Hilliard d'Auberteuil, Op. cit., t. I, p
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est celle d'un usufruiLier déjà vieux ; son luxe, car il lui en faut, est en domestiques et en bonne chère, mais on croiroit qu'il n'est lo^é qu'en hôtel gai-ni '. » En dehors du fait particulier dont rendent compte de pareils sentiments, ne nous laissent-ils pas rêveurs, je le demande, sur les charmes de cette vie coloniale si vantée, si célébrée d'autre part? Ecoutez ce colon luimême nous déclarer « que les hommes de Saint- Domingue en général n'habitent ce climat meurtrier que pour faire leurs affaires promptement et aller jouir en France du fruit de leurs travaux - », et cet autre nous avouer qu' « il n'y a de propriétaires riches dans les plaines que les vieillards et les infirmes, car les autres sont en France, oii l'air est plus sain, le gouvernement plus doux, les commodités de la vie plus communes et plus agréables. Leurs habitations y sont gérées par des économes, par des agens qui s'enrichissent bientôt et s'en vont à leur tour. Les propriétaires malaisés n'y attendent que le moment de payer leurs dettes pour les suivre, ce qui donne à cette colonie l'aspect d'une auberge, où Tonne demeure que pour affaires'^ ». La
i. Moreau de Saint-Méry, Description de la paiHie française de Saint- Domingue, t. I, p. 11. — « Le luxo quirègne généralement dans cette colonie, remarque Girod-Gliantrans, l'eroit croire d'abord que l'on y est pour jouir plutôt que pour amasser. Mais en examinant le peu de soin que les habitans apportent à l'entretien des terres, à l'ornement de leurs domiciles et à la culture des arbres, on croiroit que chacun d'eux est sur le point de retourner en France. » (Girod-Chantrans, Voyage d'un Suisse... p. 232).
2. Réflexions d'un habitant de Saint-Domingue sur l'état présent de cette colonie, 1760 (A. M. C, Corr.,gén., Saint-Domingue, 2« série, carton XIV).
3. Mémoire de M. Le Tort, conseiller au Conseil supérieur du Port-au- Prince, 1777 (Ibid., carton XXVIII).
chose a frappé les étrangers eux-mêmes. « Bien des fois, écrit Ignacio Gala, dans ses Me?norias de la colonia francesa de Santo-Domingo, bien des fois j'ai entendu attribuer à l'inquiétude du caractère national l'ennui, le dégoût intérieur qui tourmente les propriétaires de Saint- Domingue tout le temps que leur présence est nécessaire dans la colonie, soit pour rétablir leurs habitations dégradées ou détruites, soit pour y prendre possession de quelque héritage, soit pour le règlement d'affaires d'égale importance. Le désir de revenir en Europe les agite continuellement ; l'image de Paris ou de la capitale, où ils désirent fixer leur résidence, se représente à leur imagination avec toutes les attractions de ses plaisirs publics, de ses délices de société, des superfluités d'un luxe raffiné, et trouble toujours leur repos domestique, en leur faisant considérer la source même de leurs richesses avec un tel dégoût, qu'ils ne croient pouvoir recouvrer la félicité perdue que lorsque sonne enfin l'heure de leur retour en France ^ »
Veut-on d'ailleurs la confirmation par des chifi"res de l'état d'esprit qui nous est ainsi révélé : en 17S2, sur les 39 sucreries de la plaine de Léogane, il n'y en a pas dix qui soient régies par leurs propriétaires euxmêmes, toutes les autres l'étant par des procureurs ou des économes-. La proportion esta peu près la même, à cette date, dans le quartier du Cul-de-Sac^, et, en 1747,
4. Ignacio Gala, Memorias de la colonia francesa de Santo-Domingo, Madrid, 1787, p. 80-81.
2. Lettre de MM. Dubois de Lamotte et de Lalanne, du Poit-au- Prince, 2o octobre 1752 A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, vol. XGX).