‹ Saint-DomingueChapitre 73 sur 115 · Jus de la canne à sucre sortant du pressoir · texte numérisé non relu

Jus de la canne à sucre sortant du pressoir

sements, des haies, des fourrages. Je faisais le tour des plantations, et revenais nombrer ceux des cabrouets, du moulin, du fourneau, de la sucrerie. Successivement, je me transportais à l'hôpital, visitais les malades dans les plus grands détails, inspectais les pansements des animaux blessés, les comptais nominativement. L'heure de déjeuner sonnait... Je me transportais ensuite à la vérification de tous les détails du matin; à 11 heures, je rentrais à la sucrerie, pour veiller à l'épuration des chaudières et à la fabrication; à 1 heure, on sonnait le dîner... A 2 heures après-midi, les travaux recommençaient, et je reprenais ma tournée jusqu'au soir... A 8 heures, on sonnait un léger souper. Immédiatement après, je me retirais dans ma chambre, oii le raffîneur me faisait de nouveau éveiller vers minuits »

Et voilà la vie d'un colon occupé !

Sur les plantations, l'existence matérielle est-elle au moins ce que l'on prétend d'ordinaire, une existence large et somptueuse ? Il faut reconnaître, sans doute, que, depuis 1730, — date du voyage du comte de G***, — le bien-être et le confort ont singulièrement progressé , et que les aisances de la vie se sont multipliées. Toutefois, même bien après cette époque de transition, les demeures et les installations des colons

1. Voyages d'outre-mer et infortunes de M. Joinville-Gauban à Saint- Domingue, 1789-1803, 2 vol., in-S», tome I, p. 31-33, — La vie dun propriétaire de caféière, pour être moins pénible, n'en est pas moins une dure existence. Cf. Un Dunkerquois colon à Saint-Domingue, de 1763 à 1818, d'après les lettres inédites de Dominique Le Maire, publiées par l'abbé Georges Rafin, dans le Bulletin de l'Union Faulconnier, société historique de Dunkerque et de la Flandre maritime, 4° année, 1901, p. 461 à .549; voir en particulier p. 473.

sont loin d'elre aussi luxiiouses qu'on le dit d'habitude.

Sous quel aspect se présente en général une habitation américaine ? Un homme, qui a longtemps vécu à Saint-Domingue, nous a laissé de l'une d'elles et de ses dépendances immédiates une description intéressante? et qu'on peut croire assez générale.

« Représentez-vous, écrit-il, une maison sans étage, de 40 pas de longueur, sur 30 de profondeur. Deux galeries, couvertes par un avant-toit soutenu sur des piliers et attenantes au corps de logis, régnent sur toute sa longueur, l'une au nord, l'autre au sud. L'on s'3^ promène et l'on y respire.

« Tout le logement se trouve compris entre ces deux galeries. Il consiste en une grande salle ménagée au centre du bâtiment et percée de deux portes, en face l'une de l'autre, habituellement ouvertes, qui répondent chacune sur le milieu d'une des deux galeries. La salle est flanquée au nord de deux chambres, l'une à droite, l'autre à gauche ; au sud, sont deux passages qui mènent de môme chacun à une chambre. Le propriétaire occupe l'une et m'a cédé l'autre. Indépendamment du logement que je viens de vous indiquer, l'on a pris sur l'emplacement des deux galeries, aux quatre extrémités qu'elles présentent, des espaces suffisants pour y faire quatre petites réserves : l'une sert de magasin à vivres ; une autre, d'apothicairerie, et les deux dernières sont consacrées aux blancs qui viennent demander l'hospitalité.

« Le sol de la maison est élevé de trois à quatre pieds au-dessus du terrain naturel, afin de diminuer l'humidité dans les appartements, qui ne laisse pas que de se faire sentir d'une manière incommode malgré cette sage pré-

caution. Deux escaliers en pierre placés symétriquement, l'un vers le milieu de la galerie du nord, l'autre vers le milieu de la galerie du sud, sont les seules communications de la maison avec le dehors.

« L'exhaussement du rez-de-chaussée est un massif de maçonnerie qui sert de fondation au bâtiment, dont les parois ne sont qu'une espèce de cloison faite avec des planches de palmistes, ou des aissantes, recouvertes successivement les unes par les autres en forme d'écaillés et fixées sur des poteaux d'un bois très dur qui s'élèvent jusqu'au toit. De ce genre de fermeture résulte un avantage bien grand pour le pays, savoir de ménager une multitude de passages à l'air du dehors, à travers les joints de la cloison.

c( Les meilleurs appartements ici sont ceux qui fournissent à la fois le plus grand volume d'air et où il se renouvelle le plus souvent. Aussi, nos portes et volets sont ouverts tout le jour. Nos plafonds sont élevés de 17 pieds, et nos tapisseries sont de simples toiles extrêmement claires...

« De l'intérieur, passons à l'extérieur.

« Placez-vous sur le palier de l'escalier du sud, vous verrez une partie de la savane ou prairie, au centre de laquelle la maison est située, et qui s'étend à plus de 150 toises, de quelque côté qu'on la mesure. Sur celui-ci, elle est terminée par une haie vive de bois de campêche et de citronniers surmontés par des orangers qui régnent le long d'un chemin de traverse. Au delà du chemin, commence une plaine très vaste, couverte d'habitations qui servent de repères à la vue et qui exploitent chacune les pièces de cannes à sucre dont elles sont entou-

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