PREMIÈRE PARTIE
Point de doute donc que la villa du poète consul nait décoré au iv' siècle le coteau de Saînt-Émilion , et dominé sur la plaine que la Dordogne arrose dans son cours.
Après le temps d'Âusone une nuit complète enveloppe le pays, et ce n'est que vers le milieu du viii* siècle que la lumière commence à reparaître.
Les savants auteurs de la Gaule chrétienne semblent croire qu'il existait alors, dans le lieu où s'éleva depuis Saint -Émilion, un monastère du titre de Sainte-Marie-de-Fussiniac ^ Nous avons fait d'inutiles recherches pour découvrir où ces auteurs avaient pu trouver des indices de l'existence de ce monastère 2.
Les mêmes auteurs nous disent que le monastère de Sainte-Marie-de-Fussiniac fut au vin* siècle ruiné par les Sarrasins'. L'histoire ne fournit point de preuves précises que les Sarrasins aient visité les lieux où s'éleva Saint-Émihon ; mais il y a de fortes présomptions en faveur de cette opinion : le nom de Ville Maurine, par exemple, attaché à un petit hameau tout voisin de la ville, semble annoncer, en effet,
' GroUia christiana, tom. II, col. 881.
^ M. Reinaud parle aussi de ce monastère ( Invasions des Sarrazins en France, p. 4i ) ; mais ce savant ne cite d^autre autorité que les auteurs de la Gaule chrétienne , et nous tenons de lui qu'il n'en a pas eu d'autre.
^ Gdlia christiaua, lom. II, col. 88 1-, M. Reinaud (Invasions. des Sarrazins en France , p. 4 1 ) .
qu'un corps de troupes maures est venu camper sur les hauteurs occupées maintenant par Saînt-Emilion. L'histoire d'ailleurs vient très-bien à l'appui de cette supposition. On sait, enefiFet, qu'Abd-Alraman , que nous avons appelé Abdérame, après avoir traversé les Pyrénées et ravagé le midi de la Gaule vers l'an 782, s'empara de Bordeaux, qu'il brûla en partie; qu'ayant joint le duc d'Aquitaine il tailla son armée en pièces et resta maître de tout le pays ^ ; mais comme il voulait pénétrer, et comme en effet il pénétra plus avant dans le cœur de la Gaule, puisqu'il soumit tout le pays jusqu'au delà de Poitiers, où l'arrêta Charles-Martel , il aura très-bien pu, dans l'intérêt de sa propre sûreté, laisser un corps d'observation dans le lieu qui aura retenu le nom de Ville Maurine.
^ L'auteur des fusais , variétéshistoriques et notices surLibourne,etc. a écrit : « La ville où était Termitage d'Émilien fut saccagée par les Sarrasins d'Espagne, lesquels, passant avec la rapidité du feu, laissèrent des traîneurs que le saint ermite convertit à la foi chrétienne. On leur donna, hors des murs, une petite honrgade qui ne subsiste plus, mais dont le sol conserve encore le nom de Ville Maurine. » Comme l'auteur ne dit pas où il a pris tout cela, nous ne devons pas nous y arrêter, surtout quand il ne se trouve rien de semblable dans la Vie de saint Émilian dont nous parlerons bientôt, et quand on sait d'ailleurs qu'au temps du saint ermite il n'y avait point là de ville que pussent saccager les Sarrasins.
Du reste, la prise de Bordeaux par les Sarrasins, leur victoire sur le duc d'Aquitaine , les suites de cette victoire , sont très-laconiquement et très-obscurément racontées dans les chroniques contemporaines, qui ne nous donnent même pas les moyens de reconnaître le lieu où se dontia la bataille.