Gode noir, art
LE MONDE NOIU 1 7ri
favcui' (les nt'gTcs, seront toujours une violai ion des droits de la propriété, si elles ne sont pas l'éclaniées par les colons. Le souverain, comme chef de la grande famille, ne peut que présenter les moyens d'améliorer le sort des nègres, en démontrant l'intérêt qui en résulteroit pour les propriétaires. Avant que les conseils deviennent des lois, l'opinion des colonies doit préalablement les consacrer. Le temps seul peut constater si une telle loi seroit juste. Les colons accordent par humanité la liberté de savane aux négresses qui se trouvent mères de cinq enfants parvenus à l'âge de douze ans, et elle leur est assurée, quoique les enfants mourroient après être tous parvenus à cet âge. Ils accordent deux et trois jours de liberté par semaine à celles qui ont trois ou quatre enfants ; les nègres jouissent de la même faveur, lorsque les mères sont décédées et que les enfants sont en bas âge. Une loi, qui prononceroit un pareil adoucissement en faveur des négresses, ne feroit que consacrer les sentiments des colons, et la loi devroit en faire mention. Toutes les lois sur la propriété ne sont justes qu'appuyées de l'opinion de ceux qui y sont intéressés comme propriétaires. Une loi, qui fixeroit uniformément par jour la durée du travail des nègres, seroit injuste. Les différentes cultures exigent par leur diversité un travail plus ou moins long dans la journée et môme pendant la nuit. La culture du sucre n'est pas celle du café, et ainsi des autres denrées. La nourriture des nègres différencie également suivant les différentes cultures. Dans Fune et dans l'autre espèce, les nègres sont satisfaits. Dans les montagnes, il y a des végétaux en abondance ; dans les plaines, il y en s.
moins, mais ils sont dédommagés par d'autres adoucissements. Les vêtements des nègres des plaines ne peuvent pas être semblables à ceux des montagnes... Et tout ainsi dans l'esclavage est et doit être une question de fait^ »
Dépouillez ces affirmations de leur ton hautain, elles n'expriment que la vérité. Oui, tout est question de fait dans l'esclavage et c'est la volonté du maître qui est tout. De cette volonté, et d'elle seule, l'esclave doit attendre misère ou bonheur. Car je ne fais aucune difficulté de le reconnaître : si le tableau de la vie des nègres est souvent plus sombre encore que celui que je viens d'en tracer ", il est souvent « plus riant et consolant » ; pour en adoucir l'horreur, il suffit de maîtres humains et compatissants, et ces maîtres ne sont pas introuvables dans la colonie \
1. Mémoire sur l'esclavage des nègres, contenant réponse à divers écrits qui ont été publiés en leur faveur, par M. D. L. M. F. Y., Paris, 1790, in-S», p. 54-5S.
2. « Les esclaves, dit l'auteur du Patriotisme américain, en 1750, les esclaves sont nécessaires à l'exploitation des terres. Mais, par un esprit bien contraire à ce point de vue, on ne pense point à les conserver. Des travaux forcés, parce qu'ils sont avancés dans la nuit ou pris sur le repos, le défaut d'habillement et encore plus de nourriture, quelquefois des châtiments outrés les mettent bientôt hox's de service. 11 y a des règlements sur les deux objets derniers : la nourriture et l'habillement sont lixés. Mais quelque modiques qu'ils soient et peu suffisans pour l'entretien du nègre, encore ne les lui foui'nit-on pas, et rien n'est-il plus commun que d'en voir nus. » {Le patriotisme américain, ou mémoires sur l' étahlissement de la -partie française de Saint-Domingue, 1739, in-12, p. 28.
Sur l'insouciance persistante des maîtres touchant l'entretien et le bien-être de leurs noirs au xix» siècle, cf. Du Goujon, Lettres sur l'esclavage, 184o, in-S", p. 56-68.
3. C'est ainsi que l'un d'eux : David Duval-Sanadon, dans le Discours sur l'esclavage des nègres et sur l'idée de leur affranchissement dans les colonies,par un colon de Saint-Domingue, Paris, 1786, in-8», nous a tracé de l'habitation, de la nourriture et de l'entretien des nègres une
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Quoi qu'il en soit, les seuls jours de liberté, qui interrompent les pénibles et monotones labeurs des nègres, sont les dimanches et fêtes. Ces jours, quelques-uns les passent dans le plus complet abrutissement : pendant des heures, ils restent accroupis devant leurs portes, « sans donner aucun signe d'existence » ; ou bien « la pipe à la bouche, la main remplie de graines de maïs, ils comptent et recomptent ce qu'ils doivent et ce qui leur est dû ; les femmes cherchent les poux de leurs enfants pour les manger, à mesure qu'elles en trouvent, ou sucent le nez de leurs moutards morveux* ». Mais le plus grand nombre occupent leurs loisirs à boire et à danser, seules distractions qu'ils connaissent à leurs travaux. La danse surtout est chez eux une véritable passion. La plus ordinaire s'appelle le calenda. Elle est accompagnée de deux tambours faits de morceaux de bois creux recouverts d'une peau de mouton ou de chèvre. Le plus court porte le nom de bamboula. Sur chaque tambour est un nègre à califourchon qui le frappe du poignet et des doigts, mais avec lenteur sur l'un et rapidité sur l'autre. Nombre de nègres secouent en même temps de petites calebasses garnies de cailloux ou de graines de maïs. L'orchestre est parfois complété par le banza, espèce de violon grossier à quatre cordes, que l'on pince. L'accompagnement ainsi réglé, « les danseurs, nous dit le P. Labat, sont disposés sur deux lignes, les uns devant les autres, les hommes d'un côté,
description qui, quoique exceptionnelle, répond certainement à une réalité. Voir notamment pages 65 à 99.
1. Descourtilz, Voyage d'un naturaliste... à Saint-Domingue, Paris 1809, 3 vol. in-S-, t. III, p. 189.
les femmes de l'autre. Ceux qui sont las de danser et les spectateurs forment un cercle autour des danseurs et des tambours. Le plus habile chante une chanson qu'il compose sur-le-champ sur tel sujet qu'il juge à propos et dont le refrain, qui est chanté par tous les spectateurs, est accompagné de grands battements de mains. A l'égard des danseurs, ils tiennent les bras à peu près comme ceux qui dansent en jouant des castagnettes. Ils sautent, font des virevoltes, s'approchent à deux ou trois pieds les uns des autres, se reculent en cadence jusqu'à ce que le son du tambour les avertisse de se joindre, en se frappant les cuisses les uns contre les autres, c'est-àdire les hommes contre les femmes. A les voir, il semble que ce soit des coups de ventre qu'ils se donnent, quoiqu'il n'y ait cependant que les cuisses qui supportentces coups. Ils se retirent dans le moment, en pirouettant, pour recommencer le même mouvement, avec des gestes tout à fait lascifs, autant de fois que le tambour en donne le signal, ce qu'il fait souvent plusieurs fois de suite. De temps en temps, ils s'entrelacent les bras et font deux ou trois tours, en se frappant toujours les cuisses et se baisant... Leur passion pour cette danse est au delà de l'imagination. Tous y prennent part, les vieux, les jeunes et jusqu'aux enfants qui à peine peuvent se soutenir. Il semble qu'ils l'aient dansée dans le ventre de leur mère * . »
« Le Vaudoux est, lui, une danse religieuse. Ce nom de Vaudoux est appliqué par les nègres à un être surnaturel, qu'ils se représentent sous la forme d'une cou-
1. Le P. Labat, Nouveau voyage aux Iles, 1742, t. IV, p. 465-466,470.
Icuvre, dont un grand prêtre ou une grande prêtresse interprète les volontés. Les esclaves l'invoquent souvent pour lui demander de diriger Fesprit de leurs maîtres. Ils se livrent alors à des sortes de bacchanales, dans lesquelles, surexcités par des spiritueux, ils en arrivent à trembler violemment, à se mordre et enfin à perdre tout sentiment ^ » C'est dans ces danses qu'ils répètent le fameux refrain des initiés au culte de Vaudoux :
Eh ! Eh ! Bomba ! Heu ! Heu !
Canga, bafio té !
Canga, moune dé lé !
Canga, do Ici la !
Canga li! ^
Quant à la danse à don Pèdre^ elle est plus violente encore, « et, pour la rendre plus prodigieuse, les nègres qui la dansent, les yeux fixés sur leurs pieds, boivent du tafia dans lequel ils ont mis de la poudre à tirer broyée. Cette boisson et leurs mouvements ont une telle influence sur leur être, qu'ils entrent dans une véritable fureur, pendant laquelle ils éprouvent des convulsions et font d'horribles contorsions. Et ils dansent jusqu'à