‹ Saint-DomingueChapitre 52 sur 115 · Peytraud. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Peytraud. Op. cit., p

2. Moreau de Saint-Méry, Description de la partie française de Saint-Domingue, t. I, p. 49.

Un autre refrain qui se chante lors des initiations est celui-ci :

Aia, bombaia, bombé, Lamma samana quana, E van vanta, vana docki Aia, bombaia, bombé, Lamma samana quana !

« Ce qui signifierait : « Nous jurons de détruire les blancs et tout ce « qu'ils possèdent: mourons plutôt que d"y renoncer. » (Drouin de Bercy, De Saint-Domingue, de ses guerres, de ses révolutions et de ses ressources, Paris, 1814, in-S», p. 178).

ce qu'ils tombent dans une sorte d'épilepsie qui les renverse et les mène à un état très voisin de la mort. Cette danse est en général d'autant plus expressément défendue par les maîtres, que, soit prévention, soit effet électrique, les spectateurs eux-mêmes partagent cette frénésie '. »

A côté du tragique, voici le plaisant : « Les nègres domestiques, imitateurs des blancs qu'ils aiment à singer, dansent, eux, des menuets, des contredanses, et c'est un spectacle propre à dérider le visage le plus sérieux que celui d'un pareil bal, où la bizarrerie des ajustemens européens prend un caractère parfois grotesque ^ »

Pour mener les immenses troupeaux d'hommes dont je viens de dire la vie, pour maintenir dans ces agglomérations l'ordre et la discipline, il faut au maître une main de fer, étant donnée surtout la disproportion qui existe presque partout entre le nombre des blancs et celui des noirs. Voici des plantations isolées ou 2 ou 3 blancs sont entourés de 200 à 300 esclaves''. La

4. Moreau de Saint-Méry, Notes historiques sur Saint-Domingue (A. M. C, F^ 137, p. 108).

2. Moreau de Saint-Méry, Description de la partie française de Saint- Domingue, t. I, p. 60.

3. (' Dans les plus fortes habitations de la colonie, il n'y a pas 3 blancs contre 300 à 400 nègres ; les moyennes n'en ont qu'un, mais rarement deux. » (Lettre d'un habitant au comte de Langeron, du 7 jttin 1763 : Arch. du min. des Col., Corr. gén., Saint-Domingue, G*, vol. CXV).

moindre taiblesse peut entraîner une révolte qu'il sera bientôt impossible de réprimer. Aussi de même que, par le seul régime de la contrainte perpétuelle, on obtient du nègre un travail incessant, par ce seul régime on réprime ses délits et on se prémunit contre ses attentats. Cela, le pouvoir lui-même l'admit de bonne heure. « S'il est nécessaire, écrit, en 1741, le Ministre à M. de Larnage, s'il est nécessaire de réprimer les abus que des maîtres inhumains pourroient faire de leur autorité, il est aussi d'une extrême conséquence de ne rien faire qui puisse porter les esclaves à la méconnoître et à s'écarter des bornes de la dépendance et de la soumission où ils doivent être '. » « C'est, disent de môme les instructions données en 1771 à M. de Montarcher, c'est en laissant aux maîtres un pouvoir presque absolu, que Ton peut seulement parvenir à contenir un si grand nombre d'hommes dans la soumission qu'exige leur supériorité sur les blancs. Si quelques maîtres abusoient de leur pouvoir, il faut, en les réprimant en secret, laisser toujours croire aux esclaves que les premiers ne peuvent avoir de torts envers eux ^ »

Jusqu'oii a été la cruauté des maîtres sur leurs esclaves, et cette cruauté a-t-elle été générale ou seulement l'exception? c'est la question que notre curiosité se pose avant toute autre dans ce chapitre des relations des maîtres et des esclaves à Saint-Domingue. Il est bien difficile d'y répondre catégoriquement. De combien de particularités

1. Lettre du Ministre à M. de Larnage, du 25 juillet 1741 (Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions — , t. III, p. 674).

2. Instructions données à M. de Montarcher, le 24 avril 1771 (Arch. du min. des Col., Corr. gén., Saint-Domingue, vol. GXXXIX).

la chose a-t-elle pu dépendre, en effet : du naturel des maîtres, bons ici, cruels là, de leur niveau intellectuel et moral, les esclaves trouvant généralement leurs pires tyrans dans les colons de basse extraction^; des nègres eux-mêmes, car les uns, comme les Mandingues, sont intelligents, dociles et faciles à mener, les autres, les Sénégalais, belliqueux et malaisés à contenir, ceux-ci, comme les Bambaras, stupides, butés et superstitieux, mais gais et très doux, ceux-là, brutes féroces, comme les Mondongues^.

Enfin, il faut là, comme ailleurs, faire la différence des temps, et il est bien^évident que, du premier âge de la colonie à la fin du xviif siècle, il y eut sur ce point un progrès sensible.

Quelle était en somme la puissance officielle du maître sur l'esclave? A l'origine et jusqu'en 1685, la loi est là-dessus muette. Le principe triomphe alors pleinement qu'il ne peut y avoir de pouvoir médiateur entre le maître et l'esclave, que c'est attenter aux droits de propriété que de limiter sur ce point l'autorité domestique du maître. Les tribunaux n'ont de la sorte à intervenir entre un blanc et ses noirs qu'en cas de faits particulièrement graves, meurtres ou trop horribles mutilations. Encore presque tous les magistrats, étant eux-mêmes colons, ne prennent-ils que bien rarement

1. « Les plus grandes cruautés étoient commises par les petits colons appelés vulgairement petits blancs. La mort d'un nègre faisoit un grand vide dans leurs petits ateliers, et cependant ces hommes plus passionnés, plus prompts à frapper, à employer sans réflexion une arme meurtrière, étoient l'objet des plaintes les plus fréquentes qui étoient portées aux autorités. » (Essai sur Tesclavage et observations sur l'état présent des Européens en Amérique, an Vil, aux A. M. C, F^ 129, p. 143).

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