Ibid.,t. II. p
représentants de la Convention par leur liypocrisic que les royalistes sincères, ceux qui s'intitulaient patriotes furent poursuivis par eux d'une haine implacable et poussée aux dernières limites. Nul doute, en ellet, que l'appel aux esclaves révoltés, et l'aflTanchissement général qui en l'ut la conséquence, n'aient été considérés par Polverel et Sontlionax comme l'écrasement définitif d'un parti qui n'avait voulu de la liberté et n'avait applaudi au triomphe des principes révolutionnaires que pour lui seul. Le jour où. le Gap fut envahi par les noirs, pillé et livré aux flammes (22 juin 1793), ce jourlà on put dire que Saint-Domingue était désormais perdu pour la France, et ainsi la colonie se trouva périr du fait même des factieux qui l'avaient tant de fois mise en danger.
L'union paraît, il est vrai, se faire alors entre les blancs, qui appellent les Anglais dans la colonie. Ceux-ci occupent, en septembre 1793, Jérémie et le Môle-Saint- Nicolas; en novembre de la même année, Saint-Marc; en juillet 1794 enfin, le Port-au-Prince. Mais ce recours à l'étranger n'était pas dicté à tous par les mêmes sentiments : aux uns il était inspiré par la haine de la Révolution, aux autres par une désaffection de la mèrepatrie qui datait de loin. Les causes de l'inimitié profonde des « patriotes » et des « aristocrates » ne subsistaient-elles pas d'ailleurs tout entières, et des hommes comme MM. de Jumécourt, de Montalembert, de la Rochejaquelein, de Léaumont pouvaient-ils s'entendre avec les intrigants qui depuis si longtemps les poursuivaient de leur haine ? Aussi, sans tarder, les « chefs militaires » sont-ils évincés « parla jalousie et les manœuvres
de Français qui sont bien loin de savoir ce que c'est que l'honneur et la vertu... ; les' commandants anglais euxmêmes se laissent gagner par la canaille », et acceptent de réformer M. de la Rocliejaquelein, entre autres, pour le remplacer à la tête des contingents français par un M. Moly, chirurgien, et un M. Dominjon, « fils d'un cordonnier de Nantes ^ » .
Ces divisions donnent une fois de plus beau jeu aux noirs qui, appuyés par le général Laveaux, et commandés parToussainL-Louverture, parviennent à chasser les Anglais de l'île et à en demeurer désormais les maîtres. Vainement, le général Hédouville essaie-t-il de « pacifier » la colonie au nom du Directoire ; vainement, en 1802, le général Leclerc tente-t-il d'y reprendre pied au nom du Premier Consul. Les anciens esclaves résistent victorieusement à toutes les attaques. Le Napoléon des blancs a, sans doute, enfin raison du Napoléon des noirs, et les règnes de Dessalines et de Christophe sont loin des glorieux débuts de leur prédécesseur. Mais la France est quand môme et finalement obligée de reculer devant la barbarie, et peu à peu, indifférence ou lassitude, renonce si bien à toute pensée de revanche sur ses nègres révoltés que, le 11 juillet 1825, cent cinquante millions d'indemnité exigés du gouvernement haïtien en faveur des anciens colons lui semblent payer suffisamment l'abandon de ses droits sur Saint-Domingue.
Ces colons, eux ou leurs enfants, se trouvaient alors
1. Lettres de Constance de Caumont, marquise de la Rocliejaquelein, à Anne de la Rocliejaquelein, sa fille, de Jérémie, 9 août 1797 et 22 avril 1798. Ces lettres m'ont été aimablement communiquées par M, le vicomte de Beaucorps et M. de la Martinière.
dispersés aux quali'o coins du monde. Depuis 171)3, les uns avaient gagné les Etats-Unis et s'y étaient fixés, les autres s'éLaient réfugiés on Angleterre, mais la plupart étaient revenus en France. On s'en aperçoit bien au nombre énorme de pétitions, de suppliques, de recours qui de tous les points du royaume affluent au ministère de l'Intérieur à la nouvelle de l'indemnité obtenue et qui s'y succèdent pendant près de cinquante ans. Ces pétitions, ces suppliques, ces recours forment aujourd'hui accumulés aux Archives nationales près de cent cinquante liasses ^ C'est là qu'il faut chercher les dernières traces de cette société détruite et anéantie en un des plus tragiques cataclysmes qui puisse être, mais en un cataclysme qu'avaient malheureusement préparé, il faut le redire, beaucoup de ceux qui en furent les tristes victimes !
1. Archives nationales, F" 95.574 à 95.717. Les dossiers formant ces liasses sont classés par noms de famille et par ordre alphabétique.
APPENDICE ï