Dubuisson, Op. cit.. 2« partie, p
mettes saillantes, se développant au détriment de la partie inférieure du visage, qui paraît ainsi amaigri et écourté; un œil très recouvert par l'os frontal, extrêmement protubérant; une légère dépression à la région des tempes, sont autant de défectuosités apparentes, contraires, peut-être, à la rigoureuse pureté des lignes que Fartiste pourrait exiger.
« Mais l'œil est large, bien fendu, grand, intelligent; il est ombragé de cils longs et soyeux, et du fond de son orbite il lance des regards pleins de flamme et de lumière; le front est orné de cheveux admirablement beaux, fins, bien plantés ; les ailes des narines sont ardemment ouvertes, les lèvres donnent la volée à des sourires adorables et qui sont tout à fait particuliers ; tous les détails du visage, enfin, analysés un par un, recèlent tant de grâces et pour ainsi dire de surprises, qu'on en demeure ébloui.
« Si l'art trouve, je le répète, à reprendre quelque chose dans la tête des créoles, il n'en saurait être de même pour les autres parties du corps. Du cou à la pointe de ses pieds, petits, mignons, délicats, la créole est un chef-d'œuvre. Et l'on hésite encore sur ce qui doit l'emporter dans cet ensemble parfait, de la rectitude des lignes, ou de ce charme indicible qui enveloppe la femme, comme dans les poètes anciens les nuages enveloppaient les déesses. Cette grâce indéfinissable se reflète sur tout son être, et fait que les défauts de la beauté matérielle s'oublient. Si bien que l'on peut dire qu'il n'y a pas de créole qui ne captive. Il lui suffit pour cela de se montrer ; il lui suffit d'un regard, d'un sourire, d'un tour de tête, d'une ondulation d'épaules, pour jeter le trouble dans le
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cœur le plus froid'. » « La vivacité n'est sans doute pas au nombre des attributs des femmes créoles de Saint- Domingue, mais leur physionomie a quelque chose de tendre qui est tout aussi séduisant^. »
Après cette grâce incomparable, au ciel de leur patrie d'adoption l'on attribue de môme, non sans raison, « la sensibilité » des femmes du Nouveau-Monde, « les dispositions, qui font qu'elles ne peuvent vivre sans amours^ ». Amours qui, je l'accorde, ne sont point toujours légitimes '% car « l'influence maligne de l'air de cette colonie, écrit un pessimiste, est peut-être bien la plus contraire qui soit à la vertu des belles^ » ; mais amours, dont, chez les honnêtes femmes elles-mêmes, la fréquence des secondes noces nous atteste l'impérieuse nécessité. Des secondes noces ? Je pourrais dire des troisièmes, quatrièmes, cinquièmes, sixièmes, septièmes mariages, car nulle part ne sont plus nombreuses les veuves convolant en de nouvelles unions. « Madame, disait, en la mariant pour la cinquième fois, un mission-
1. Xavier Eyma, Les Femmes du Nouveau-Monde, Paris, 1888, nouvelle édition, p. 43-44.