobiliaires. C'est lui qui faisait triompher dans ce district la motion du vote par tête imposée comme un mandat impératif aux députés du tiers, et qui obtinlqu'on écartât la proposition présentée par Gouy d'Arsy en vue défaire élire en commun les députés des trois ordres do la capitale (2). Il est probable, si Ton en juge par les vœux des cahiers, que dans un certain nombre de bailliages, comme à Paris, les adhérents de la Société des Amis des Noirs firent entendre leur voix. Si les amis des colons parvinrent à faire élire quelques-uns de leurs partisans, les philanthropes
(1) Avis au tiers-état de Paris (avril 4789), Chassin, III, 310-312. — Liste des amis du peuple. II, 312. — (2^ Procès-verbaux des ass. élecl. de Paris, dans Chassin, III, 31 ; II, 345, 400, 352, 325.
réussirent de leur côté à faire envoyer aux Etats-Généraux des adeptes de leurs idées. La noblesse de Paris porta par exeniple ses voix sur le duc de La Rochefoucauld, le tiers sur Debourges, Demeunier et Sieyès (1). Il ne manqua que quelques voix àBrissotpour être élu député suppléant, mais il parvint, de concert avec Clavière, à se faire élire membre du Comité de correspondance entre les districts, les électeurs et les députés de Paris aux Etats-Généraux (2).
La sénéchaussée de Riom conférait le mandat de député à La Fayette, celles d'Aix, de Chartres, d'Artois, de Metz, de Labourd, élisaient Mirabeau, Pétion de Villeneuve, Robespierre, Tabbé Grégoire, les deux Garât, tous défenseurs de la cause anti-esclavagiste (3). Les amis des colons euxmêmes avaient dû faire des concessions. D'après un fabricant de Paris, Charton,Moreau de Saint-Méry,run des promoteurs de la députation de Saint-Domingue, avait le! 2 mai. dans une réunion des électeurs parisiens, déclaré que le « sort des nègres devait être adouci [4) » . Le cahier de la noblesse delà capitale, qui avait formulé les revendications les plus énergiques en faveur de Tadmission des députés des colonies, insérait comme correctif un vœu afin que « cette admission prononcée, et jion avant, les Etats- Généraux s'occupassent d'améliorer le sort des noirs (5)», La motion de la Société des Amis des Noirs, à tout prendre, avait été mieux accueillie que celle des colons. Une quarantaine de cahiers de bailliages, provenant, soit de la noblesse.
(i) Procès-v. d'élections, pp. Chassin, II, 331; III, 248. — Afém, de Bailli/, 1, 57. — (2) Chassin, II, 400. — A. Brelle, Réo. fr,, XXII, p. 2i.
— (-3) A.Brette, Rec. de Doc, tome II.— Alm. royal i790, pp. 123 et suLv.
— (4) Proccs-vorb. de la réunion des électeurs de Paris, 30 déc. 1789, Chassin, III, 605. — (5) Cahier de la noblesse de Paris (10 mai), Chassin, III, 330.
soit du clergé, soit du tiers-élat et de toutes les parties de la France, demandèrent Tabolition de la traite, et sinon la suppression de Tesclavage pour la plupart, du moins un traitement « doux et modéré » à Tégard des nègres. Quelques-uns, comme le cahier du tiers-état de Paris, présentaient des vœux en faveur des hommes de couleur (1). La campagne du Comité colonial rencontrait dans le succès relatif des efforts de la Société des Amis des Noirs une inquiétante contre-partie.
D'un autre côté, les planteurs d'opinions conservatrices qui devaient organiser bientôt le club de Thôtel Massiac, envoyaient aux Etats-Généraux des hommes résolus à combattre les élus du Comité colonial. Parmi ces futurs adhérents du club Massiac se trouvaient le marquis de Beauharnais, député de la noblesse de Paris ; le conseiller au Parlement, Duval d'Esprémenil, grand propriétaire du chef de sa femme à Saint-Domingue, député de la noblesse de Paris hors murs; le comte d'AgouIt, député de la noblesse du Dauphiné (2). Enfin, les villes manufacturières, telles que Bailleul, Lille, le Mans, Abbeville, Montauban, Rennes, Troyes et les ports de commerce, le Havre, Rouen, Saint- Brieuc, Nantes, la Rochelle, Toulon, Bordeaux, réclamaient énergiquement dans leurs revendications le maintien du pacte colonial, protestaient contre Tarrêt de 1784,et s'opposaient à l'ouverture des colonies aux étrangers. Leurs députés, tels que l'es Ladebat,les Nairac, lesBlin, les Delaltre, les Roussillon. devaient être pour les planteurs des adversaires infatigables (3).
(i) Arch. Pari. (coll. des cahiers) tomes I à VI. — (2) Alm. royal, 1790, pp. i23etsq. — Brette, Rec.de Doc, y tome II. — Chassin, tomes II et IH. ^— (^)Cahiers de ces bailliages ou villes dans les Arch. Pari, y II, 578 ; III, 534 ; 647 ; V, 495 ; 548 ; 692 ; VI, 85 ; II, 400, 472, 579 ; III, 483 ; IV, 97; V, 632, 790; VI, 109.
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L'admission des représcnlanUde Sl-Domingue aux Etals- GoinTaux, tant réclamée par le Comité de la rue de Provence pendant la période électorale, loin d\*lre pour les intérêts des colons une puissante garantie, devait allirer sur les questions coloniales une attention préjudiciable aux abus dont vivaient pour une bonne part les grands plaDteurs.