‹ Saint-Domingue à la veille de la révolution et la question de la représentation coloniale aux Etats généraux, janvier 1788-7 juillet 1789Chapitre 4 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Question de la Représentation Coloniale

et les Divergences d'Opinion

parmi les Colons de Saint-Domingue

En effet, une partie restreinte des colons eut d'abord seule ridée d'obtenir une représentation particulière pour Saint-Domingue aux Etats-Généraux. L'unanimité était loin d'exister sur ce point entre les planteurs et les autres habitants de la grande île. De profondes divergences d'opinion existaient à cet égard non seulement parmi les grands propriétaires, mais encore parmi les petits planteurs et parmi les autres classes de la population libre de cette colonie.

Les partisans d'une représentation aux Etats Généraux ne furent qu'une minorité, recrutée surtout parmi les grands propriétaires résidant en France, parmi leurs adhérents à Saint-Domingue appartenant comme eux à l'aristocratie, et enfin parmi les négociants ou colons placés dans leur dépendance. Ce noyau se grossit des hommes de loi et de leur clientèle, ainsi que d'un petit nombre d'habitants des villes et bourgs de la colonie. Le premier acte de cette minorité fut d'organiser un Comité colonial. L'initiative vint-elle des planteurs de France ou de ceux de Saint- Domingue? La question reste obscure. En tout cas, vrai-

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sembliiblement c'est aux premiers mois de 1788 que naquit ridée d'une agitation des planteurs en faveur de la représentation coloniale. A la lin de mai, on connaissait au Cap Françjais les premières démarches (ailes pour cet objet par un petit groupe de planteurs résidant en France (I). A cette époque, la convocation des iiltats Généraux, demandée parle 1-^arlement de Paris le lojuillel, avait été promise par le roi dans le lit de justice du 19 novembre 1787, seulement pour 1792, mais on pouvait dès lors prévoir, en présence de l'opposition grandissante contre le ministère Brienne, que la réunion serait avancée. D'après les membres du Comité colonial de Paris, la création de ce groupement fut due à une entente entre les planteurs fixés dans la métropole et les propriétaires résidant à Saint-Domingue. « L'enthousiasme palrioti(]ue » les aurait seuls animés. L'àpreté avec laquelle ils défendirent les intérêts particuliers de la classe dominante de la colonie indique assez (]ue les mobiles auxquels ils cédèrent furent d'un ordre plus pratique et moins désintéressé. Les promoteurs do ce mouvement, à savoir les neuf commissaires dirigeants, provoquèrent des réunions ou des signatures, parmi les grands propriétaires en résidence à Paris, parmi les planteurs « de tous les ports et de toutes les provinces ». Une assemblée générale eut lieu où se trouvèrent « un grand nombre de ceux » de la capitale et du reste de la France. On y élut une commission de neuf membres, « auxquels on donna pour instruction principale de procurer à Saint-Domingue une admission » dans la

(\) Lcltrc (les colons résidons à Sîiiiil-Doiniîiu^uc au Iloi, 31 mai 1788 (la (latc l'ail siipposcM* un inlc.rvallc de 2 mois, laps de temps nécessaire pour recevoir à Sainl-Dominsfucics nouvelles de Franec, dont on fait mention dans ce document). Arch, iVa^, B. III, 1:).%, fo^ | et suiv. — Bibl, Nul,, Lk. 12 I ii:23.

A LA VEILLE DE LA REVOLUTION 4r>

prochaine Assemblée nationale (1). D'après la Chambre d'Agriculture du Cap, ce sont les planteurs de Tîle qui enjoignirent « à ceux de France » de se réunir et de nommer parmi eux des commissaires « propres par leurs lumières et leur rang à répondre à la mission flatteuse de représenter toute la colonie (2) ».

Ces indications suffisent pour montrer la véritable nature de la campagne organisée dès lors en vue d'obtenir une députalion spéciale à Saint-Domingue. Cette campagne présente tous les caractères d'une œuvre de parti. Elle est le fait d'une portion assez minime des colons. En France, le Comité colonial rallia à ses vues quelques centaines d'adhérents, soit à Paris (où se trouvaient parfois réunis jusqu'à 7 ou 800 planteurs) (3), soit dans les ports de mer, où certains négociants, comme les Nairac, les Journu, les Labedat à Bordeaux, les Garesché à la Rochelle, étaient aussi propriétaires, à Saint-Domingue, de grosses plantations. Ces planteurs formaient une élite aristocratique. La plupart ne connaissaient l'île que par les revenus qu'ils en tiraient ; ils devaient leur fortune territoriale dans l'île à leurs alliances matrimoniales ouà des successions. De « toutes les personnes « qui composent le Comité colonial, dit un écrit de ce temps, « aucune n'a habité de suite à Saint-Domingue, et les deux- « tiers n'y ont jamais été (4). » L'absentéisme sévissait en efTel parmi les grands planteurs. Telles paroisses, comme

(1) Mihne document et requêtes postérieures des colons. — En outre, Dénonciation contre La Luzerne, 1790, Arch. Nat ^ D. XXIX,98. — (±) Lettre du 31 mai 1788, précitée, et autres requêtes. — (3) En effet, la lettre du 31 mai indique 3,000 signatures recueillies dans la colonie ; la requête du Comité colonial, 31 aoiU 1788, nov. 1788, etc., et les Chefs d'accusation contre La Luzerne en indiquent 4.000; la diflérence est représentée par les 1.000 signatures réunies en France. — (i) Ex. en 1791 (mai), 6'orresp, secrète^ pp. Lescure, II, 527.

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celles de la Petite-Anse et du Quartier.Morin,n'avaienl pas un propriétaire résidant; tous étaient en France et se faisaient représenter ou par des économes-gérants ou par les négociants du Gap [l'j. Les neuf dixièmes des blancs aspiraient à les imiter, ne considérant la colonie que « comme une (( auberge » où ils ne faisaient que passer et où ils n'espéraient pas mourir. Les planteurs privilégiés qui respirent l'air de la mère-patrie, et surtout celui de Paris et de Versailles, sont donc des heureux qui n'ont qu'à jouir de leurs richesses. Ils forment à la cour la brillante cohorte du roi ou des princes, avec les Ségur, les Noailles, les Lévis, les La Rochefoucauld, les Uohan. Ils comptent même parmi leurs amis « un prince auguste » i2), qui encourage les efforts du Comité colonial. C'est le duc d'Orléans, Louis- Philippe-Joseph, dont le nom ligure dans la première liste des membres du Comité.

Outre ces données générales, on a dos renseignements précis sur la formation et la composition du Comité colonial de Paris. Il ne s'organisa ofticiellomenl et d*une façon définitive qu'au mois de juillet 1788, bien que ses promoteurs en eussent déjà auparavant groupé quelques éléments et fussent entrés en relations avec les mécontents de Saint-Domingue. A la tête du mouvement se trouvaient un grand propriétaire, le marquis de Paroy, et un ancien gouverneur par intérim de la colonie, le comte de Reynaud, Munis des lettres de la Chambre d'Agriculture du Cap et du manifeste des colons qui leur parvinrent le 30 juin et le 10 juillet, ils se préoccupèrent de fonder une organisation

(1) Lettre d'un Ami des Noirs aux (léputés des. trois ordres (1789), paa^c r)0, JJibt. iVat.y Lk. 9 | 4'> {:i]. — Nouvel Kxameii du rapport Barnave (1791) (brochure coll. Carré), p. H. — (!{} Leilre d'un Ami des Noirs, pp. 40-r>2. — (i) Lettres du lU mai, 7 nov., 10 déc. 178S, citées ci-dessous.

stable, et ils trouvèrent dans un grand seigneur remuant, le marquis de Gouy d'Arsy, un auxiliaire plein de zèle. Désireux d'agir sur Topinion publique, les trois meneurs deTagilalion réunirent à Paris, le 15 juillet, une assemblée à laquelle adhérèrent 56 planteurs, soil en leur nom, soit comme fondés de pouvoirs. Le comte deReynaud y exposa les griefs du parti de la représentation coloniale et fit part aux assistants des vœux des colons de Saint-Domingue. Un plan de campagne fut adopté à Tunanimité, et la réunion décida de confier le soin de poursuivre les mesures propres à en assurer la réalisation à des délégués désignés sous le nom de commissaires. Elle leur conféra des pouvoirs en vue « de faire parvenir aux pieds du roi les différentes « demandes des habitants et particulièrement leurs vœux, <( de substituer et de représenter » rassemblée « des plan- « teurs dans toutes les démarches que la prudence leur « suggérerait, et même de remplacera la pluralité des voix « entre eux par des propriétaires présents en France ceux « qui ne pourraient pas accepter la dite commission ». Les assistants adressèrent en même temps une lettre circulaire aux planteurs absents pour les engager à adhérer par leur signature au Comité colomal. En quinze jours, ils réussirent ainsi à obtenir un certain nombre d'adhésions, et le l^'août les commissaires acceptaient la mission qui leur avait été confiée (1).

La direction du Comité colonial appartint ainsi à de grands, seigneurs, qu'on avait choisis précisément en vue de mettre à profit l'influence qu'ils exerçaient. Les 9 com-

(1) Journal historique de toutes les assemblées, etc., delà commission nommée par les colons résidants à Paris (15 juillet, — dOsopt. 1788). — I^ouvoirs donnés par l'Ass. du 15 juillet, copies, Arch, Nat., B. IIÏ, iSfi, f- 77 à 94.

missaires qui forment le bureau (1) appartiennent en effet à la noblesse de cour ou à la noblesse parlementaire et ont été pris habilement parmi les divers partis. C'est d*abord le duc Louis-César de Choiseul-Praslin, lieutenant-général du roi dans les évêchés de Bretagne, allié des Beauvau, des Talleyrand-Périgord et des Damas. Il réside à Paris en son hôtel de la rue de Bourbon, au faubourg Saint-Germain, près de la rue du Bac, mais il possède aux Cayes, à Saint- Domingue, une habitation et une sucrerie d'une valeur de près de 1 million et demi. A côté de lui figure un des plus vieux représentants de la noblesse provençale, le duc de Brancas-Céresle, prince de Pizarre, comte de Forcalquier, chef de la branche aînée de cette maison, lieutenant-général des armées du roi depuis 1759, lieutenant-général du pays et comte de Provence, gouverneur des ville et château de Nantes, grand d'Espagne, qui o son logement au Louvre et son hôtel rue Taitbout. C'est à sa femme Marie de Grand'homme de Oiseux, d'une vieille famille Angevine, qu'appartient une des grandes sucreries de la Croix des Bouquets, près de Port-au-Prince, celle de Bonrepos, évaluée 1 .282.000 francs. Parmi les commissaires se trouvent aussi le chevalier Dougé, probablement le même que le maréchal de camp chevalier d'Ozé, de la promotion du 8 mars 1788, et le comte François de Reynaud de Villevert, brigadier d'infanterie (peut-être celui qui figure à VAImanach royal sous le nom de chevalier dans la promotion des maréchaux de camp de 1788). Celui-ci, lieutenant-général aux îles françaises d'Amérique, et gouverneur général par

(i) Leurs sisçnaturcs se trouvent au bas des requ(}tes dos 31 août 1788, 27 janv. 1789, etc., citées ci-dessous. — Pouvoirs donués par 1 assemblée des planteurs à Paris, 15 juillet, cités ci-dessus. — Journal historique des assemblées, etc., id.

intérim de Saint-Domingue du 25 avril 1 780 au 28 juillet 1781, avait, assurent les planteurs, une expérience consomm.ée des affaires coloniales, un zèle et une activité infatigables qu'il mit au service des revendications des colons. Le comte Jean-Joseph de Peyrac, Tun des directeurs du Comité, et sa femme, Louise Boisgautier-DesperrièreSjSont alliés aux familles de Gripière de Laval, des comtes de Gouvelle, de Lalaing d'Audenarde et du marquis Lepelletierde Saint-Fargeau. Leur sucrerie, située au Cul-de-Sac, dans la province de l'Ouest, vaut 2.580.000 francs. Le marquis de Magallon, qu'on rencontre au nombre des commissaires, est sans doute Pierre-Joseph-Gabriel de Magallon Dumirail, de la famille provençale bien connue, dont une héritière Aimée Caroillon des Tillières devint,sous la Restauration, comtesse d'Osmond. Un planteur de ce nom possédait avant 1789, aux Gonaïves, une cotonnerie et deux caféteries d'une valeur diî 191.000 francs. Charlotte Le Baillif de Mesnager, comtesse de Magallon, avait de son côté une caféterie, une cotonnerie, des places à vivres, des maisons à Port-au-Prince et à Léogane (1).

Plus connu encore est un autre des commissaires, d'origine bretonne, Guy le Gentil de Paroy (né en 1728), établi en Brie, où il avait acheté, en 1752, pour 150.000 livres la terre de Paroy, qu'il fit ériger en marquisat(1754). Il y avait élevé un château, etétaitdevenu grand bailli d'épée des villes etcomtés de Provins et de Montereau, lieutenant-général pour le roi des provinces de Champagne et Brie, iieulenant-général des

(1) Ces renseignements sont tirés des dossiers relatifs aux colons de Saint- Domingue résumés dans les 6 vol.in-i* des Etats d'indemnités (1828-1833); des Nobiliaires de Saint-AUais et de La Chesnaye-des-Bois ; — des Almanachs royaux de 1788 à 1790 (in-8*») ; de TAlmanach de Paris 1785 et suiv. — (in-32); de TEtat militaire de Roussel (in-12 annuel 1785 et suiv.).

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armées navales et graml-croix de Saint-Louis. C'est ce grand seigneur, dont on a des Sourenirs fort curieux, qui montra un dévouement si touchant pour la famille royale en 1 789 et en 1 792, et que la petite cour de Coblenz eut un moment l'idée de nommer gouverneur de Saint-Domingue (1791), en dehors du choix de Louis XVL II avait à Paris un hôtel rue de Bourbon, o4, au fiiubourg Saint-Germain.

Par son mariage avec Louise-Klisabeth de Vaudreuil (13 sept. 1749), alors Agée de 2t ans, fille du comte de Vaudreuil, lieulen;ml-général des armées navales, il était devenu grand propriétaire dans Tîle. Il y plaidait en 1777 et 1778 contre un riche planteur son voisin, Leclavier de Miniac, qui était assisté d'un avocat, Thistorien bien connu Moreau de Saint-Méry. Il y possédait deux sucreries et caféteries dans la paroisse de Limonade, outre une caféterie dans celle du Trou, le tout valant environ 3.143.000 francs. Il en en avait attribué une part h son fils, le comte de [^iroy, Tami dos F^olignac et du comte d'Artois, dont la vie aventureuse d'industriel, d'artiste amateur, de conspirateur royaliste ingénieux est retracée dans les Mémoires qu'il a écrits, l'un des documents de ce genre les plus originaux qui existent pour 1 époque révolutionnaire (1). Il n'est pas étonnant que le marquis de Paroy ait pris place dans ce Comité colonial chargé de la défense des inlérôts des grands planteurs.

Il y retrouvait d'ailleurs le comte Joseph-Hyacinthe- François do Paule de Vaudreuil, fils de son beau-père, le marquis do Vaudreuil, et Tun des favoris de la Reine, Tami

(1) M(Mnrs sourc<*s of do ])\Mfi A fcf noires du comte de Paroy^ pp. H. rh.'iravay, iii-K«^ IHîCj. IninKlnclioii cl lovlo. — Souvenirs du mnr(|uis de Parov, |)p. (^honovii res, lier, delà /?f^/'., IS83,

des Polignac et du comte d'Artois. Ce gentilhomme, amateur d'art, spirituel, d'esprit fantasque, dont Besenval a laissé un portrait peu flatté, devait mourir maréchal de France, pair et gouverneur du Louvre. Il avait en 1788 près de 47 ans, partageait son temps entre Versailles, Bagatelle et son hôtel de la rue Bourbon au noble faubourg, tandis que son père le marquis et son fils le vicomte avaient les leurs rue de Grenelle et rue Saint-Dominique. Une bonne part de ses revenus provenait non seulement de sa charge de grand fauconnier de France et des faveurs de la cour, mais encore de ses propriétés de Saint- Domingue. Il y était propriétaire, soit seul, soit avec sa sœur Marie-Josèphe, comtesse de Durfort et de Duras, de deux sucreries, Tune au Cap Français, l'autre à la Croixdes-Bouquets, avec une hatte (pour les cultures vivricres) et des bois debout d'une valeur globale de 2.231.000 fr., sans compter une troisième sucrerie dans la plaine du Culde-Sac, au Figuier, près de la Rivière Blanche, estimée 352.000 francs. Vaudreuil pouvait donc passer pour un des grands planteurs de Saint-Domingue (1).

Le marquis Charles- Léon deTaillevis de Perrigny avait les mêmes droits à cette qualité. 11 détenait, avec sa femme Anne de Lalaste, de nombreuses propriétés dans rîle,caféteries, cotonneries, indigoteries aux Caye?^, aux Coteaux, dans le quartier de Mirebalais, 3 sucreries au quartier du Fond de rile à Vache et à Torbeck dans la province du Sud, en tout près de 3 millions de francs do plantations. Il est vrai qu'il était pourvu d'une famille assez nombreuse, six enfants, dont une fille, qui devint comtesse de Menou. La noblesse

(4) Sources indiquées plus haut. Eu outro, Méui. i\o Drsoiival, H, 'SX^. — Mém. du comte de Paroy, luirod., p. XI.

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parlementaire était représentée dans le bureau du Comité par Martin Simon, baron de Duplàa, président au Parlement de Navarre ou de Pau, dont la femme, Marie-Louise de Charritte, appartenait à une famille basque connue, et dont la fille était vicomtesse de Nay-Candau en Béarn. Ils avaient au quartier Morin une plantation sucrière dont la valeur n'était guère inférieure à 3 millions (1). Enfin, au Comité directeur apparut plus tard (vers avril 1789) un autre parlementaire plus connu, Bodkin de Fitz-Gerald, conseiller en la 3* Chambre des Knquétes du Parlement de Paris, et qui avait son hôtel rue Saint-Dominique, près de la rue d'Enfer. C'est peut-être à lui qu'appartenaient une sucrerie à Léogane, un magasin et deux emplacements avec constructions à Port-au-Prince, évalués 850.000 fr. (2). De tous les membres de cette commission directrice, le plus actif fut certainement le marquis Louis-Henri -Marthe de Gouy d'Arsy. Appartenant à la noblesse de Picardie, fils d'un lieutenant général, il avait eu le Dauphin pour parrain. Après avoir fait ses études au collège d'Harcourt, à peine sorti de TEcole d'artillerie de Strasbourg, il devenait à 27 ans chevalier de Saint-Louis et colonel en second des dragons de la Reine. Il était, en 1788, lieutenant-général des armées du Roi depuis sept ans, colonel des cuirassiers du Roi à Aire, grand bailli d'épée au bailliage de Melun, lieutenant-général de la province de rile de France. Possesseur d'une belle fortune, entamée d'ailleurs en partie par des dettes, il Tavait encore accrue

(i) Sources irdiijiKTs plus haut. — (2) Outro ces mrnies sources, An^ noies (lo Sallirr. — AulniJ, Soc. des Jiicol)iris, I, p. XLIX (le personD«n|B^ iiidicjuc au n c n (inliic de la Sociric n'est pas, ccninic le pense M. Âulard lord Edwarti Filz-(îerald, mais lu'cn le conseiller Bodkin Fitz-Gerald; l'adresse donnée dans cette liste est celle du conseiller).

en s'intéressant aux entreprises industrielles de son époque. Il était, avec Périer et Dangirard, Tun des gros actionnaires et des commissaires de la fameuse Compagnie des Eaux. Par son mariage ^1 780) avec Thérilière d'importantes plantations, Anne-AmableHuxde Bayeux, il prit place parmi les grands propriétaires de Saint-Domingue . Son beau-frère était le baron de Wurmser, Allemand au service de France^ et devenu plus tard au service d'Autriche l'adversaire fameux et infortuné de Bonaparte. Les familles Hux de Bayeux et Gouy d'Arsy, héritières d'un autre grand planteur, Sébastien Lenormandjde Mézy, détenaient, dans la grande île, 4 sucreries au Limbe, à la Plaine du Nord, au Port-Margot, une caféterie et une savane à Plaisance, le tout d'une valeur supérieure à 3.100.000 francs. Le marquis avait à Paris un hôtel au tf 57 de la Chaussée d'Antin et un logement au Louvre. A la suite d'un procès retentissant, où sa cause avait été soutenue par le célèbre avocat Linguet, il était séparé de sa première femme, dont l'hôtel particulier se trouvait au n* 25 de la rue Cassette. Il se piquait d'écrire ; ses amis lui trouvaient même le talent d'un bon écrivain. Remuant et même agité, spirituel, à la recherche de la popularité, aimant le bruit et l'intrigue, il s'était fait la réputation d'un orateur. « C'est en tout un « des plus grands diseurs de rien que je connaisse, disait « de lui le Lorrain Adrien Duquesnoy. » «Il va sans façon jusqu'à l'importunité, ajoute l'auteur de la Galerie des Etats Généraux; il persécute, il lasse, il excède, mais il l'emporte. » Aussi devait-il jouer dans la campagne du Comité colonial un rôle capital, écrivant des pamphlets, rédigeant les requêtes, portant la parole au nom des planteurs. Sa persévérance et son ingéniosité devaient finir

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