‹ Saint-DomingueChapitre 113 sur 115 · Archives nationales. D XXV, 1 et · texte numérisé non relu

Archives nationales. D XXV, 1 et

Les événements allaient se charger de donner raison aux négociateurs de ces traités. Au moment même on ils se signaient, éclatait la première révolte des esclaves. Là, aussi, combien fut coupable le parti qui conduisait Saint-Domingue à sa perte, pas n'est besoin de le dire! On a accusé « les philanthropes », l'ancien gouvernement, les émigrés, les mulâtres, d'avoir soulevé les noirs. Au fond, l'insurrection de ceux-ci ne paraît pas avoir eu d'autres causes que l'agitation créée autour d'eux dans la colonie, les spectacles auxquels ils assistaient, les discours qu'ils entendaient. Dès 1789, « les nouvelles de ce qui s'est passé à Paris et dans le royaume, écrivent MM. de Peynier et Barbé de Marbois, sont connues ici par une multitude d'imprimés... Tout ce qui se fait et s'écrit, particulièrement au sujet de l'affranchissement des nègres, perce dans la colonie, malgré les précautions que nous prenons... Là-dessus, ces nègres s'accordent tous dans une idée qui les a frappés comme spontanément, c'est que les blancs esclaves ont tué leurs maîtres et qu'aujourd'hui libres, ils se gouvernent eux-mêmes et rentrent en possession des biens de la terre* ».

En droit, cette insurrection des esclaves donnait donc

1. Lettre de MM. de Peynier et Barbé de Marbois, du 27 septembre 1789 (A. M. G., Gorr. gén., Saint-Domingue, G% %-ol. CLXI). — Lorsque les blancs prirent la cocarde nationale, « les noirs appelèrent cette cocarde le signal de l'affranchissement des blancs » (Lettre des mêmes, du 10 octobre 1789. JbicL).

la plus éclatanlc oonfinnation aux craintes ot à la politique dos Pompons hlmics ; ot, en fait, elle semblait devoir faire triomplier leur parti, puisque c'est à eux qu'il fallut finalement recourir pour mater les révoltés. Malheureusement, on apprenait à ce moment que l'Assemblée nationale rapportait son décret du 15 mai, et, par celui du 24 septembre, abandonnait le règlement de la condition des mulâtres aux colons eux-mêmes. D'autre part, au mois de juillet 1791, une nouvelle assemblée coloniale se réunissait, qui, en décembre 1791, annulait les Concordats passés récemment entre les chefs de « la faction militaire » et les gens de couleur. Dès lors, la situation devient inextricable, et, pendant toute une année, les trois commissaires nommés par la Constituante et récemment débarqués à Saint-Domingue, MM. de Mirbek, Roume et Saint-Léger, demeurent spectateurs impuissants de cette anarchie, n'osant appuyer le parti qui se réclame des principes de la Révolution, en les appliquant si mal, ni le parti de l'ancienne noblesse, qu'on s'efforce de leur rendre suspect.

Leurs successeurs, Polverel, Sonthonax et Ailhaud, commissaires de la Législative, puis de la Convention, devaient faire preuve de plus de décision. Ils comprirent, eux, que les deux factions en présence étaient également ennemies du « nouvel état de choses », et qu'à ce titre elles devaient être également combattues. On a beau-

coup déclamé contre « la dictature » et « les atrocités » commises par Polverel et Sonthonax, en particulier, et certes, il est difficile de les absoudre entièrement ^ Il faut reconnaître pourtant qu'ils ne firent qu'appliquer avec une logique rigoureuse les théories dont ils étaient les représentants. « J'ai été victime, disait plus tard Sonthonax, publiquement accusé aux Jacobins, j'ai été victime des principes que j'ai voulu faire exécuter à Saint-Domingue-. » « Des patriotes et des contre-révolutionnaires, ajoutait en substance Polverel, devant la Convention, tels étaient ceux que nous avions en face de nous, tous également hostiles à la marche de la Révolution. Si ceux-ci voulaient le retour à l'ancien régime, ceux-là ne détestaient-ils pas les droits de l'homme, la liberté et l'égalité, ne craignaient-ils pas que la Révolution et les principes adoptés par le peuple français ne se propageassent jusqu'à Saint-Domingue. Les patriotes étaient de la sorte au moins aussi ennemis de la métropole que les contre-révolutionnaires, et il fallait briser les uns comme les autres ^ »

Un fait bien certain, c'est que, pour la première fois, à l'arrivée des « proconsuls », fut enfin démasqué et abattu ce parti d'intrigants, d'exaltés, de bas politiciens, qui, depuis vingt-cinq ans, au moins, avait tenu en échec toutes les autorités qui s'étaient succédées à Saint- Domingue, et que j'ai tant de fois flétri. Plus odieux aux

1. Ludovic Sciout, L« RévoUition à Saint-Domingue ; les commissaires Sonthonax et Polverel. [Revue des Questions historiques, 1898, t. LXIV, p. 399 à 470.)

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