‹ Saint-DomingueChapitre 26 sur 115 · Lettre de M. de Gussy, du 3 mai 1688 {Ibid., vol. I · texte numérisé non relu

Lettre de M. de Gussy, du 3 mai 1688 {Ibid., vol. I

mulâtresses, co seroit un IVein qui ompescheroit ces sortes d'alliunces V »

En général, toutefois, les choses ne vont pas si loin, je veux dire jusqu'au sacrement, car « la commodité du libertinage éloigne nombre dMiabitans du mariage" », même avec des femmes blanches. Il faut dire à leur décharge que celles qu'on envoie pour peupler la colonie ne semblent pas faites pour les tenter beaucoup ni surtout pour devenir des mères de famille bien exemplaires. Les gouverneurs le constatent trop souvent. « S'il vous plaît, écrit M. de GallifFet au ministre, s'il vous plaît, d'envoyer ici cent filles, elles s'y plairont fort, pourvu qu'on n'envoie pas les plus laides de l'Hôpital, comme ou a accoutumée » « 11 seroit à propos, observe plus gravement M. de Pouancey, gouverneur de l'île de la Tortue et de la côte de Saint-Domingue, en 1681, il seroit à propos qu'il vinst icy des femmes, afin d'y attacher des habitans et d'y attacher des ménages; mais il

1. Lettre de M. de la Rochalar, gouverneur, du o juillet 1734 {Ibid., vol. XXXIII). — A rencontre d'une opinion assez courante, les mariages entre blancs et noires libres ne lurent jamais défendus à Saint-Domingue. On vient de lire et on a vu plus liaut (p. 65) des textes qui le prouvent. En voici un autre. En 1718, le sieur Cahouet ayant épousé une quarteronne et ce mariage ayant été attaqué, MM. de Cliâteaumorand et Million déclarent expressément que « la loi ne défend pas le mariage des blancs avec les négresses, pourvu qu'elles soient libres », et qu'il faut cherclier ailleurs une raison d'invalidité au mariage de Cahouet (Lettre du 11 avril 1718, aux A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, G", vol. XV). — L'édit de mars 1724 (art. 6) défendit, il est vrai, « aux blancs de l'un et l'autre sexe de contracter mariage avec des noirs à peine de punition et d'amende arbitraire « ; mais cetéditne fut jamais appliqué qu'à la Louisiane pour laquelle il fut promulgué. (Moreau de Saint-Méry, Lois..., t. III, p. 88-93).

2. Lettre de MM. de Larnagc et Maiilart, du IS mai 1742 (Ibid., vol. LXI).

3. Lettre de M. de Galliffet, du 27 décembre 1699 {Ibid., vol.lV).

vaut mieux n'en point envoyer que d'en faire passer de débordées, comme l'on fait. Elles ruinent la santé des hommes et leur causent tant de chagrin que souvent ils en meurent, outre qu'elles font cent autres désordres ^ » Recevant, en août 1689, 63 filles, M. de Gussy essaie bien de faire croire aux habitants « qu'elles ont été parfaitement élevées, encore que quelques-unes, ajoute-t-il, ne paraissent se ressentir nullement de cette éducation " ». «Il nousfaudroit au moins 150 filles, mandent de même un peu plus tard MM. de Blénac et Mithon, mais nous vous supplions de n'en faire prendre aucune comme d'ordinaire des mauvais lieux de Paris ; elles apportent un corps aussi corrompu que leurs mœurs, elles ne servent qu'à infecter la colonie et ne sont nullement propres à la génération. On en a fait l'expérience à la Martinique et ici^ » Et en 1743 encore, Larnage, se plaignant qu'on lui expédie des filles « dont l'aptitude à la génération est pour la pluspart détruite par un trop grand usage », constate les effets déplorables de cette pratique. «Les vrais colons, dit-il, ne se font que dans le lit. » Or, beaucoup des nouvelles arrivées se livrent à la débauche et ne peuplent point, encombrant ainsi la colonie sans profit ''. Il y a bien, il est vrai, un autre groupe dont on pourrait espérer mieux. Ce sont les filles créoles. Mais elles non plus ne semblent pas très portées vers le mariage. « Tout d'abord, écrit M. de

1. Lettre de M. de Pouancey, du 30 janvier 1681 {IbicL, vol. I).

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