‹ Saint Elzéar de Sabran et la bienheureuse Delphine de SigneChapitre 21 sur 29 · I.F. PASSKUKAU KCIIA PPK Al I II. Il DL CHASSEUR · texte numérisé non relu

I.F. PASSKUKAU KCIIA PPK Al I II. Il DL CHASSEUR

A peu de distance d'Ansouis, mais de l'autre côté de la vallée et sur le versant méridional du Luberon, était situé le château de Cabrières d'Aiguës. C'est le lieu solitaire que Delphine, abîmée dans son affliction, avait choisi pour y pleurer l'époux sitôt ravi à son amour. Comme Rachel, elle ne voulait point être consolée. A la douleur que lui causait la séparation s'ajoutait la crainte que le bien-aimé n'eut à expier, dans les flammes du purgatoire, les fautes auxquelles n'échappent point les âmes les plus pures. Les prières de la comtesse, celles qu'elle demandait aux églises et aux couvents, les aumônes qu'elle distribuait pour le repos d'un être si cher, ne parvenaient pas à calmer ses inquiétudes.

Un jour que, dans la chapelle du château, elle implorait avec larmes la miséricorde divine, elle vit une grande clarté et entendit une voix qui lui reprochait son peu de confiance, en ces termes : « Delphine, vous avez tort de vous montrer inconsolable de mon absence. Eh quoi ! vous plaignez-vous de mon bonheur? Sachez que Dieu m'a fait miséricorde et que je suis hors de tout danger. Laqueus contritus est, et nos liberati sumus, * La comtesse aj^ant de-

mandé rcxplication de ce verset de TEcriture Sainte, la même voix reprit : c Ces paroles s'appliquent à vous aussi bien qu'à moi-même; à moi qui, délivré des liens de la terre, suis en possession de la liberté des élus; à vous qui, dégagée des chaînes du mariage, n'avez plus qu'à servir Dieu et à l'aimer. » Ce langage, à la fois sévère et tendre, fit descendre un calme bienfaisant dans l'àme troublée de la comtesse; elle en garda le souvenir pendant tout le reste de sa vie.

Voulant traduire en acte le conseil qu'elle avait reçu, elle résolut de briser complètement les liens qui pouvaient l'attacher au monde, en faisant l'abandon de ses biens aux pauvres. Le projet était d'autant plus méritoire que ses possessions étaient considérables. En effet, par son testament, Elzéar ne se contentait pas de rendre à son épouse ce qu'elle lai avait apporté en dot, et notamment Puy-Michel, dont le revenu annuel était de douze cents florins d'or (i). Il y ajoutait les châteaux et terres de Cabrières et de Robians sans aucune charge, et, dans sa tendresse attentive, prévoyant le cas où Delphine éprouverait quelque trouble dans ses possessions, il ordonnait à son héritier de prendre en mains la défense de la comtesse, de se charger des frais des procès à soutenir pour elle et de les conduire à leur terme. Nombreux étaient

1. M. Blancard, archiviste des Bouches-du-Rhône, évalue le florin d'or à onze francs environ de notre monnaie.

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les legs faits aux églises paroissiales et aux couvents des I*' ivres-Mineurs. Les compagnons et serviteurs, Isnard Alphand, Guy de Cavaillon, Bertrande Hîirthélemic, etc., n'étaient pas oubliés; Raymond Nicolas de Lourmarin, le cuisinier, avait pour sa part vingt cinq livres et son habitation à Cucuron, sa vie durant. Knfin Kl/éar instituait comme héritier universel son frère consanguin, Guillaume, fils d'Ilcrmengaud et d'Klise des Baux.

Telles étaient en abrégé les dispositions du testament déposé à Toulon chez maître Nicolas Cornille, notaire, dont une copie est conservée à la bibliothèque de Carpentras (mss. de Peiresc). Ce document nous révèle une fois de plus le sens pratique et prévoyant d'un homme dont rentretien habituel était dans le ciel.

Guillaume Henricy, juge mage de Provence, consulté par Delphine sur son projet, lui fît observer que l'autorisation du roi était nécessaire pour aliéner les terres seigneuriales placées sous le haut domaine royal, et l'engagea, pour lever la difficulté, à se présenter en personne devant Robert. Cette démarche obligeait Delphine à se rendre à Naples, où la famille ro3^ale résidait depuis Je mariage du duc de Calabre avec Marie de Valois.

La comtesse partit donc, accompagnée de sa sœur Alasacie, de Bertrande Barthélemie et du gentilhomme Isnard Alphand. A son arrivée, le roi voulut lui faire préparer un appartement dans le palais ; mais elle refusa, et choisit dans

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la ville une habitation des plus modestes, voulant faire sa cour non pas à leurs majestés roj^ales, mais aux pauvres et aux malades des hôpitaux. Son exemple, ses entretiens pieux avec la reine exercèrent l'influence la plus heureuse; on vit les débauchés faire pénitence, et les dames, en grand nombre, se livrer aux visites de charité.

Enfin Delphine exposa son désir au roi, lui demandant son agrément pour la vente des terres nobles, dont elle voulait distribuer le prix aux pauvres. A cette requête, Robert fit des objections graves, au nom de l'État, qui allait ainsi perdre l'appui des deux familles considérables de Signe et de Sabran. Mais la comtesse insista et, appu3^ée par la reine, elle finit par obtenir le consentement désiré.

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