‹ Saint-DomingueChapitre 9 sur 115 · Le Pers, fol · texte numérisé non relu

Le Pers, fol

2. Rude est d'ailleurs la tâche de ces premiers gouverneurs mal secondés, ou mieux pas secondés du tout. En 1681, M. de Pouancey,

Si habile cependant que nous apparaisse la conduite des Ogeron et des Du Casse, leur action devait nécessairement avoir un terme. D'une part, ils ne pouvaient se flatter d'inspirer des goûts champêtres à tous les flibustiers, de tous les transformer en habitants, — et cela est tellement vrai que beaucoup parmi ceux-ci reprennent à l'occasion sans répugnance leur ancien métier, un instant abandonné ; — d'autre part, eussentils pu réussir à anéantir la flibuste, ils ne l'auraient pas voulu. Après la paix de Nimèg'ue, le pouvoir les presse de porter le coup de grâce à la course, et eux de répondre : les corsaires détruits, qui défendra la colonie ? Ce qui

neveu d'Ogeron, demande à la Cour l'établissement de deux petites garnisons de â5 hommes, « cai% dit-il, c'est ravaler la qualité du gouverneur que d'estre contraint d'aller lui-mesme se saisir d'un voleur, d'un séditieux, d'un ivrogne... De plus, il n'y a pas de prison... et le gouverneur se voit forcé de servir de prévost, de geôlier et de sentinelle. » (LetLre de M. de Pouancey, du -30 janvier 1681, aux Arch. du min. des Col.. Corr. gén., Saint-Domingue, C, vol. I.) M. de Pouancey fut nommé « gouverneur de l'île de la Tortue et de la coste de Saint- Domingue, » le 16 mars 1676, après la mort de son oncle (Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions...,, t. I,p. 296-297).

Veut-on savoir les noms de quelques-uns des premiers colons de Saint-Domingue ? Je les trouve dans une enquête faite en 1713 au sujet des droits de la France sur Samana. Ce sont : Nicolas Le Normand venu dans la colonie en 1653; François Bigot, en 1655; Jacques Lamy, né dans la colonie en 1666; Guillaume du Breuil venu à Saint-Domingue en 1671 ; Jacques Aujour, en 1672; Bernardin Brunelot, ancien capitaine de milices, venu vers 1673 ; Jacques Ledoux, seigneur de Longchamp, capitaine de cavalerie, en 1674 ; Jacques Bizet en 1675 ; Jacques Duquerrier, en 1673 de môme ; Louis Besnard, en 1675 encore : Jean Bizet, en 1678; Pierre Guérineau, la même année ; Pierre Chicoteau, en 1679 ; Pierre VieuUe, en 1683 ; Claude Carron, en 1684 (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, 2= série, carton II, et F'' iè8,Histoj^ique de Saint-Domingue, par Moreau de Saint-Méry).

reste de flibustiers est en effet la plus sûre garantie de l'île contre les incursions toujours à craindre des aventuriers d'autre nation*.

En réalité, à l'époque où nous sommes arrivés, c'està-dire à la fin du xvif siècle, les gouverneurs de Saint- Domingue comprennent que le possible a été fait, que les éléments assimilables de la population conquérante ont été fixés, et ils se tournent vers la métropole pour tenter d'y faire de nouvelles recrues ^ Malheureusement,

1. Constatant, un peu prématurément sans doute, dès 1689, la décadence de la flibuste à Saint-Domingue, M. de Gussy écrivait à un de ses correspondants, le sieur April : « J'ai détruit la ilibuste parce que la Cour l'a voulu, et je n'en suis venu à bout qu'avec bien de la peine. Je voudrois à présent n'y avoir pas réussi, car il y auroit à ceste coste dix ou douze bons navires et quantité do braves gens dessus. » (Lettre de M. de Cussy, sans date, mais vraisemblablement de 1689, aux Arcli. du min. des Col., Corr. gen., C°, vol. II). — Un rapport de Du Casse de 1691 déplore de même « la perte des flibustiers. » (Mémoire de Du Casse , du 23 novembre 1691. IbicL).

Bien après, en 1736, MM. de Vaudreuil et Lalanne, gouverneur et intendant, entretiendront encore le ministre du projet de reconstituer un corps de corsaires très propre à la défense de la colonie (Lettre de MM. de Vaudreuil et Lalanne, du Port-au-Prince, du 9 septembre 1756, aux A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, C^ vol. XCIXj. Mais il était alors bien tard pour faire refleurir la flibuste. MM. Bart et Lalanne le constataient en 1758. « Les flibustiers, éciùvent-ils, qui nous seroient dans l'occasion d'une grande ressource, ne trouvant plus à gagner leur vie depuis le commencement de la guerre par le défaut de navigation le long des côtes, disparaissent insensiblement. Les uns meurent de misère et les autres s'étant embarqués sur des corsaires ont été pris et peu d'entre eux sont revenus dans la colonie. » (Lettre de MM. Bart et Lalanne, du l"' novembre 1758, aux A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, C^ vol. CI.)

2. Si quelques-uns des premiers gouverneurs regrettent que l'importation des nègres ne soit pas plus considérable, la plupart se plaignent plus justement des trop rares arrivées d'Européens. « La Compagnie du Sénégal, écrit notamment M. de Cussy en 1683, envoie 130 nègres par an, ce qui sera le moyen de diminuer cette colonie, car les François négligeront de faire venir des engagés qui leur coûtent plus. » (Lettre de M. de Cussy à M. de Seignelay, du 18 octobre 1685 (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, C, vol. I). Cf. les mémoires de Du Casse des 15 et 23 novembi'e 1691 [Ibid., vol. ii) ; la lettre de M. de Brach, lieutenant de roi, de Léogane, du 25 novembre 1701 [Ibid., vol. V) ; la

alors, un arrêt semble se produire dans l'expansion française. L'initiative individuelle qui, pendant près d'un siècle, avait entraîné tant de hardis compagnons vers les Indes occidentales paraît défaillir. Les temps héroïques sont passés où une colonie comme Saint- Domingue avait pu se former seule, passé aussi le temps où d'Ogeron pouvait, sur la seule confiance qu'inspirait son nom, décider chaque année deux cents ou trois cents Français à passer à Saint-Domingue'. Beaucoup que tentaient jadis l'espoir d'une fortune rapide, l'appât d'audacieux coups de main, la perspective de fructueuses rapines, ne sont plus guère séduits par la vie de travail

lettre de M. de Gharritte, lieutenant de roi au Cap, du :22 décembre 1711 [Ibid., vol. IX).

1. Dans un mémoire remis à Golbert par Ogeron en 1669, pendant un de ses séjours en France, mémoire cité par Charlevoix (Op. cit., t. III, p. 109) : « J'ai, dit ce gouverneur, fait passer chaque année à mes dépens à la Tortue et coste Saint-Domingue 300 personnes. » De fait, lorsqu'en cette année môme 1669, il revint à la Tortue, où il débarqua en septembre, il emmenait avec lui 223 hommes, « dont il n'est mort personne », disait-il dans une lettre au ministre, du 23 septembre (A. M. G., Gorr. générale, Saint-Domingue, G^ vol. I). Il faut lire, d'ailleurs, le mémoire remis par lui en 166S au capitaine commandant son navire la Nativité, pour apprécier les qualités de cet administrateur de premier ordre. Ledit mémoire est curieux par les détails qu'il nous fournit sur un transport d'émigrants à cette époque. « Les passagers, y est-il dit, devront être traités avec toute la douceur possible, sans permettre que les matelots les frappent sous prétexte de les châtier.... Ils auront la liberté de s'aller divertir à terre.... Ils auront des nattes et pourront se faire faire des matelas.... Il y aura des bailles suffisamment pour faire tremper les chemises et les caleçons.... Avant le départ, on payera au capitaine ou au commis la quantité d'eau-de-vie que chacun voudra dépenser pendant la traversée. Elle leur sera ensuite fournie tous les jours.... Il sera acheté quantité d'oignons et d'herbes fortes pour faire faire de grands potages, parce qu'il n'y a rien qui rafraîchisse davantage.... Le jour du départ, on tuera du bétail... On aura du gru au matin, à midi des pois avec potages, et au soir du lard... L'on fera mettre dans le navire quantité d'œufs, de beurre, de moutons et volailles pour faire des bouillons aux malades, qui seront couchés dans la chaloupe. Elle sera sur le pont, couverte d'une bonne toile goudronnée.... Les malades auront des couvertures et des matelas » [Ibid.].

régulier qu'on leur propose; si rémunérateurs qu'on les leur fasse espérer, les résultats 'des nouvelles cultures sont encore lointains et douteux. Il faut bien le dire, la date de la décadence de la flibuste répond à celle d'un ralentissement indéniable dans nos entreprises coloniales.

On fait généralement dater et dépendre de la mort de Colbert cette interruption de notre développement extérieur. Mais si elle se produisit à peu près vers l'époque de la disparition du grand ministre, il n'y a là, je crois, qu'une simple coïncidence. Le mérite de Colbert est d'avoir protégé et encouragé le magnifique mouvement colonisateur du xvif siècle ; mais ce mouvement, il ne l'avait pas créé, il s'en était fait simplement l'auxiliaire '. Après lui, au contraire, c'est au gouvernement, au gouvernement seul, que revient désormais la lourde tâche de soutenir l'œuvre considérable qu'avaient entamée et comme mise en train des volontés individuelles, et c'est après lui seulement que commence véritablement l'âge de la colonisation d'Etat.

Quelques historiens ont beaucoup vanté la politique coloniale de l'ancien régime, beaucoup trop à mon avis et très souvent à des points de vue auxquels elle ne

1. « Si on veut comprendre Colbert, dit M. Pigeonneau, il faut se souvenir tout d'abord qu'il n'a été ni le fondateur ni le maître de notre empire colonial. Il a eu à compter avec deux puissances qui ne lui ont laissé qu'une liberté d'action incomplète : la tradition et la volonté de Louis XIV. » (Pigeonneau, La politique coloniale de Colbert, dans les Annales de l'École des sciences politiques, 1886, p. 487). Bien que grand admirateur de Colbert, M. Pigeonneau reconnaît que le célèbre ministre de Louis XIV sut surtout admirablement mettre à profit l'incomparable mouvement d'expansion dont, comme tous les hommes d'Etat de sa génération, il avait pu apprécier la force [Ibid. , p. 487-509, passim).

mérite aucun éloge. Les traits caractéristiques de cette politique sont, on le sait :

1" Un système commercial particulier, dit exclusif ;

2° Une protection très large donnée par l'État aux Compagnies de commerce ;

3° Une méthode de peuplement spécial.

Je n'ai point la prétention de faire ici l'exposé d'une aussi vaste question. Prenant comme exemple Saint- Domingue, je voudrais seulement montrer auxquelles de ces diverses conceptions coloniales de la monarchie doivent aller nos blâmes, et auxquelles revenir nos éloges.

On ne peut, il me semble, se faire une idée plus juste du système commercial mis en pratique par l'ancien régime vis-à-vis de ses colonies qu'en le comparant à celui que la France d'aujourd'hui adopterait à l'égard d'un pays nouvellement découvert. Que faisons-nous, — que ferions-nous, dirais-je peut-être plus justement, étant donné l'encombrement de la planète, — lorsque les premiers nous entrons en relations commerciales avec une contrée jusque-là inexplorée et fermée?

1° Nous nous efforçons d'écarter les acheteurs étrangers, pour avoir les produits de la région à meilleur marché, et d'éloigner les vendeurs, pour placer plus avantageusement nos produits ;

2° Nous cherchons surtout à réaliser un commerce d'échange pour éviter la sortie de notre argent ;

3° Enfin, nous tendons à réserver à notre industrie nationale le produit exclusif de la « manufacture » de nos importations.

Sans se rendre compte que les colonies ne sont qu'un

prolongement de la mère patrie, que leur enrichissement est celui de la métropole, c'est exactement sur les mêmes principes que l'ancien régime règle son commerce colonial.

1° En vertu de défenses multipliées, tout négoce des colonies avec les étrangers est formellement interdit, parce qu'un tel négoce ferait hausser le prix des denrées de la colonie, soit en vertu de la loi de l'offre et de la demande, soit parce que, proposant de payer ces denrées en argent, les concurrents exotiques pourraient obtenir la préférence sur les nationaux \

2° C'est en effet contre ses seuls produits et ses produits en nature que l'État veut obtenir les fruits de ses colonies. Les colons livrent ces fruits aux commerçants de France, qui leur donnent en échange tout ce dont ils

1. Il m'est impossible, cela va sans dire, d'énumérer tous les actes par lesquels le Roi interdit le commerce étranger dans ses colonies, et en particulier à Saint-Domingue. L'édit général d'octobre 1727 résuma pourtant assez complètement la législation antérieure et fut assez peu modifié dans la suite, pour qu'en 1771 encore Petit [Droit public et g o-uvernement des colonies, 1771, t. II, p. 385 et suiv.) le considère comme formant la base du droit en ces matières.

Voici les trois premiers articles de cet édit ;

« Article I""'. — Défendons à tous nos sujets dans notre royaume et dans les colonies soumises à notre obéissance de faire venir des pays étrangers et colonies étrangères aucuns nègres, effets, denrées et marchandises pour être introduits dans nosdites colonies, à l'exception, néanmoins, des chairs salées d'Irlande.

« Article II. — Défendons.... à nosdits sujets de faire sortir de nosdites isles et colonies aucuns nègres, effets, denrées et marchandises, pour êti'e envoyés dans les pays étrangers ou colonies étrangères. Permettons néanmoins aux négocians français de porter en droiture de nos isles d'Amérique dans les ports d'Espagne les sucres de toute espèce, àlexception des sucres bruts, ensemble toutes les marchandises du cru des colonies.

« Article III. — Les étrangers ne pourront aborder avec leurs vaisseaux ou autres bâtimens dans les ports, anses et rades de nos isles... » (Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions..., t. III, p. 224-

ont besoin : nécessaire et superflu. Les choses sont sur ce point poussées de bonne lieure si loin que, dès 1699, une ordonnance du 4 mars « défend, sous quelque prétexte que ce soit, l'importation des espèces d'or ou d'argent dans les lies au lieu de marchandises, et d'embarquer d'autres monnoies que celles qui sont absolument nécessaires pour les dépenses imprévues des bâtimens, à peine de confiscation des espèces excédentes, de 3.000 livres d'amende contre les propriétaires des espèces et de six mois de prison contre les capitaines * ». 3° Enfin, sous le prétexte qu'il est contraire au commerce que les matières premières aillent alimenter les fabriques étrangères, on voit l'État interdire la sortie du royaume du principal produit des colonies, des sucres, avant qu'ils aient été raffinés par les raffineurs métropolitains ; et dans le but de réserver à la seule industrie du royaume le bénéfice de cette transformation, on le voit peu après imposer aux sucres raffinés dans ses colonies des droits d'entrée considérables -.

1. Ordonnance du Roi du 4 mars 1699 (Moreau de Saint-Mérv, Lois..., t. I, p. 625), citée par Petit, Op. cit., t. II, p. 361-362. — « La France, dit cet auteur, manqueroit son principal objet dans l'établissement de ses colonies, c'est-à-dire le débouché de ses marchandises, dont les retours en denrées de ces pays fournissent à la balance de son commerce avec l'étranger en Europe, si l'armateur pouvoit n'emporter que de l'argent et ne se procurer son chargement qu'avec de l'argent, ou si, d'un autre côté, l'habitant pouvoit déboucher ailleurs ses denrées et se procurer les marchandises de France avec de l'argent. Le commerce de la France avec les colonies doit donc être et ne sauroit être qu'un commerce d'échange, c'est-à-dire un troc des marchandises à importer de France avec les denrées à exporter de chaque île, et non un commerce en espèces monnoyées. » (ibid., p. 360-361.)

2. Histoire législative des Antilles, ou Annales du Conseil souverain de la Martinique, par Pierre-Régis Dessalles, avec des annotations d'Adrien Dessalles, t. I (seul paru), 1847, p. 265-266. — Cf. Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 18 avril 1682, portant que les sucres raffinés venant

Je le répète, vis-à-vis d'un pays neuf à exploiter commercialement, on n'agit pas aujourd'hui autrement que n'agit notre ancien gouvernement vis-à-vis de ses colonies. Les déplorables résultats de ces théories ont été trop souvent exposés pour que j'y revienne. Je me contenterai d'en signaler pour Saint-Domingue quelquesunes des conséquences les plus typiques.

La première est la perte fréquente d'importantes masses de denrées dont le commerce national, pour une raison ou pour une autre, refuse de se charger et que les étrangers acquerraient volontiers si l'autorisation leur était donnée de commercer avec la colonie. Dès 1715, ainsi, les habitants de Saint-Domingue demandent la permission de vendre aux Anglais et aux Hollandais, « qui en font un grand trafic* )), les sirops ou mélasses retirés de leurs sucreries, « produits avec lesquels ils ne font que de la guildive et qu'ils jettent en grande partie, ce commerce devant leur rapporter plus de 600.000 livres- )>. Ce n'est pourtant qu'en 1763 que des lettres du Roi autorisent l'échange avec l'étranger, — et encore dans un port spécialement désigné, le môle

d'Amérique paieront pendant deux années huit livres d'entrée par cent pesant (Moreau de Saint-Mérjs Lois..:, t. I, p. 368-369); et arrêt du Conseil du 21 janvier 1684, qui « défend à tous les sujets de Sa Majesté, habitans des isles et colonies françoises de TAmérique , d'établir à l'avenir aucune rafïînerie esdites isles et colonies. » [IbicL, t. 1, p. 39S- 396).

1. Lettre de M. de Blénac, premier « gouverneur des Isles-sous-le- Vent, » et de M. Jean-Jacques Mithon, premier « intendant de justice, police et finances » à Saint-Domingue, de Léogane, 20 juillet 1715 (A. M. G., Corr. gén., Saint-Domingue, C, vol. XI).

2. Mémoire anonyme et sans date {IbicL, vol. XII). Ce mémoire est confirmé par une lettre du marquis de Chàteaumorand, déjà nommé alors gouverneur en remplacement de Blénac, datée de la Rochelle, du 8 septembre 1716 [Ibid.].

ORIGINKS on; LA COLONISATION ET PREMIERS COLONS 33

Saint-Nicolas, — des sirops et mélasses conlxe un certain nombre de produits strictement énumérés'.

Mais sur le commerce môme des produits recherchés par les armateurs de France, est-il besoin de dire quelle répercussion ont les principes étroits exposés plus haut? La plus sensible est l'avilissement désastreux pour les colons du prix de ces produits. Tout y concourt. En premier lieu, et sans qu'il soit besoin d'insister, la position privilégiée des nationaux qui restent maîtres de l'offre, et en abusent à tel point qu'en 1689, pour ne citer qu'un exemple entre mille, des navires vendent à Saint-Domingue une aune de toile 60 livres de tabac, « en sorto qu'un pauvre habitant est contraint de donner tout le travail de son année pour 17 ou 18 aunes de toile ^ ». « Si les habitans, déclarent du reste nettement MM. de Blénac, gouverneur, et Mithon, intendant, en 1716, si les habitans avoient la liberté de vendre aux Anglais leurs indigos et leurs sucres, comme ils le disent, cette isle regorgeroit d'argent, puisqu'ils font valoir 6 à 7 piastres le cent de sucre qui ne vaut ici que 9 livres, et 4 livres l'indigo qui n'y vaut que 50 à 52 sols, et les habitans n'auroient pas leurs sucreries pleines de sucres et de sirops qui s'y perdent ^ » Mais, — détail moins apparent à première vue, — à l'abaissement des prix contribue aussi la défense dont je parlais tout à Theure,

1. Les lettres du Roi, du 18 avril 1763, autorisent l'échange des sirops et mélasses contre les produits suivants : bœufs vivants, cochons vivants, moutons, cabris, volailles, chevaux, mulets, riz, pois, légumes et fruits verts, blé d'Inde ou d'Espagne, avoine, son, planches et soliveaux, merrain, briques, calèches et cabriolets (Ibid., vol. GXV).

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