Ibid., vol. GXX
est vraiment des figures du plus admirable relief. Voici, au premier rang, M. Jean-Joseph de Paty, né en 1666, simple lieutenant d'infanterie en 1695, mais que, dès cette année, met hors de pair sa belle défense du Portde-Paix contre les Espagnols K La poitrine traversée d'un coup de feu, jetant le sang à pleine bouche, il est fait prisonnier par les ennemis et mérite ce magnifique éloge de Du Casse : « Je racheterois le sieur de Paty de mon sang et de trois années de mes travaux, car cet officier a combattu comme un héros -. » Dans les fonctions qui lui sont ensuite confiées de gouverneur du Petit-Goave, de commandant des parties de l'ouest et du sud, dans celles de gouverneur particulier de Léogane, puis de lieutenant au gouvernement général, Paty se montre d'ailleurs administrateur aussi habile et zélé qu'il avait été soldat courageux. On a pu s'en rendre compte partant d'extraits de lettres de lui que j'ai cités^ — De la même génération et de la même école est M. Pierre de Charritte, né vers 1638, garde-marine en 1683, enseigne en 1689, lieutenant en 1693, honoré de la croix de Saint-Louis en 1698, lieutenant de roi, puis gouverneur particulier au Cap de 1701 à 1716, entre temps gouverneur général intérimaire, enfin lieutenant au gouvernement générais Singulière physionomie que
1. Charlevoix, Op. cit., t. IV, p. 62-75, et Moreau de Saint-Méry. Historique de Saint-Domingue (A. M. C, F^, 166).
2. Lettre de Du Casse, du 30 août 1695 (A. M. C, Corr. gén., Saint- Domingue, C% vol. III).
3. Il mourut le 17 octobre 1723. Voir plusieurs lettres de lui dans les volumes V, VI, VIII, IX, XV, XVIII de la Correspondance générale, et cf. Moreau de Saint-Méry, Lois...., t. I, p. 646, 652, 656, 662; t. II. p. 267, 268, 295-296, 299, 348, 439 ei passim ; t. III, p. 64.
4. Il mourut au Cap, le 16 octobre 1720 (Lettre de M. de Sorel, du
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celle de ce gentiliionime biscayen, auquel une mâchoire emportée à la gueri'c donne une expression farouche, et ne permet d'absorber que des aliments liquides, connu dans la colonie pour sa haine des gens de justice et des <( procureurs^ », qui lui fait proposer sans ambages à la Cour la suppression du Conseil du Cap 2 et généralement de tous les tribunaux civils, mais dont on n'ose blâmer la franchise, eu égard aux services qu'il rend sur la frontière espagnole. — Je pourrais citer encore M. Etienne de Ghastenoye, qui, venu à Saint-Domingue en 1697, y sert sans interruption jusqu'en 1749, notamment comme lieutenant de roi, puis gouverneur particulier au Cap, trois fois gouverneur intérimaire, en 1732, 1737 et 1746, « méritant partout, au cours de sa longue carrière, le respect des officiers et la confiance des habitans" »; mais il me tarde d'arriver à la plus
13 novembre 1720. A. M. C, Coït, gén., Saint-Domingue, C", vol. XVIIl). Voir des lettres de lui dans les vol. V„ VI, VII, VIIl, IX, XII, et cf. Moreau de Saint-Méry, Op cit., t. II, p. 45. 81, 241, 273-276, 300-307, 309-311, 318, 323 ; t. III, p. 284 et Moreau de Saint-Méry, Notes historiques sur Saint-Domincjue (A. M. G., F^ 132, p. 235). Cf. Dufau de Maluquer. Armoriai de Béarn, t. I. p. 168-169.
1. Se plaignant du sieur Vincent, procureur général au Conseil du Cap, qui a empiété sur ses fonctions : « Que je ne le trouve plus sur mon chemin, écrit-il. endossé avec sa robe rouge !.... Jamais le tropique n'a fait tourner de cervelle de la force qu'est la sienne ! » (Lettre du 20 janvier 1702. Gorr. gén., Saint-Domingue, vol. VI.)
2. Rapport de M. de Cliarritte, du 20 août 1712 (Ibid., vol. IX).
3. Voir des lettres de M. Etienne Cochart, seigneur de Chastenoye. dans les vol. XXXVI, XLVII, LXVI. LXIX, LXXll de la Corr. gén. de Saint-Domingue, et cf. sur lui, Moreau de Saint-Méry, Op. cit., t. II, p. 58.^ ; t. Uf, p. 96 et suiv., iOl, 127, 133, 156. 201, 378, 381, 394, 415, 436, 4o7, 470, 480. Il se démit de ses fonctions en faveur de son fils, Achille Cochart, marquis de Ghastenoye, qui fut nommé gouverneur du Cap le 1" novembre 1749 (Ibid., t. III, p. 890). Ce dernier épousa, en 1750, Anne-Charlotte Le Tonnelier de Breteuil (Ibid., t. IV, p. 3, et Archives départementales deSeine-et-Oise, série L 1 m. carton 435). Voir, sur lui, Moreau de Saint-Méry, Ibid., t. IV, p. 208, 231.
curieuse sans contredit et la plus caractéristique figure (le ces temps héroïques de la colonie, celle de M. Jean- Joseph de Brach, qui se trouve à un moment le doyen, non seulement des officiers, mais de tous les habitants, puisque, né vers 1G60, entré au service comme gardemarine en 1680, débarqué à Saint-Domingue aux dernières années du xvif siècle \ il y meurt seulement en 1755, presque centenaire, sans qu'il paraisse l'avoir jamais quitté. D'abord lieutenant de roi à Léogane, puis gouverneur de Saint-Louis, il ne se retire du service qu'en 1745, à quatre-vingt-cinq ans-, et on le voit en 1749 encore présider le conseil de guerre chargé de juger l'affaire du fort Saint-Louis. Figure des vieux temps que ce gentilhomme ardent, ombrageux et bouillant, mais plein d'honneur, de franchise et de loyauté. On l'accuse « de mener dans son quartier le monde à coups de canne et de fouet », et il ne croit pas devoir s'en disculper''. Aussi ferme d'ailleurs vis-à-vis de ses chefs que de ses subordonnés, il resta longtemps célèbre dans la colonie par ses démêlés avec M. de GallifTet. En 1702, M. de Gallifïet ordonne à M. de Brach de quitter sur-le-champ Léogane pour se rendre au Port-de-Paix'. L'autre ne se presse pas d'obéir, alléguant le règlement de ses affaires personnelles. Nouvelle lettre de Galliffot lui enjoignant de tout abandonner. Cette lettre vaut au
1. Lettre de M. de Brach, do Saint-Louis, du 4 mars 1735 (A. M. C, Gorr. gén., Saint-Domingue, voL XLII).
2. Lettre de M. de Laporte-Lalanne, intendant, du Port-au-Prince, 20 décembre 1755 {Ibicl., vol. XGVIII).
3. Lettre de M. de Galliffet, de Léogane, le 30 août 1702 {Ibid., vol. VI).