‹ Saint Elzéar de Sabran et la bienheureuse Delphine de SigneChapitre 16 sur 29 · ASCENSION CONTINUE DE DEUX AMES · texte numérisé non relu

ASCENSION CONTINUE DE DEUX AMES

Elzéar, ayant obtenu du roi Robert un congé de deux ans, se rendit avec son épouse en Provence. Tous deux, en la compagnie de dame Garsende, passèrent à Ansouis la solennité de Pâques, occupés à contempler les joies de la Résurrection, avec la glorieuse Vierge Marie, avec Madeleine, les saintes Maries Jacobé et Salomé et les i^pôtres. Puis, en la fête de sainte Madeleine, ils entendirent dévotement la messe dans la chapelle et reçurent le sacrement de l'Eucharistie. Garsende, infirme, ne put assister au saint sacrifice, et, comme Elzéar tenait à rendre cette seconde mère témoin de son serment, les deux époux se rendirent dans sa chambre. Là, sous ses yeux ravis, en présence aussi d' Alasacie, sœur de Delphine, et dTsnard, fils de Garsende, à rexclusion de tous autres témoins, Elzéar, à genoux, les mains jointes sur le missel, prononça le vœu de virginité en ces termes : « Seigneur Jésus-Christ, de qui procède tout bien et tout don, voici un pécheur fragile et infirme qui, sans un secours spécial de votre grâce, ne peut garder la continence ni la chasteté. Mais, confiant en votre aide toute particulière, je

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voue et je promots à vous-m<îmo, h la glorieuse Viorge et à tous les saints, de vivre chastement toute ma vie et de conserver la virginité que votre clémence a gardée en moi jusqu'à ce jour, et, pour rester (îdèle à cette promesse, je suis prêt à soufïrir toutes les tribulations et peines et même la mort corporelle. »

Après lui Delphine renouvela ce même vœu, qu'elle avait déjà fait en secret. Enfin Isnard à son tour se lia par un engagement semblable. Alors Garsende, remplie d'une joie spirituelle, s'écria : « Gloire au Dieu tout-puissant, qui m'a fait voir ce que j'ai tant désiré. Maintenant je mourrai heureuse, n'a3^ant pas d'autre souhait à faire en ce monde. « Les aspirations de cette fidèle servante de Dieu furent exaucées et, pleine de mérites, elle quitta peu de temps après cette pauvre terre. Son corps, revêtu de la bure de saint François, fut enseveli dans l'église des Frères-Mineurs d"Apt. Les saints époux assistèrent à ses derniers moments, ainsi qu'à ses funérailles, et une vision la leur montra couronnée de la gloire céleste.

Abraham Bzovius, continuateur des Annales Ecclésiastiques du cardinal Baronius, écrit ce qui suit (tome XIV): « Peu de temps après (son retour d'Italie), Elzéar prononça le vœu de virginité avec son épouse Delphine, vœu auquel il resta toujours fidèle, tous deux a3'ant embrassé le Tiers-Ordre de Saint-François, ce qui eut lieu dans le château d'Ansouis. » Les vieux écrits ne mentionnant pas cette admission au

Tiers -Ordre, Fauteur bollandiste Suyskens ouvre à ce sujet une longue discussion. La Vie manuscrite de Bôdeken nous apprend, il est vrai, qu'Elzéar récitait chaque jour l'office divin selon le rite de TÉglise romaine; mais, si Ton peut voir dans ce fait une indication, on ne saurait le considérer comme une preuve suffisante. Cependant, comme il est constant que le comte d'Ariano fut enseveli dans Thabit de Tertiaire, Suyskens pense qu'il fut affilié au Tiers-Ordre franciscain, sinon plusieurs années avant sa mort, du moins dans sa dernière maladie.

Nous serons plus affirmatif, et nous pensons qu'Elzéar était fils de saint François dès Tannée i3i7, car son testament lève toute incertitude. Ce document, écrit à Toulon, le i8 juillet. Tan i3i7 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, débute par ces mots : « Au nom du Christ et de la glorieuse Vierge », et, après un préambule de pure forme, il renferme, comme première disposition, celle qui suit : « D'abord nous choisissons pour la sépulture de notre corps, quand il nous arrivera de mourir, le couvent des Frères-Mineurs d'Apt et nous voulons, ordonnons et disposons que, quel que soit le lieu de notre mort, dans le délai d'un an à compter de notre décès, notre corps soit transporté audit couvent des Frères-Mineurs d'Apt et y soit inhumé. Et nous voulons et ordonnons qu'à notre mort nous soyons revêtu de l'habit des Frères-Mineurs, et que notre dépouille soit disposée, portée et ensevelie avec le même habit et la même

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