‹ Saint-DomingueChapitre 112 sur 115 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

36i SAINT-DOMINGUE

clamer, si on la pousse à bout, Tindépendance de Fîle^ Sonllionax dira plus tard que la première cause des malheurs de Saint-Domingue a été l'indépendance à laquelle aspiraient les corps populaires, mais que la seconde a été le refus obstiné que les blancs ont fait aux hommes de couleur de l'activité politique ". Comme le remarque en effet Garran de Goulon, « ceux qui, à Saint-Domingue, embrassèrent la Révolution se gardèrent bien d'en adopter les principes régénérateurs'' ». Je l'ai noté à diverses reprises, ce parti, qui sous l'ancien régime protestait si bruyamment contre « les procédés du despotisme », qui depuis la révolution manifeste avec tant d'ardeur en faveur de la liberté, est aussi celui qui marqua et marque toujours le plus de morgue et de mépris à l'égard non seulement des noirs, mais

i . (( Interrogé s'il a connolssancc que la plus grande partie des membres qui composoient l'Assemblée de Saint-Marc, dont il faisoit partie, fût pour l'indépendance ou seulement quelques membres, Gharles-Arnouxignace Hanus de Jumécourt, ancien capitaine au régiment d'Auxonne, a répondu que la plus grande partie des membres de ladite Assemblée paroissoit pencher pour l'indépendance, ce dont il a Jugé par les conversations particulières, plutôt que par le résultat des assemblées, et que le parti de la minorité dont il étoit, composé de moins de 40 membres, regardoit ces voix comme perdues puisque chacun s'est retiré. » (Interrogatoire du sieur de Jumécourt, du 5 février 1793, aux Archives nationales, DXXV, 30, doss. 374, 1" cahier.)

2. Débats... daiis l'affaire des colonies, t. I, p. 37-39. « La première aurore, disait Sonthonax, dans la séance de la Convention, du 13 pluviôse, ou plutôt la premièi^e nouvelle qui arriva dans la colonie de la prise de la Bastille électrisa tous les esprits ; tout le monde voulut être libre ; mais chacun voulut l'être à sa manière : les blancs voulurent bien être libres, mais ils voulurent repousser des assemblées les hommes de couleur ; les blancs voulurent secouer le joug des intendants, des gouverneurs, des Conseils supérieurs, mais ils repoussèrent ceux qui parlaient de liberté pour d'autres que pour eux. mais ils voulurent l'esclavage éternel dans les colonies et l'éternel asservissement des nègres. » (Ibid., p. 98.)

3. Rapport sur les troubles.... par J.-Ph. Garran, t. I. p. 145.

CONCLUSION 36îi

des mulâtres eux-memos, et son arrivée au pouvoir est le siG;nal d'un redoublement d'outrages à l'endroit de ces derniers, cela au moment malheureusement oii ils pouvaient espérer voir s'améliorer leur misérable condition. Dès le début de la révolution la faction toutepuissante ne dissimule pas ses sentiments sur ce point. .L'assassinat de Ferrand de Baudières, sénéchal du Petit-Goave, coupable d'avoir rédigé la pétition des mulâtres du quartier, en novembre 1789, prouva combien ceux qui dirigeaient la révolution songeaient peu à la fonder sur la véritable liberté et sur l'égalité des droits. L'exécution du mulâtre Lacombe, pendu au Cap, pour avoir adressé une supplique à l'Assemblée provinciale du Nord, et l'impunité accordée aux meurtriers d'un homme de couleur d'Aquin, nommé Labadie, parurent autoriser tous les excès contre les membres de cette classe déshéritée, comme du reste semblèrent les justifier par avance les décrets odieux prononcés contre eux par l'Assemblée de Saint-Marc.

Aux désordres, résultant de l'état d'anarchie où le pays se débattait, vint donc s'ajouter bientôt un nouveau danger, celui du soulèvement des mulâtres, dont la révolte de Vincent Ogé fut le premier et lamentable épisode ^

TU

Lorsqu'on aborde l'histoire de la révolution à Saint- Domingue, l'esprit public y apparaît si complètement

i. Cf. Interrogatoire, jugement et autres pièces relatives au procès (ie Vincent Ogé, 1791 (Archives nationales, D XXV, 58, doss. 574).

égaré, la confusion des opinions si grande, que l'on se demande bientôt à qui donner raison entre tant de factions différentes. Que l'on ne s'y trompe pas pourtant, le parti auquel doivent aller nos préférences, c'est bien encore et toujours ce parti de la petite noblesse, si attaquée sous l'ancien régime et qui continue courageusement et jusqu'à l'extrémité la lutte contre les intrigants et les agitateurs.

Parti très effacé d'abord et que la faiblesse des chefs du gouvernement, les du Chilleau, les Peynier, les Blanchelande jette en un désarroi lamentable, mais auquel Thomas-Antoine Mauduit du Plessis, colonel du régiment du Port-au-Prince, ensuite major général des troupes de la colonie, essaie le premier de rendre quelque vigueur, en prenant la direction des Pompo7is blancs^ sorte d'association militaire formée entre tous ceux qui tiennent à l'ancien ordre de choses, mais qui, comprenant quels désordres et quelle anarchie se préparent, n'hésitent pas à adopter comme lois fondamentales les décrets de l'Assemblée nationale, et veulent préparer « l'union d'esprit, de cœur et d'action de tous les bons citoyens^ ». Dans cette vue, les Pompons blancs refusent de reconnaître l'Assemblée inconstitutionnelle de Saint-Marc, et s'unissent contre elle à l'Assemblée provinciale du Nord, lorsque celle-ci revient à de plus sages résolutions. Au Nord, un autre officier, Joseph- Paul- Augustin, baron de Gambefort, colonel du régiment du Cap, soutient exactement la même politique, dont, au Sud, M. de Codère, major des Cayes, est le repré-

1. Serment des volontaires du Port-au-Prince du 20 juillet 1790, dans Garran, Rapport, t. I, p. 228.

sentant, et qui aboutit finalonKMit à la dispersion par la force de l'Asseiiiblée de Saint-Marc, dis[)ersion sanctionnée par décret de la Constituante du 12 octobre 1790.

L'assassinat de M. de Codère eL celui de M. de Mauduit privèrent malheureusement leur parti de deux de ses chefs les plus résolus et les plus actifs. Mais leur politique ne périt pas avec eux, et leurs successeurs montrèrent bientôt, dans les nouveaux dangers qui menaçaient Saint-Domingue, quel esprit de suite animait leurs desseins. De ces nouveaux dangers, le plus grave qui se posa, à la fin de 1790 et au commencement de 1791, fut, je Tai dit, l'insurrection des mulâtres ; et de ce danger, c'est encore « le parti militaire » qui délivra la colonie. Six mois après la mort d'Ogé, les mulâtres se soulevèrent de nouveau. Respectueux du décret du 15 mai 1791, par lequel la Constituante reconnaissait expressément les droits politiques des mulâtres, — au moins de ceux nés de père et mère libres, — « les représentants de l'ancien état-major » se déclarent prêts à traiter avec ceux-ci, et en septembre-octobre sont passés entre MM. Hanus de Jumécourt et François de Fontanges et les chefs des hommes de couleur les Concordats de la Croix-des-Bouquets et du Mirebalais, par lesquels les blancs s'engageaient à faire respecter dans la colonie les dernières décisions de l'Assemblée nationale \

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