Ceinture à sonnettes
5. Moreau de Saint-Méry, Description de la partie française de Saint- Domingue, t. I. p. 65-66.
VII<: KT MOHURS CRliOLES 'Wl
Ou bien c'est la plainte de la femme abandonnée qui s'exhale en des strophes d'un art aichaïque et puéril :
Quand cher Zami moin va rivé, Mon va fair li tout plein caresse.
Ah ! plaisir là nous va goûté ; C'est plaisir qui douré sans cesse.
Mais toujous tard {bis) Ilélas ! Hélas !
Cher Zami moin pas vlé rivé ! (bis)
Tan pui Zozo n'a pas chanté Pendant quior à moin dans la peine, Mais gnon fois Zami moin rivé Chantez, chantez tant comme syrène.
Mais, mais, paix bouche ! [bis] Hélas ! Hélas !
Cher Zami moin pas hélé moin ! (bis)
Si Zami moin pas vlé rivé, Bientôt mon va mouri tristesse.
Ah ! quior a li pas doé blié Lisa la li hélé maîtresse.
Mais qui nouvelle! {bis) Hélas ! Hélas !
Cher Zami moin pan cor rivé ! {bis)
Comment vous quitté moin comme çà !
Songe Zami ! N'a point tant comme moin
Femme qui jolie ! {bis) Si conné moin, gagné tout plein talents qui doux, Si la vous va, prend li; paie bon pour vous, ^
Vous va regretté moin toujous' !
Et d'une vie qui s'écoule en aussi étrange compagnie, en d'aussi singuliers et enfantins passe-temps, l'on
I. Moreau dç Saint-Méry, Notes historiques... (A. M. C. , F^ 239, f. 21-22.
comprend, d'après ce que j'ai dit plus haut, quelle doit être l'influence sur la nature de ces femmes, qui en viennent, elles surtout, à faire leurs très vite la plupart des traits distinctifs et des habitudes de celles qui les entourent : avant tout une ridicule puérihté ^ et ce caractère capricieux, léger et volage qui ont fait d'elles le type de la femme-enfant; très souvent aussi, un langage d'une étrange verdeur : je ne sais plus quel voyageur s'indigne d'avoir, au Cap, entendu une dame de fort bonne compagnie s'écrier, en voyant passer trois mulâtresses avec des jupes de mousseline, garnies de dentelles : « Voyez ces carognes ! Elles mériteraient qu'on leur coupât leurs dentelles au ras du cul et qu'on les vendît sur la table au poisson du marché Glugny^ ! » Ce n'est là pourtant qu'une manière de parler assez habituelle et courante^. Mais de leur enfance, passée tout entière au milieu des nègres, les femmes créoles gardent surtout le défaut plus grave dont j'ai parlé et que tous sont d'accord à leur
1. « Pourquoi les femmes créoles, écrit Girod-Chantrans, défigurentelles leurs grâces naturelles par des minauderies qui sont insupportables, à un certain âge surtout. Leur langage favori est le créole, jargon imbécile imaginé en faveur d"unc espèce d'hommes que l'on a cru mal à propos trop peu intelligents, pour en apprendre un autre. Cette préférence de leur part est assurément bien étonnante. Pourquoi mettentelles volontairement des bornes à l'expression de leurs idées, ou ce jargon sufïîroil-il pour les rendre? Je ne décidei'ai point cette question. » (Girod-Chantrans, Voyage d'un Suisse, p. 243).
2. Moreau de Saint-Méry, Notes historiques... {k. M. C.,F^ 1:59, p. 776),
3. « La conversation des dames créoles m'a toujours paru trop libre. Faut-il donc qu'on les en avertisse ? Elles plairoient bien davantage avec un ton plus décent. Environnées de rivales dangereuses par une lubricité à laquelle elles ne peuvent ni ne doivent prétendre, leur intérêt est de les combattre avec d'autres armes... Au lieu de copier l'indécence des filles de couleur, qu'elles prennent pour modèles nos aimables Européennes et je leur réponds de tous les suffrages. » (Girod-Chantrans, Voyage d'un Suisse... p. 243).
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reprocher, je veux dire « l'extrême dureté envers ces nègres eux-mêmes qui distingue particulièrement à Saint-Domingue le sexe le ])lus fait pour la compassion. Croiroit-on que la tyrannie la plus cruelle est souvent exercée par des femmes' »? « Nalurellement bonnes et compatissantes, elles ordonnent do sang-froid, sans rémission, et voient exécuter avec une complète insensibilité une punition inhumaine, malgré les cris de repentir et reffusion du sang dos victimes". » « Il y a là évidemment une suite générale do la mauvaise éducation des colonies. Nées au milieu du despotisme et de la méfiance, habituées dès leur bas-âge à voir couler le sang des nègres, comment leur cœur ne s'endurciroit-il pas ^ ? »
Chose curieuse, à ces femmes, dont je viens d'esquisser le portrait, une chose paraît manquer assez peu : la société de leurs semblables. A moins qu'il ne s'agisse d'un bal qui les tente, car elles aiment la danse avec passion*, les réunions de société les laissent indiffé-