‹ Saint-DomingueChapitre 23 sur 115 · Lettre du même. 4 février 1733 [Ibid · texte numérisé non relu

Lettre du même. 4 février 1733 [Ibid

3. Lettre de M. Maillart, intendant, de Léogane, 7 mars 1742 (Ibid., vol. LIX).

4. Lettre de M. de Fayet, du Petit-Goave, 4 février 1733 (Ibid.. vol. XXXVII). — Les choses ne changèrent pas beaucoup, à en croire des textes postérieurs. « L'article des dettes, écrit M. de Bellecombe en 1783, est toujours un article difficile. C'est ici le pays de la mauvaise foi et les

Beaucoup de querelles se vident, du reste, ailleurs qu'en justice, et l'on ne compte pas les scènes violentes qui éclatent à tout instant entre créanciers et débiteurs. Pour une question d'intérêt assez minime en vérité, M™^ de Graff, veuve du célèbre corsaire*, accoste ainsi

débiteurs trouvent dans le dédale de la chicane introduite dans cette colonie pour sa ruine des moyens infaillibles de se soustraire à la loi. 11 u"y a que ceux contre qui les créanciers ont obtenu des condamnations par corps, que le gouvernement a des moyens de contraindre à payer, en les faisant mettre en prison, quand ils ne payent pas. 11 faut autrement des procédures éternelles pour condamner les débiteurs et. l'arrêt rendu, il n'y a encore rien de fait puisque la saisie réelle n'a pas lieu. Ceux qui devroient donner l'exemple sont ceux qu'il est le plus difficile de faire payer. MM. Saint-Martin, doyen du Conseil, Ruotle et Léger, conseillers, doivent à M. de Laborde et ne payent point ; leur état de magistrats devient la sauvegarde de leur mauvaise foi. » (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, vol. CLIII, lettre de M. Bellecombe, du Cap, 8 juin 178"3). — « Les dettes, écrit un peu plus tard M. de la Luzerne, les dettes sont garanties généralement par les biens immobiliers de l'emprunteur, ses meubles, sa personne. Nulle ressource pour le créancier à Saint-Domingue sur l'immeuble dénommé habitation. La saisie réelle paraît permise par les lois ; on n'en use cependant jamais. Quelle est au moins infiniment rare, d'où on peut conclure qu'il est très difficile de la provoquer. La location est une manière de jouir peu usitée dans cette partie du monde ; il n'est donc pas fréquent qu'on puisse saisir les revenus d'une habitation entre les mains du fermier. Qu'importe, m'objectera-t-on, n'est-il pas loisible de même de faire tomber la saisie sur le mobilier du bien exploité par le propriétaire ou son fondé de procuration? Les informations que j'ai piises me prouvent que ce moyen simple en apparence devient illusoire dans la colonie : tout est soustrait ou classé parmi les immeubles, le créancier poursuivant en est pour ses frais. 11 ne peut non plus contraindre dans l'île la personne de son débiteur pour aucune dette civile de quelque nature qu'elle soit. Les lettres de change, les billets à oindre ne lui donnent pas même ce privilège. Une seule exception a été faite pour le prix des denrées vendues parles armateurs. » (« Réflexions sur la multitude des demandes qui m'ont été faites par les créanciers à l'effet d'être payés par leurs débiteurs, propriétaires d'habitations à Saint- Domingue », par M. delà Luzerne, 1785, aux A. M. C, Corr. gén., 2° série, carton XXXV).

1. « Laurens-Cornille Baldran, sieur de Graff, escuyer, lieutenant de roy en l'isle de Saint-Domingue, capitaine de frégate légère, chevalier de Saint-Louis » (ainsi est-il qualifié dans les pièces officielles), est resté illustre dans les annales de la flibuste. Originaire, dit-on, des Pays-Bas, il avait épousé en premières noces, à Ténérilfe, en 1674, une

Onir.INES l)i; la colonisation et iMlEAIIKIlS COLONS 7]

dans la rue le clunalier do. Gallidel, le Iraite « de chien, de rouge », et prenant un balai des mains d'une servante, se précipite sur lui. L'autre tombe sur son adversaire à coups de canne et la lutte reste indécise K

« Il y a ici, constate un gouverneur, il y a ici beaucoup de cervelles épuisées par la boisson et par la fumée du tabac', » et il semble voir là une excuse à d'aussi étranges mœurs. C'en est bien une en effet, la boisson

certaine Franç.oise-Pélronille. Mais par sentences successives du juge ecclésiastique de Ténérill'e (23 mai 1689), du vicaire général de l'évôclié des Canaries (10 février 16'JO), du vicaire général de rarciievêché de Séville (23 février IG'Jl), il avait obtenu la nullité de cette première union et s'était marié en secondes noces, le 28 mars 1693, avec Marie-Anne Dieuleveult, originaire de Normandie et veuve d'un certain Pierre Lelong qui aurait été l'un des premiers habitants de la Tortue et de la côte de ISaint-Domingue (Charlevoix, 0;j. cit., t. IV. p. 56; Moreau de Saint-Méry, Notes historiques sur Sanit-Domingue, aux A. M. C, F^ 132, p. 227). D'Anne Dieuleveult. GrafT eut trois enfants : un fils mort en bas âge et deux filles : l'une Marie-Catherine, âgée de onze à douze ans en 1705, et une autre qui avait quatorze ans en 1710. Il mourut le 24 mai 1704 (Arrêt du Conseil d'Etat, qui rend à la dame de Graff et à ses filles les biens du feu sieur de Graff, 9 décembre ITOo. Cet arrêt, qui se trouve aux Archives nationales, série E, vol. 1933, a été publié avec quelques erreurs et sous

la date du 2 décembre, par Moreau de Saint-Méry, 7>oz5 t. II, p. 42-45).

La fille aînée de Gralf épousa un M. de Songé ; en 1709, je trouve ce gentilhomme tirant sur sa belle-mère, Isb'^" de Graff, pour 38.000 livres de lettres de change (A. M. C, Gorr. gén., Saint-Domineue, vol. VIII). Après 1710, M"" de Songé expose au ministre que sa mère étant morte en cette année avait confié sa seconde fille à M^^ de Chariitte, femme du commandant du quartier du Cap. Mais la jeune fille «n'a point voulu aller avec sa protectrice, et a pris une maison dans le bourg du Cap où elle l'ait une dépense considérable avec gens de mauvais commerce. » M"» de Songé termine en demandant une lettre de cachet pour faire passer sa sœur en France (A. M. C, Gorr. gén., Saint-Domingue, 2» série, carton I).

1. Lettre de M. Ghoiseul-Beaupré, de Léogane, 29 aoiit 1708 [Ibid., vol. VIII). L'épithète de « rouge, » injure très coui'ante aux îles, doit être une allusion.... désobligeante à l'adresse des premiers habitants.

2. Lettre de M. Ghoiseul-Beaupré à M. de Charritte, du 22 mai 1710 (Ibid., vol. IX).

au moins. Le vin coûte cher : il vaut à certains moments jusqu'à 120 écus la barrique ^ Aussi se rattrapet-on sur d'autres liquides, sur l'eau-de-vie surtout. Bienheureux temps que celui d'Ogeron ! L'on importait encore la précieuse liqueur ! Dès lors pourtant, le premier gouverneur de l'île se félicitait de l'interdiction du commerce étranger, « ne seroit-ce, dit-il, que pour empescher l'introduction de l'eau-de-vie, à l'aide de quoi les colons augmentent leurs désordres^ ». Cela n'est rien cependant comparé à la consommation d'alcool qui se fait lorsque, les sucreries étant organisées, la colonie se suffit désormais à elle-même avec l'eaude-vie de canne. « Il est ordinaire, écrit un intendant, de voir des gens boire cette eau-de-vie, qu'ils appellent guildive, et qui est d'une force et d'une âcreté peu communes, avec autant de facilité et aussi abondamment que l'on boit du vin dans le royaume ^ » J'ai dit plus haut que tous les habitants sucriers débitent sans vergogne leurs tafias. Pourtant le nombre des cabarets est déjà respectable. En 1709, les droits payés par eux sont considérés comme un des bons revenus de la colonie, 10.000 livres, alors que le budget en recettes se monte à peine à 60.000 livres*. Quarante ans après, ces droits, mis en ferme, rapportent plus

1. Lettre de M. Maillart, intendant, du Petit-Goave, 10 août 1744 {Ibid., vol. LXV).

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