‹ Saint Elzéar de Sabran et la bienheureuse Delphine de SigneChapitre 12 sur 29 · SAINT ELZÉAK DE SABRAN · texte numérisé non relu

SAINT ELZÉAK DE SABRAN

bitants qui se trouveront dans le village assistent à la prédication, la parole de Dieu étant la vraie nourriture de Tàme. Si pendant le sermon quelques oisifs ou irréligieux sont rencontrés dans les rues, qu'ils soient mis en prison et punis comme négligeant le salut de leur àme

« Qu'aucun de mes sujets n'offense son prochain ni dans ses biens, ni dans son honneur, mais qu'ils s'honorent mutuellement, comme doivent faire les chrétiens qui portent les marques de Jésus-Christ par le baptême, et qui sont tous destinés à habiter ensemble dans la félicité éternelle. »

Quelques-unes de ces prescriptions nous paraîtront sévères ; mais, à la réflexion, notre étonnement se changera vite en admiration. Il est en effet certain qu'un père a le droit et la charge d'obliger ses enfants à remplir leurs devoirs, et de punir leurs fautes. Or Elzéar se considérait comme le père de ses vassaux et agissait en conséquence. Est-ce que ce régime ne valait pas mieux que les luttes de classes auxquelles nous assistons, avec les grèves, pillages, chasses aux renards et meurtres, qui les accompagnent ?

La sollicitude d'Elzéar ne s'arrêtait pas aux âmes, elle s'étendait aussi aux besoins corporels. Jamais il ne se détourna d'aucun pauvre : sa main et son cœur étaient largement ouverts à ceux qui se présentaient au nom de Jésus-

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Christ. Il faisait rechercher secrètement les malheureux, et destinait parfois (!«• larges aumônes même à ceux qui ne (lemandfiient pas. Or, en un temps de disette, comme il avait déjà donné toute la provision de blé, un miséreux se présenta pour en demander. Kl/éar ordonna à une femme nommée Stéphanie, qui gardait les clefs du grenier, de faire drcjit à la requête du mendiant. La gardienne répondit que la provision était entièrement épuisée. « Allez, allez, lui dit le Saint, et cherchez bien, vous en trouverez peut-être. » Par obéissance pour son maître, la servante se rendit au grenier et trouva une grande quantité de blé. — Ce miracle est attesté dans le procès de canonisation d'EIzéar par le frère Giraud Reybaud, religieux de l'Ordre des Frères-Mineurs, qui déclare l'avoir appris de la bouche de la grènetière : prout eidon dixit ciistos ciavium ipsorum horreorum. (Acta Sanct., cditio novissima; Sai7it Elz., page 549.)

Le séjour à Puy-Michel fut un temps de paix et de bonheur sans nuage dans la vie de nos dévots chrétiens. Mais, d'après l'auteur anonyme, il ne dura que trois ans. La mort de son père appelait Elzéar en Italie : plus que jamais le monde allait le ressaisir pour le jeter dans l'agitation d'une cour royale. Pour lui tout spécialement devait se vérifier la vérité de cette parole : Militia est vita honiiiiis : la vie de l'homme est un combat.

Pendant l'absence de son époux, Delphine,

aidée des conseils de dame Garsende, s'appliqua à faire régner à Ansouis le même ordre qu'à Puj-Michel, et se révéla organisatrice remarquable, assignant à chacun son office avec discernement. Elle régla d'abord les exercices de ses domestiques. Chaque matin, elle les réunissait à la messe, estimant que cette demiheure, dérobée au travail, n'appauvrirait pas la maison, et que les récoltes n'en seraient pas moins abondantes^ si elles étaient bénies par la Providence, dispensatrice des pluies et des rayons de soleil. A la fin de la journée, tous se rendaient de nouveau à la chapelle, pour entendre le Salve Regina et le salut de l'ange, quand il apporta à Marie l'heureuse nouvelle de l'Incarnation du Verbe.

Delphine recommandait instamment la paix^ cette paix que Jésus, venant en ce monde, nous annonça comme le premier des biens, et par laquelle il salua si souvent ses apôtres après sa Résurrection. « Mes amis, disait la comtesse à ses gens, cédez quelque chose à votre compagnon, quand même il serait dans son tort; prenez exemple sur Jésus-Christ qui, tout innocent qu'il était, a pardonné à ses bourreaux les tourments atroces de sa Passion. »

Sous l'habile direction de Delphine, les domestiques devinrent eux-mêmes des modèles de vertu. Aussi quand on apprenait dans la ville d'Apt la mort de l'un d'eux, dit Borély, chacun allait voir sa dépouille, comme celle d'un bienheureux. Telle fut cette femme qui

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passa au service des doux (^poux une grande partie de sa vie, et qui souhaita de reposer après sa mort dans leur tombeau, ce qui lui fut accorde.

Cette feinnie clait probablement Maunrie Gauthière, nourrice d'l\lzéar, d'après Kaphaël. Touchante familiarité ! la servante ne craint pas de demander hi même faveur que les membres de la famille de ses maîtres, et ceux-ci acquiescent à son désir.

Souvent on vit les plus dévots des serviteurs de Delphine se priver de leur dîner pour le donner aux indigents. Parfois, d'un commun accord, ils abandonnaient tout leur souper aux pauvres, se contentant de pain et d'eau, à l'imitation de leur maîtresse, qui jeûnait ainsi tous les vendredis.

Humble comme un disciple de saint François d'Assise, Delphine défendait à ses gens de lui donner le titre de comtesse, et, préludant déjà au dépouillement complet qu'elle devait accomplir dans son veuvage, elle se livrait souvent aux plus bas offices de la maison. C'est ainsi qu'elle balayait les chambres, quand elle voj^ait ses femmes occupées ailleurs, et qu'elle lavait la vaisselle, avec la satisfaction que d'autres mettent à remplir les hautes fonctions auprès des reines et des princesses.

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