Lettres des mêmes, du 6 novembre 171G [Ibid
2. « Le défaut de consommation et la non-valeur des tabacs de Saint- Domingue estant provenus de l'excès des plantations et de la fabrique... »
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de limiter le nombre des sucreries, pour cette raison « que les autres colonies suffisent aux besoins du royaume ' » ! Toutefois, plus extraordinaire encore est la position prise par le gouvernement, mis en face d'une autre question, celle des monnaies. Il est entendu que les colons, aussi bien que les négociants de France, doivent opérer par échange le troc de leurs produits respectifs. Mais si la chose est presque toujours possible aux uns, on ne réfléchit pas qu'elle est souvent impraticable aux autres. Comme l'observe très bien le gouverneur marquis de Sorel, en 1722, « un marchand de nègres ne peut vendre aux gros habitans tous ses nègres en sucre, parce que, quelque prix que les nègres puissent valoir, il auroit des produits de la vente des effets trois fois plus qu'il n'en pourroit rapporter et qu'il feroit un très mauvais retour. Il faut donc qu'il compose avec le sucrier, et fasse son marché deux tiers en argent et le tiers en
(Arrêt du Conseil du 20 juin 1698, Archives nationales, E, î904). « Pour établir, expose le même arrêt, la quotité de ce que chacun des habitans pouri'a planter de tabac pour composer ladite quantité de 700 milliers, il sera fait annuellement par chacun des cultivans, dans le temps qui sera prescrit, une déclaration de la portion de tabac que chacun entend planter. » [Ibid.)
1. « J'ai vu, écrit le ministre à Du Casse, le 26 février 1698, j'ai vu, en examinant l'état de la cargaison qui m'a été renvoyé du bâtiment Le Dauphhi, arrivé dans la rade de la Rochelle, qu'il a rapporté une quantité considérable de sucres; et il paraît, par ce qu'on écrit à M. Bégon, qu'on se propose de s'appliquer beaucoup à cette culture dans Saint- Domingue. Comme elle ne peut être que très préjudiciable aux colonies de l'Amérique, s'en fabriquant assez considérablement dans les Isles du Vent pour juger qu'il y en aura bientôt plus qu'il ne peut s'en consommer dans le royaume, et qu'ainsi ce sera un nouvel excédent, l'intention du Roy est que vous détourniés les habitans de cette vue, qui ne peut jamais leur être aussi avantageuse que la culture de l'indigo, du coton... » {Lettre du ministre à Du Casse, du 26 février 1698, dans Moreau de Saint-Méry, Op. cit., t. I, p. 582-583). Cf. la lettre de Du Casse au ministre, du 22 septembre 1698 (A. M. G., Corr. gén., Saint- Domingue, G^ vol. IV).
sucre ^ ». Ce qui se produit là pour les nègres se réalise de môme lorsqu'il s'agit de frets d'objets manufacturés dont la valeur en produits naturels équilibre mal très souvent un chargement de retour-. D'oiî il résulte que, s'il peut bien en principe ne point entrer d'argent dans la colonie, il en sort continuellement, et que de bonne heure l'État est obligé d'intervenir. Que fait-il alors? Il s'en tient parfois à des mesures timides, comme lorsqu'il fait frapper et exporter aux îles une monnaie spéciale", à moins qu'entrevoyant enfin le seul moyen d'attirer le numéraire, il n'autorise provisoirement, à Saint-Domingue, le commerce avec FEspagne, pays réputé d'argent''.
Si cependant le protectionnisme aveugle de l'ancien régime ne peut lui valoir et ne lui vaut plus en effet aujour-
1. Lettre de M. de Sorel, de Léogane, du 22 novembre 1722 {Ibid., vol. XX).
2. L'ordonnance du 6 octobre 1720 expose dans ses considérants qu'il n'y a plus de numéraire dans l'île, et que les négociants de France ne veulent en échange de leurs marchandises que de l'argent (Moreau de Saint-Méry, Lois et constiiuLions. . ., t. II, p. 701 et suiv.). — En 1721, M. de Sorel, gouverneur, ayant ordonné que, à l'encontrc de ce que voulaient les capitaines marchands, les paiements des colons se fissent en nature, pour empêcher l'argent de sortir de la colonie, les capitaines refusent de vendre leurs marchandises, sauf aux habitants qui s'engagent à payer en argent (Lettre de l'intendant Duclos, de Léogane, 22 février 1721. A. M. C, Gorr. gén., Saint-Domingue, G', vol. XIX).
3. Voir dans Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions..., t. I, p. 188-189, la déclaration du 19 février 1670.
4. Voir un arrêt du Gonseil du 27 janvier 172G (Ibid., t. III, p. 155), et un mémoire du Roi, du 28 octobre 1727, dans lequel il autorise le commerce avec l'Espagne, « commerce d'autant plus utile, y est-il dit, qu'il n'y a point d'autre expédient pour introduire de l'or et de l'argent dans les colonies. » [Ibid., t. III, p. 237.) — « Nous ne connaissons que le commerce avec l'Espagne qui puisse remédier à cet inconvénient [le manque de monnaie] », écrivent encore, le 4 avril 1786, MM. de la Luzerne et Barbé de Marbois (A. M. G., Gorr. gén., Saint-Domingue, C», vol. GLVII).
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d'hui que des blàinos V, il n'en (.'sL pas de même des encouragements et des privilèges accordés par lui aux célèbres entreprises connues sous le nom de Compagnies de colonisation, qui trouvent encore d'ardents apologistes leur attribuant volontiers toute la gloire de nos succès coloniaux d'antan -. Je ne voudrais pas m'inscrire en faux d'une manière générale contre cette opinion, ni condamner péremptoirement le deuxième des principes sur lesquels a reposé notre ancien système de colonisation ; mais il me sera bien permis de dire qu'à Saint-Domingue
1. Je dis : aujourd'hui; et pourtant, après la notion générale que j'ai donnée de la politique de notre ancien gouvernement en ce qui touche son commerce avec les colonies, on appréciera la critique lumineuse qu'en fait, dès 1772, un gouverneur de Saint-Domingue, M. de Vallière : « Le commerce de France, écrit à cette date M. de Vallière, le commerce de France croit, et on a fait tout ce qu'il falloit pour le lui persuader jusqu'à présent, que les colonies ne sont faites et créées que pour enrichir la métropole, sans que, de son côté, elle eût la peine de contribuer aux moyens de faire naître ces richesses, dont elle veut jouir exclusivement. Si le commerce de France vouloit être de bonne foi, il conviendroit qu'il craint moins l'importation étrangère que l'exportation à l'étranger. 11 voudroit que, sans peine et sans y contribuer qu'autant que son avantage s'y trouveroit, tous les sucres et autres productions de ce pays passassent à la métropole. Ils ont certainement raison, si on pouvoit cultiver et recueillir sans moyens. Encore que le commerce de France fût en droit d'exiger pareille chose, au moins faudroit-il qu'il procurât les moyens d'extraii-e tout ce que cette colonie immense est en état de produire de richesses, et l'on m'assure qu'il ne vient pas dans une année, dans cette colonie, à beaucoup près, la quantité de navires qu'il faudroit pour enlever les deux tiers des productions qu'on y recueille. » (Lettre de M. de Vallière, du 17 mai 1772, vol. GXLIl).
2. M. Pauliat, dans un livre (La politique coloniale de Vancien régime, 1887), dont la documentation insuffisante peut être dangereuse, car elle lui donne une apparence scientifique, alors qu'il est surtout un livre à thèse et de circonstance, M. Pauliat s'est fait le défenseur enthousiaste des Compagnies de colonisation. J'aurai l'occasion, d'ailleurs, de revenir sur ce travail. Sur les Compagnies, l'ouvrage général le plus consciencieux, le plus impartial, et dont je ne crois pas que les conclusions puissent être détruites par la masse des documents qui restent inédits, me paraît être celui de M. Chailley-Bert. Les Compagnies de colonisation sous l'ancien régime, 1899, in-12.
au moins, et à Tépoque où nous sommes arrivés, ces Compagnies me paraissent n'avoir joué qu'un rôle sinon néfaste, du moins fort peu glorieux.
Remarquons d'abord que le régime des Compagnies n'a été appliqué pour la première fois à Saint-Domingue qu'en 1664. Or, si auparavant, sous Henri IV, sous Richelieu et pendant môme la minorité de Louis XIV, le monopole commercial concédé à ces grandes entreprises peut se justifier par ce fait qu'elles étaient alors un moyen d'encourager la découverte, d'activer l'occupation et la mise en valeur de terres nouvelles, de favoriser même, si l'on veut, l'émigration de capitaux toujours timides, à la fin du xvif siècle, il faut bien le reconnaître, « presque aucune de ces raisons ne tient plus debout^ )>. Comme le dit très bien M. Chailley-Bert, « les premières Compagnies privilégiées (sous Henri IV et Louis XIII) ont découvert des terrains à coloniser ; les secondes (sous Louis XIII et la Régence) les ont peuplés ; les troisièmes, depuis Louis XIV, ont fait surtout du commerce^ ». Rien n'est plus vrai : les Compagnies dites de colonisation ne sont plus, dès les dernières années du xvn" siècle, que des Compagnies de commerce, et c'est bien sous ce dernier nom, qu'on le note, qu'elles sont en quelque sorte venues jusqu'à nous, et qu'on les désigne aujourd'hui le plus couramment. Or, sous ce dernier aspect, que sont-elles ? Pas autre chose, il me semble, qu'un procédé volontiers employé par l'État pour exagérer encore le régime commercial qui