PREMIÈRES ANNÉES
A la fin du xiii'^ siècle, le château d'Ansouis était habité par Elzéar de Sabran, aïeul, et Cécile ou Alice d'Agoult, son épouse. Parmi les enfants issus de cette union nous citerons : Hermengaud, père de saint Elzéar; Guillaume, abbé de Saint-Victor; Burgole, épouse de Giraud de Villeneuve, mère de sainte Roseline, dont les restes reposent à la Celle-Roubaud. Le château de Sabran, d'où cette maison tirait son nom, est situé dans le Gard, près de Bagnols; mais il ne joue aucun rôle dans notre récit.
Hermengaud avait épousé Laudune d'Aube de Roquemartinequi, à raison, soit de l'éclat de son nom, soit de sa piété et de sa douceur, était surnommée la Bonne Comtesse. Le vieil auteur anonyme nous apprend que, pendant sa grossesse, Laudune se sentait plus que d'habitude portée aux saints désirs et aux œuvres de piété. Quand la famille se rendait à la promenade, vous auriez pu voir la Bonne Comtesse, laissant les autres personnes à leurs causeries futiles, s'isoler avec dame Garsende Alphant, remarquable par sa haute spiritualité, pour s'entretenir avec elle de pieuses pensées et lui dire combien le monde lui était à charge. Et quand son fils eut vu le jour, Laudune l'offrit à Dieu avec fervente
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dévotion en ces termes : « Mf)n Dieu, maître de toute créature, je vous rends gnke pour cet enfant que me donne votre clémence, et je vous prie humblement de l'accepter pour votre serviteur et de répandre sur lui votre bénédiction. Si vous prévoyez qu'il doive être rebelle à votre volonté, retirez-le de ce monde, dès qu'il aura été purilié par le saint baptême. •
Parents chrétiens, à qui Dieu envoie cet enfant cjui, mieux qu'un clair rayon de soleil, illumine votre foyer, n'oubliez pas que vous avez en lui une àme à former pour le ciel : noble mission, à laquelle il ne faut point faillir!
Klzéar naquit en l'année i285 ou environ. Quant au lieu de sa naissance, les uns le placent à Ansouis, les autres, dont l'opinion est plus accréditée, au château de Robians, aujourd'hui détruit, lequel était situé au nord d'Ansouis, entre Cucuron et Cabrières-d'Aigues. Ajoutons qu'Elzéar est parfois nommé Auzias, en provençal Ourrias.
L'ofirande de Laudune fut agréable au Seigneur, car, avant que l'enfant eût accompli sa troisième année, son cœur était admirablement incliné vers les pauvres de Jésus-Christ. Alors que les servantes le portaient encore sur les bras, s'il trouvait des malheureux en sortant du château, il refusait de passer outre et pleurait amèrement et sans trêve, jusqu'à ce qu'on leur eût fait l'aumône. Alors seulement Tenfant passait joyeux. Ce trait fait partie des scènes représentées dans l'église d'Ansouis.
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Aux lecteurs que cette charité précoce étonnerait, la marquise de Forbin cite le cas d'une petite Américaine, Rhoda del Bal, qui, à Tàgc de deux ans, apprenait à prier à des enfants plus âgés qu'elle, et sollicitait de sa mère la permission de l'accompagner à la messe.
Lorsque le petit Elzéar eut accompli sa cin- \ quième année, son pécule devint la fortune des ] pauvres, et il faisait invitera sa table ses cama- ; rades de jeux, les indigents de préférence. A j cette miséricorde pour les malheureux, il joi- : gnait la modestie, la douceur, la mansuétude; il était affable, obéissant, paisible, de figure en- ] jouée et agréable. — Le vieil hagiographe accu- | mule ici les épithètes laudatives; on sent qu'il ; voudrait faire passer sa propre tendresse dans ; la peinture de ce portrait aimé. !
Hélas! la Bonne Comtesse n'eut pas la con- ^ solation de vivre assez pour voir se réaliser ' des promesses si heureuses. Elle mourut à la ' fleur de Tâge. Dès lors, durant les séjours \ que son père faisait en Italie, Elzéar restait à ; Ansouis, sous la surveillance de son grand-père i et de dame Garsende, qu'il vénérait comme sa | mère.
11 entra ensuite dans l'abbaye de Saint-Victor, à Marseille, pour y étudier les belles lettres et '■ les bonnes mœurs, sous la direction de son oncle, | Guillaume de Sabran. Ce monastère avait un tel \ renom de sainteté, que le terrain d'alentour était appelé le F'^aradis. Elzéar croissait en sagesse j et en grâce, et son zèle pour la foi était si grand,