‹ Saint Elzéar de Sabran et la bienheureuse Delphine de SigneChapitre 19 sur 29 · I:T \.\ IMKMIKUIIKUSK DKUMIINE DE SIGNK 7I · texte numérisé non relu

I:T \.\ IMKMIKUIIKUSK DKUMIINE DE SIGNK 7I

rendit ^ cheval, en compagnie du roi, au palais (lu p.ipe, lequel était ussc/ éloigné. A son retour, le comte dAriano pria l'officiant de célébrer le saint sacrifice, et reçut dévotement la communion. Ainsi son ame restait tellement unie à Dieu, que tout ce qu'il avait vu et entendu soit en chemin, soit au palais, n'avait pu le distraire de r.'ii-te pieux qu'il voiilnit remplir on ce jour.

Ayant laissé la comtesse d'Ariano à Avignon, Elzéar se rendit à Paris, où il s'acquitta de sa mission d'ambassadeur (i) avec le soin qu'il apportait en toutes ses fonctions, sans se départir d'ailleurs de ses œuvres de piété habituelles et de ses visites aux malades.

Ici se place un fait singulier rapporté par Raphaël et Borélj. Elzéar se trouvait dans la rue Saint-Jacques, quand vint à passer un prêtre qui paraissait porter le saint viatique. Toutes les personnes présentes s'agenouillent; le comte seul reste debout et se contente de saluer le prêtre. Cette attitude, en apparence irrespectueuse, du dévot ambassadeur ne pouvait manquer de causer de Tétonnement et quelque scandale. Le fait parvient aux oreilles de Tévéque de Paris, qui mande Elzéar en son palais, et, le

1. Les archives des Bouches-du-Rhône possèdent la curieuse procuration par laquelle Charles llllustre, duc de Calabre, donne pouvoir au comte Elzéar de Sabran, au grand sénéchal de Gambatezza et à deux chanoines d'Aversa, de contracter, en son nom, avec la princesse de Valois, un seul des mandants pouvant acter. à défaut des autres (v. Forbin d'Oppède).

prenant à part, le prie de lui expliquer son étrange conduite. Le comte réplique qu'il n'a pas agi sans motif, ainsi qu'on le verra en faisant appeler le prêtre. Celui-ci se présente à son tour, sur l'ordre de son évêque, et, sommé de dire ce qu'il portait au jour indiqué, il répond, les larmes aux yeux : « Hélas î Monseigneur, pardonnez-moi inon crime. Je reçus, il y a peu de jours, la confession d'un marchand, à qui je refusai d'apporter le saint viatique, parce qu'il ne voulait pas restituer le bien qu'il détenait injustement. Mais les parents du marchand m'ayant menacé de mort, si je persistais dans mon refus, je crus pouvoir tourner la difficulté en portant au malade une hostie non consacrée. » A cette déclaration inattendue, le scandale qu'avait pu causer le comte d'Ariano se change en admiration. Quelle est donc, disaiton, la sainteté d'un homme que le ciel favorise ainsi de ses révélations !

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MORT Kl KUNl'.KAILLES DELZKAH

Los désirs de retraite du comte d'Ariano ne devaient pas être satisfaits; il fallait à ce vaillant soldat du Christ, la mort du combattant dans le feu de l'action. Pendant que les cours de France et d'Anjou se préparaient à célébrer le mariage qui allait unir deux de leurs enfants, Elzéar tomba gravement malade, et, sentant sa fin prochaine, il fit appeler à son chevet le Père François Mayronis, son compatriote, alors supérieur de la maison des Frères-Mineurs, à Paris. Chaque matin, le malade entendait la messe dans sa chambre; il recourait souvent au sacrement de Pénitence, et montrait dans ses souffrances une patience inaltérable. Enfin, soit par une inspiration divine, soit sur l'ordre de son confesseur, il révéla à ceux qui l'entouraient le secret de sa vie, en ces termes : « Salvatus est hoiiio malus per mulierem boiiain. » Et il commenta ainsi ce texte : « Homme mauvais que je suis, j'ai été sauvé par la vertu d'une épouse que je laisse vierge, comme je l'ai reçue. »

Pour le purifier sans doute des plus légères souillures. Dieu permit que, dans son agonie, il eût à supporter une lutte terrible contre les démons; il en sortit vainqueur par les mérites de

rincarnation et de la Passion de notre Sauveur Jésus; son visage, d'abord contracté par ce combat intérieur, reprit ensuite sa sérénité, et il expira le 27 septembre i323, à Tàge de trentehuit ans , revêtu de Thabi t et de la corde des Frères- Mineurs. La mort n'eut pas le pouvoir d'imprimer son stigmate sur les traits de ce prédestiné, qui demeurèrent sans altération dans leur calme beauté. Témoin de ses derniers moments, un jeune seigneur débauché ressentit une si vive douleur de ses péchés, qu'il voulut les confesser de suite, ce qu'il fit, dans une chambre à part, avec grande dévotion, en versant des larmes abondantes.

Pendant que ces événements se passaient à Paris, la comtesse d'Ariano résidait, ainsi que nous l'avons dit, à Avignon. Or, ce même jour, 27 septembre au matin, Barthélemie, la fidèle suivante, pénétrant dans la chambre de sa maîtresse, trouva cette dernière toute en pleurs. Elle lui demanda la cause de son affliction. « Hélas î répondit Delphine, mon cher époux est mort. » Et, comme Barthélemie refusait de croire à cette nouvelle, que toute la cour ignorait à Avignon. « Il est très certain, ma fille, reprit la comtesse, que votre bon maître est mort, priez Dieu pour lui; j'ai tout perdu, et vous avez fait vous-même une bien grande perte. » Plusieurs jours après, arrivait le courrier apportant de Paris la nouvelle du décès et confirmant, à l'étonnement général, la révélation de la comtesse.

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