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Cju'un religieux l'entendit mi jour exprimer le désir d'iiller dans les régions infidèles et d'y niouriren confessant Jésus-Christ.
Deux ans avant la naissance d'I^lzéai , Delphine ou Dauphine de Signe, de la noble maison de (^ilandevez, avait vu le jour au chAteau de Puv-Michel, aujourd'hui en ruines, dans la région de Riez, non loin de la Durance et de la petite rivière d'Asse. Son père, Guillaume de Signe, descendait des vicomtes de Marseille. Sa mère, nommée aussi Delphine, était de la maison des Barras, d'une noblesse vieille comme les rochers, vici coinnc II roucas, cjui ne s'était pas encore compromise dans le Directoire. La famille tirait son nom de la petite ville de Signe, près de Toulon.
L'heureuse naissance de l'enfant fut attribuée à la présence et à la dévotion d'une pieuse tante, Sœur Cécile, qui, pendant la grossesse de la jeune mère, récitait tous les soirs, entre autres prières, le symbole de saint Athanase. Cette religieuse appartenait probablement au monastère de Sainte-Catherine de Sorbs, fondé, en I255, pour cent chanoinesses, sous la règle de saint Augustin.
A sept ans, l'enfant était orpheline, et la tradition veut que son éducation ait été confiée aux religieuses de ce même monastère, où se développa son goût pour la piété, en même temps qu'elle recevait une culture intellectuelle remarquable. Mistral a écrit sur les femmes des Sabran cet éloge spirituel : les marquis de
Sabran^ qu illustrent la grâce et Vesprit de leiu^s marquises.
Li marqués de Sabran, pèr lou gaubi e l'esprit De si marqueso — tant ilustre.
Si réloge convient à Delphine, qui étonnera plus tard par son éloquence et sa science théologie, la restriction ne saurait concerner EIzéar, car nous le verrons devenir à la fois brillant chevalier et administrateur émérite.
Delphine montrait déjà dans son enfance un dédain surprenant pour l'éclat mondain, et, si on lui vantait sa haute naissance, elle répondait que la noblesse de la vertu l'emporte de beaucoup sur celle du sang. Dès Tàge de huit ans, elle était résolue à se faire moniale, comme elle le déclarera dans le procès de canonisation d'Elzéar. Apprenant que ses oncles voulaient la marier à quelque seigneur puissant, à cause de sa dot et de ses grandes possessions, tandis que, prévenue par Tamour divin, elle entendait rester vierge, elle eût voulu voir châteaux et domaines brûlés et détruits, serviteurs et vassaux dispersés, pour ne plus fournir prétexte au mariage. Chose plus admirable encore! souvent elle désira être privée de la vue pour servir Dieu librement dans la virginité.
C'est ainsi qu'Elzéar à Saint-Victor, Delphine à Sainte-Catherine vivaient dans le recueillement de Tétude et de la piété, quand les puissances humaines firent irruption dans leur vie, intervention qui eut pour résultat de porter
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leur vertu naissante jusqu'à l'hérc/isme. Le pre mier assaut fut donné par les deux oncles tuteurs de la jeune fille, qui se présentèrent un jour à l'abbaye de Sorbs, et, voyant bien que leur nièce ne se résoudrait pas facilement à quitter ce séjour de paix, lui firent entendre qu'une tante très Agée désirait la voir. Le stratagème réussit, et la pauvre enfant, tout en larmes, fut séparée de ses chères religieuses.