Lettre des mêmes, du 20 mars [Ibid
3. Voir l'histoire des révoltes de 1670 et de 1723, dans Charlevoix, Op. cit., t. III, p. 112 et suiv. : t. IV, p. 221 et suiv. ; et un curieux récit de celle de 1723 dans [P.-J.-B. Nougaret], Voyages inf.éressans dans différentes colonies, 1788, in-8". p. 183-200.
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paiement des impôts. Les deux conseils supérieurs do Léogano et du Cap prétendent avoir la liberté de consentir l'impôt comme représentants des habitants « auxquels ce privilège a été donné en considération de la conquête que leurs pères ont faite de Fîle par leurs propres armes ^ ». Cet impôt n'étant qu'une sorte de don gratuit, chacune des séances des conseils oi^i il s'agit de le fixer est marquée par des scènes tumultueuses, et s'achève généralement dans un concert d'injures atroces à l'adresse du gouverneur et de l'intendant. Et le pouvoir doit bien souvent s'incliner, car à la moindre velléité de résistance, la canaille, dont est abondamment pourvu le pays, fait cause commune avec les conseils, organise de bruyantes protestations, affiche partout des placards, ameute les habitants le dimanche. Que gouverneurs et intendants tiennent bon, il est d'ailleurs un autre genre de protestation, c'est de ne pas payer, et la chose est si courante qu'à peine songe-t-on à s'en étonner. « L'usage est qu'on fasse publication, à la tête des milices, lors des revues, à tous les habitants d'avoir à payer, dans trois mois du jour de cette publication, leurs droits aux receveurs \ » Mais c'est là avertissement dont les naïfs seuls tiennent compte, chacun payant quand il veut et payant si mal, qu'en 1733, il est dû ainsi 1.700.000 livres d'arriéré aux caisses publiques ^ Avec aussi peu d'empressement la population s'ac-
1. Lettre de MM. de Sorel, gouverneur, et Mithon, intendant, du 3 janvier 1720 (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, C», vol. XVII).
2. Lettre de Charles Brunier, seigneur de Larnage, capitaine des vaisseaux du Roi, gouverneur, et de Simon-Pierre llaillart, intendant, du 15 mars 1742(7èzrf., vol. LXI).
3. Lettre de M. de Fayot, du 24 novembre 1733 (IbicL, vol. XXXVII).
quitte d'un autre devoir : le devoir militaire. Cela répond à un trait caractéristique de cette population, son manque d'esprit g'uerrier et patriotique. Sur ce point, gouverneurs et intendants ne tarissent pas. Tous constatent « le peu de goût que l'on a pour la guerre dans la colonie », et combien Saint-Domingue diffère, à ce point de vue, des îles du Vent'; cela de très bonne heure. « La garde ordinaire de la milice, écrit, dès 1702, M. de Galliffet, est insupportable aux habitans qui, pour s'y soustraire, émigrent dans les quartiers écartés-. )^ Ces sentiments se traduisent dans l'attitude des miliciens. « De tous les peuples qui sont au monde, mande Du Casse à son gouvernement, ceux qui composent cette colonie sont les plus mal disciplinés. Je les ai vus sous les armes comme dans une foire, n'ayant pas le moindre principe de discipline, tous nuds pieds, sans espées et des fusils mal en ordre... Je ne me flatte pas de leur inspirer de la vertu ni de l'honneur ; il en est peu qui le cognoissent^ ». Cinquante ans après, les choses n'ont pas beaucoup changé, ni la discipline fait de grands progrès, puisqu'à la revue des milices du quartier des Vases, M. Binau, aide-major de Léogane, « faisant l'instruction », un milicien, nommé Milon, ne craint pas de sortir des rangs, en criant : « A bas Binau ! A moi les garçons ! Faisons M. Nodet notre capitaine * ! »
i. Voir notamment les lettres de M. de Larnage, des 8 août, 30 juin, 31 octobre 1744 [Ibid., vol. LXIV) et 1.3 mars 1746 {Ibid., vol. LXIX).
2. Lettre de M. de Galliffet, de Léogane, 22 novembre 1702 {Ibid., vol. VI) .
3. Rapport de Du Casse, du 15 novembre 1691 [Ibid., vol. II).
4. Lettre de MM. de Larnage et Maillart. du 12 juin 1741 [Ibid., vol. LIV).
Qu'attendre du reste de gens qui, à chaque instant, « comparent le sort et la fortune des colonies angloises, auxquelles la guerre n'apporte pas la moindre altération, parle moyen des nombreuses escadres qui y sont pt;rmanentes, avec l'anéantissement total des leurs, et la destruction presque entière de notre commerce' » ; qui, « à l'approclie des plus petits canots, amis ou ennemis, ne cherchent qu'à sauver leurs nègres et leur bagage dans les bois, sans s'embarrasser de la garde du pays, qu'ils abandonnent à la discrétion de la plus faible troupe qui se présente '" » ; « qui laisseroien t faire les Anglois, si ceux-ci leur promettoient de ne pas troubler leurs propriétés ^ ». — Les flibustiers eux-mêmes, qu'on estimerait avoir dû être animés, à l'origine au moins, de sentiments plus nobles, ne semblent pas se distinguer beaucoup des autres. « Si môme ils avoient connoissance, écrit Du Casse, que la colonie deust estre attaquée, ils ne rentreroient pas pour cela... et sans le mal qu'ils font aux ennemis, il seroit très avantageux qu'il n'y en ait aucun dans ceste colonie*. » Car, il ne faut pas s'y tromper, c'est « leur seul libertinage qui les
1. Lettre de M. de Larnagc, duPetit-Goave, du 28 octobre 1744 (Ibid., vol. LXIV).
2. Lettre de M. Louis-Marin Buttet, major à Saint-Louis, du 13 avril ilil {Ibid., vol. LXXI).
3. Lettre de M. Maillart, intendant, du Fort-Royal, 13 mai 1748 {Ibid., vol. LXXIII). « La milice bourgeoise, écrit vers la même date M. Dubourg, juge à Léogane, ne doit point estre mise en ligne de compte bien importante pour la défense des forts et batteries, pas même pour celle d'un autre cartier que le leur. Ancor, je ne sçay. Monseigneur, comme ils s'en tireroient si l'attaque estoit opiniastre. Il y a quelques braves gens parmi eux, mais le nombre en est si petit qu'il ne vaut pas la peyne d'en parler. » (Lettre de M. Dubourg à M. de Gonflans, gouverneur, 28 mai 1748. Ibid., vol LXXIIL)