Ibid., p
devait lui pcrmcU.ro de tirer le meilleur profit, à son point de vue, s'entend, de ses colonies. Interdire là, comme il le fait, le négoce libre aux nationaux euxmêmes, au prolit d'une Compagnie privilégiée (|ui reste seule maîtresse du commerce, et accorder telles permissions qu'il lui plaît, à qui il lui plaît, n'est-ce pas, en elfet, pour le pouvoir, un moyen de restreindre et de circonscrire encore une concurrence dans la demande qu'il estime toujours susceptible de faire liausser les prix des denrées importées dans la métropole? Et avoir dans ses colonies des agents que le propre intérêt de la Compagnie qu'ils représentent encourage à se montrer impitoyables à l'égard des fraudeurs, n'est-ce pas, d'autre part, une réelle sécurité pour un gouvernement dont la méfiance est sans cesse en éveil, — les textes le prouvent, — vis-à-vis de ses gouverneurs, lesquels, selon lui, ne prohibent jamais assez sévèrement le commerce des interlopes? Eu égard à ces avantages^ on consent donc à fermer les yeux sur la véritable exploitation des colons qui résulte d'une telle politique, exploitation que l'on considère comme le dernier mot de l'habileté dans l'application d'un système dont, dès lors, les Compagnies ne font plus que surveiller la bonne et rigoureuse exécution et qui enferme le commerce de nos colonies dans le cercle le plus étroit qu'il soit possible d'imaginer.
L'on prétend bien, il est vrai, qu'il est exagéré de dire qu'à dater de l'époque que j'indique, les Compagnies ne rendirent plus que des services de ce genre, car alors encore, assure-t-on, elles contribuèrent puissamment au peuplement et à la mise en valeur des colonies.
Cette opinion ne vient-elle pas, toutefois, de ce qu'on
juge trop souvent les Compagnies, non d'après les résultats obtenus par elles, mais d'après leur programme, je veux dire leur charte ? Sur le vu de son acte de constitution, l'on fait ainsi volontiers à la Compagnie, dite Compagnie de Saint-Do7mngue , fondée en 1698, l'honneur de la regarder comme l'une des plus heureuses tentatives de l'Etat pour achever d'asseoir son influence à Saint-Domingue \ De fait, le projet d'établissement de la Compagnie est plein de promesses. Il s'agit, y est-il dit, « de transporter une nouvelle et forte colonie dans la partie sud de l'île, qui n'est occupée par personne, et de rendre ladite colonie assez considérable pour être supérieure aux établissements des Espagnols^ ». Beau programme en vérité, mais à l'égard duquel le gouverneur de Saint-Domingue lui-même, l'illustre Du Casse, reste dès l'abord assez sceptique. « L'établissement que l'on va commencer, écrit-il, en effet, est très vaste et je puis dire que c'est la plus belle portion des François en l'île espagnole. Les Anglois l'avoient reconnue telle il y a longtemps et ils ont toujours eu la pensée de s'en emparer. Ils en auroient fait une colonie considérable, au lieu que les François n'y feront que languira » C'était prévoir juste *. Et il faut lire la lettre écrite au ministre par
1. En donnant le texte de la charte de cette Compagnie, M. Pauliat s'extasie ainsi devant la haute sagesse qui inspira les différents articles de ce document : « Il est probable, dit-il, que cette charte sera jugée comme encore plus curieuse que les précédentes, en raison de ses dispositions relativement aux cultures et à l'élevage des bestiaux! » (Pauliat, Op. cit., p. 238).
2. « Projet pour l'établissement de la Compagnie de Saint-Louis », sans date (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, G", vol. IV).