Lettre d'Ogeron, du 23 septembre 1669 (Ibid., vol. I
3. Lettre de Duclos, intendant, du 30 juin 1721 [Ibid., vol. XX).
4. A cette date, les droits sur l'indigo sont de 38.136 livres, les droits de la boucherie de 6.425, les droits des cabarets de 9.938, les produits des ventes d'agrès et munitions de magasins de 4.038, en tout 58.537 livres (Ibid., vol. VIII, in fine).
ORIGINES DE LA COLONISATION l'7r PREMIERS COLONS 73
do 70.000 livres'. Kl il no s'agit I;i ((iio dos établissements autorisés. Une foule d'autres leur font concurrence, en particulier « les académies oii l'on joue des jeux deffendusetoùron vend du café et des liqueurs" ». Rien qu'au Cap, il y a dix maisons de cette espèce en 1745, et le nombre s'en multiplie tellement que, dix ans après, il y en a plus du double. Vainement Fautorité s'émeut, fait fermer ces tripots. Contre la fureur du jeu qui emporte les habitants, elle ne peut pas plus lutter que contre leur intempérance. « Les trois-dés, le tapetingue, le passe-dix, les deux-dés, le quinquenove, le mormonique, le hoca, la bassette, le pharaon, le lansquenet, la duppe, le biribi, la roulette, le pair ou non, le quinze, les petits paquets ^, » sont les jeux qui passionnent ces aventuriers venus aux Iles dans l'espoir d'une fortune facile, et que tente, dès leur arrivée, ce moyen sinon toujours de s'enrichir, au moins quelquefois de subsister.
De la démoralisation qui accompagne ces habitudes d'ivrognerie et de désordres est-il besoin de parler ? Cette démoralisation esta peu près générale. Sur la foi de quelques naïfs auteurs, on pourrait s'imaginer nos
1. Lettre de M. de Laporte-Lalanne, du Port-au-Prince, 31 janvierl7ol (Ibid., vol. LXXXVII).
2. Lettre de M. de Montholon, intendant, du Petit-Goave, 10 janvier 1752 {Ibid., vol. XXV).
3. Lettre de M. de Vaudreuil, 1" mars 1755 {Ibid., vol. XGVI). —Il n'est pas, du reste, jusqu'aux dettes de jeu qui ne se règlent en nature. En 1706, le Conseil du Cap condamne le sieur Cachet, poursuivi pour dette de jeu par le sieur Saleran, « à payer à ce dernier mille livres de sucre, et eu l'amende de mille autres livres de sucre, applicable aux réparations du palais du Cap, et, ce, attendu que la dette de 90 barriques est causée par le jeu. » (Arrêt du Conseil du Gap, du 4 mai 1706, dans Moreau de Saiat-Méry, Lois...., t. Il, p. 71).
colons comme des modèles d'austérité et de continence. On nous dépeint d'ordinaire les boucaniers comme se passant habituellement de femmes, et le P. Le Pers les félicite bonnement « de ne point s'embarrasser ainsi d'un meuble inutile, devant être encore plus des soldats que des habitants^ ». Ce paraît être de même, pour les gouverneurs, un sujet toujours nouveau d'étonnement que cette rareté de l'élément féminin dans l'île. Adressant à la cour, en 1681, le dénombrement de la colonie, Gussy constate que, contre un nombre de 2.970 Français capables de porteries armes et de 1.000 àl. 200 flibustiers, il n'y a que 435 femmes -. — « Nous avons trouvé dans ce quartier du Cap, écrivent, d'autre part, en 1684, MM. de Saint-Laurent et Bégon, que les habitans n'ont presque point de femmes^. » Plus de cinquante ans après, en 1742, Larnage note encore qu'au fond de l'Ileà-Vache, « sur 120 habitans qu'il a vus placés là, on ne compte que 4 femmes et 3 filles à marier'. » Mais sans parler des mœurs spéciales que peut nous laisser soupçonner cette disette, ne nous faisons pas illusion sur elle. C'est une disette de femmes blanches dont il s'agit, et Fîle semble assez bien pourvue d'espèces d'autres couleurs : d'Indiennes d'abord, « que Ton prend dans les courses et qui deviennent les plus grandes louves du monde, infectant tous les jeunes gens, flibustiers ou autres, en sorte qu'ils sont tous perdus quand il§ demeu-