Peytraud, Op. cit., p
2. Lettre de MM. Dubois de Lamotte et de Lalanne, 13 février 1752 {A. M. G., Gorr. gén., Saint-Domingue, G', vol. XCX).
3. Moreau de Saint-Méry, Noies historiques (Arch. du min. des Col., F^ 138, p. 143).
4. Précis des motifs qui ont décidé M. d'Estaing dans la rédaction des articles de l'ordonnance des milices du 15 janvier 1765 (Arch. du min. des GoL, Gorr. gén.. Saint-Domingue, 2» série, carton XVII).
5. Xavier Eyma, Les Peaux noires. Paris, s. d., Calmann-Lévy. in-12. p. 148-149.
plaisir des maîtres, les choses en général ne vont pas plus loin et le fossé reste presque partout profond et infranchissable entre blancs et noirs. Les mariages mixtes ne sont pas interdits entre eux ' ; toutefois ils se font de plus en plus rares, et de plus en plus grandit le mépris oii tombent pareilles unions. Une concubine noire, des enfants mulâtres n'entachent en aucune manière rhonorabilité d'un blanc; en revanche il n'est pas de pire honte pour un colon que d'être soupçonné d'avoir dans les veines ne serait-ce que quelques gouttes de sang noir. Par là s'affirme le plus hautement le dégoût et la répulsion qu'inspire la race asservie à ses maîtres.
La question de sang a toujours été aux Antilles l'une des plus graves. Il suffit pour s'en convaincre de voir la savante gradation que l'on établit encore entre ceux dont le sang est mêlé et l'importance que l'on ajoute au degré de leur « infamie ».
« Nous donnons en France, dit un écrivain contemporain, le nom de mulâtres à toutes les personnes qui ne sont ni blanches, ni noires. Aux colonies, l'on s'est toujours servi et l'on se sert encore de la périphrase : gens de couleur pour dénommer en général cette catégorie d'hommes et de femmes, le mot mulâtre s'appliquant seulement à ceux qui sont nés d'un blanc et d'une négresse.
« Après ce premier produit, suivant que la mulâtresse s'allie à la race noire ou à la race blanche, les produits
1. L'arrêt du Conseil du b avril 1778 défendant les mariages des noirs, mulâti-es et autres gens de couleur avec des blancs, vise les noirs, mulâtres et autres gens de couleur étant en France (Moreau de Saint-Méry, Lois..., t. V, p. 821).
peuvent se classer sur une échelle dont les degrés sont très nombreux. Quatre premiers sont particulièrement dénommés, deux se dirigeant vers le blanc, deux autres vers le noir.
« Si la mulâtresse s'allie au noir, elle produit le cajwe ; si la capresse s'allie encore au nègre, elle produit le griffe. Au contraire s'allie-t-elle au blanc, elle produit le mestif ; si la mestive s'allie encore au blanc, elle produit le quarteron.
« Pour prévoir autant que possible, d'ailleurs, quel produit pourra résulter de l'alliance de deux personnes de couleur, on peut s'en rapporter à ces deux règles générales : si la femme est d'une teinte plus foncée que l'homme, la couleur de l'enfant se rapproche de celle de la mère ; quand le mari est au contraire plus noir que son épouse, la couleur de l'enfant se rapproche de celle du père * . »
C'est surtout pour les mariages, on le comprend, que cette question de descendance se posait et se pose encore. Et cela, non pas seulement parce qu'il répugne à un Européen d'introduire dans le sang de sa famille légitime du sang d'esclave, mais aussi et surtout à cause d'une considération que l'on ignore généralement, mais qui eut toujours le plus grand poids parmi le monde créole, je veux parler de la « loi de réversion ».
« Quand, en effet, deux personnes de même couleur s'allient entre elles, écrit l'auteur auquel j'ai déjà emprunté une page, leurs enfants sont plus noirs
1. Aux Antilles, par Victor Meignan, Paris, 1878, in-12, p. b0-5i.
qu'elles, cl, chose curieuse, le second enfant est généralement plus noir que le premier, le troisième plus noir que le second et ainsi de suite. En un mot, on peut dire qu'une population colorée, livrée à elle-même, est fatalement destinée à redevenir noire au bout d'un petit nombre de générations. La preuve la plus curieuse que Ton en puisse donner est fournie par l'expérience suivante, qui expliquera ce qui a encore accentué la séparation entre les blancs et les noirs, séparation aujourd'hui encore plus enracinée que jamais chez les créoles qui veulent rester de véritables créoles, c'est-à-dire des blancs.
« C'est bien expérience qu'il faut dire. On s'occupait en effet, surtout du temps de l'esclavage, mais maintenant encore, dans certaines habitations, oii se trouvent un grand nombre de serviteurs colorés, on s'occupe avec intérêt des résultats que peuvent produire une alliance ou plusieurs alliances successives entre personnes de telle ou telle couleur, de telle ou telle nation. A ce point de vue on peut dire, en passant, que le sud des États- Unis et plus encore les Antilles ont été et sont encore un véritable haras humain. Pour en arriver au fait, on a produit dans une sucrerie des Petites-Antilles une mestive en alliant une mulâtresse à un blanc ; puis en alliant cette mestive aussi à un blanc, on a produit une quarteronne. Pendant six générations tous les produits féminins de ces alliances successives ont toujours été alliés à des blancs. La septième alliance ne produisit que des garçons.
« Une expérience identique avait été faite en même temps dans une sucrerie voisine. Mais dans cette der-
niëre sucrerie la septième alliance avait encore produit des sujets féminins.
« On maria ensemble les deux derniers produits de ces sept expériences simultanées d'alliances avec des blancs. Ces jeunes gens étaient d'une beauté remarquable; leurs cheveux étaient du blond le plus ardent; leurs types n'avaient rien conservé de la race africaine, et leurs peaux étaient tellement blanches qu'on les aurait pris facilement pour des albinos, sans la grâce et la vigueur de leurs membres, sans la lucidité et le brillant de leur intelligence.
« Eh bien ! leurs enfants furent de couleur très accusée, et les enfants de leurs enfants des sortes de mulâtres extrêmement foncés.
« Après cette expérience, on peut donc se demander combien il faudrait d'alliances successives avec des blancs pour faire disparaître dans une famille toute trace de sang noir, et il est aisé de comprendre, dans tous les cas, pourquoi les familles créoles blanches pur sang ont toujours tenu et tiennent encore à ne jamais s'allier avec des personnes dont les veines contiennent la moindre molécule de sang noir. Ce premier mariage accompli, il suffirait en effet d'une seconde faute de ce genre pour transformer cette famille blanche en une famille de mulâtres. Or de là au noir le plus absolu le chemin est court : il n'y a plus qu'à commettre une ou deux fautes du même genres »
Telle est, exposée par un auteur moderne, la loi de réversion qui fut du reste reconnue et vérifiée de très