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Labat, Nouveau voyage aux Iles, t. VII, p

chose est plus tard assez commune en la colonie. Les menus ne répondent pas toujours, il est vrai, à pareil luxe. « Les tables sont assez mal servies à Saint-Domingue, écrit un voyageur ; ce qui fait le fond des repas, la viande de boucherie est mauvaise^ », le bœuf a presque toujours la chair glaireuse et meurtrie, et l'abus des piments n'en dissimule pas toujours le mauvais goût. En revanche, le poisson, le gibier et la volaille abondent et sont ordinairement excellents. Les vins surtout sont de première qualité et coulent à plein bord, bordeaux et Champagne en particulier, dont les arrivages augmentent chaque année dans la colonie ^

Mais, au fond, le luxe véritable de ces habitations consiste dans le personnel domestique qui les encombre. C'est aussi celui dont les maîtres tirent le plus volontiers vanité. Il est admis qu'un homme comme il faut a besoin, au bas mot, de quatre esclaves pour le servir, et il n'est pas rare de trouver jusqu'à sept ou huit esclaves par tête de maître, « car il est de la dignité d'un homme riche d'avoir au moins quatre fois autant de domestiques qu'il lui en faut^ ». Cela finit, à un moment donné, par devenir une véritable servitude pour les

2. Pendant les six premiers mois de l'année 1717, il arrive à Léogane : 59 pipes de madère et de malvoisie, à 173 francs la pipe; — 2.507 barriques de bordeaux, à 80 livres la barrique ; — 398 barils d'eau-de-vie, à 55 livres le baril ; — 14S caves de vin de Champagne, à loO livres la cave. (Lettre de M. Mithon, du 21 décembre 1717, aux A. M. C, Corr. gén.,2« série, carton IV). — En 1729, la Compagnie des Indes offre comme cadeau courant à l'intendant. M. Duclos, 300 bouteilles de Champagne, que celui-ci ne veut accepter qu'en les payant 3 livres la bouteille (A. M. G., Corr. gén., vol. XXX, lettre de Duclos, d'avril 1729).

3. Moreau de Saint-Méry, Description de la partie française de Saint- Domingue, Philadelphie, 1797-1798, 2 vol. in-i», t. I, p. 11.

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maîtres eux-mêmes. « Dans un pays aussi chaud que SainL-Domingue, noie ainsi un colon, on a le ridicule usage de se faire servir à table par une foule de nègres qui foi-mont quelquefois un double rang derrière les chaises de leurs maîtres, sur lesquelles ils s'appuient. Ils interceptent ainsi l'air jusqu'à une très grande iiauteur par rapport à ceux qu'ils servent et qui sont assis. Mais la vanité le veut ainsi'. » Là-dessus s'estime, en effet, le plus couramment la fortune d'un planteur, làdessus et sur le nombre des carrosses et des chaises qu'il possède -.

Sait-on à quoi la plupart des observateurs attribuent ces installations assez sommaires et le caractère très marqué de provisoire qui est le leur? Au désir, qu'ont presque tous les planteurs, de prolonger le moins longtemps possible leur séjour dans la colonie, à l'esprit de retour obstiné qui les anime presque tous. « Il n'y a pas, constate, dès 171^), un mémoire de M. de Charritte, il n'y a pas, généralement parlant, d'habitant à Saint-Domingue qui s'y établisse dans la vue d'y finir ses jours. L'esprit des Français est très contraire à la formation des colonies, et l'inclination et l'amour qu'ils conservent de

1. Moreau de Saint-Méry, Noies historiques sur Saint-Domingue (A. M. G., F^ 13.3. p. 429). — Rappelant le souvenir d"un repas auquel il assista vers 1787: « De ces domestiques des deux sexes, écrit M. de Laujon, il y avait bien plus que de convives. J'admirais leur empressement dans les moindres détails du service, la blancheur de leur linge, et les beaux mouchoirs k la créole élégamment toui'nés autour de la tête des

femmes Mais tous marchaient pieds nus ; c'était un signe dis-

tinctif de l'esclavage. » (A. de Laujon, Souvenirs de trente ans de voyage, Paris, 1835, 2 vol. in-8°, t. I, p. 135).

2. Voir plus haut p. 63-64. — Dans une lettre du 26 juillet 1719, M. Mithon note que « les vaisseaux ont apporté, en 1718, à Saint-Domingue 35 cari'osses ou chaises ». (A. M. G., Corr. gén., Saint-Domingue, 2« série, carton V.)

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retourner en Europe avec quelque fortune est une des principales causes qu'ils ne se mettent point en peine de se procurer les commodités de la vie. Jusques à présent, on n'y a fait bâtir que de mauvaises maisons dont les cloisons sont si mal jointes que les chambres y sont aussi éclairées, les fenestres fermées, que lorsqu'elles sont ouvertes ; la pluie y entre, pour peu qu'elle tombe obliquement, et la poussière y trouve une issue si facile qu'on ne sauroit conserver aucun meuble de prix ^ » Et bien plus tard : « L'habitant de ce pays, note M. Hilliard-d'Auberteuil, n'ose embellir l'intérieur de sa maison ; il craint de s'attacher à ses propres biens et même de trouver quelques plaisirs qui puissent le fixer; il veut être toujours prêt à s'embarquer ^ » « L'aspect des habitations, écrit de même M. de Wimpffen, pourroitêtre autrement agréable si les propriétaires vouloient s'en donner la peine; mais, au lieu de citoyens, il n'y a à Saint-Domingue que des passagers, plus occupés à se préparer les moyens d'en sortir qu'à se procurer ceux d'y passer une vie agréable et douce \ » Cela est enfin confirmé par une autorité qui n'est pas suspecte, celle de Moreau de Saint-Méry lui-même, « car, écrit-il, la manie générale à Saint-Domingue est de parler de retour ou de passage en France. Chacun répète qu'il part l'année prochaine, et l'on ne se considère que comme des voyageurs... Un habitant se regarde comme campé sur un bien de plusieurs millions; sa demeure

1. Mémoire de M. de Charritte, 1715 (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, 2» série, carton II).

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