PREMIÈRE PARTIE. Il
Mais ce n'est point encore là qu*on peut rapporter ToiTgine de Saint-Emilion : une vaste forêt couvrait encore remplacement où s'éleva depuis cette ville. Ce n'était pas aux Arabes , mais h un ermite chrétien qu'il était donné d'en poser les fondements.
S II
Origiae du monastère de Saint-Émilion. — Spéos ou église
monolithe.
Vers le temps où Tes Sarrasins parcouraient le midi de la Gaule , vivait un saint personnage dont le nom ne figure pas au martyrologe romain \ mais que le
* Je n^ai trouvé la vie de saint Émilian ni dans aucun martyrologe, ni dans aucun recueil de vies de saints; mais voici ce que j^ai lu dans le Marljrrologium galUcanum d'André du Saussay : « In Burdigalensi diœ- « cesi S. iËmiliani confessons et abbatis . . . acta insignia in antiquo divi- «norum prsconiorum iibro stylo nitido descripta sunt, qus ad usum «cœnobii seu capituli ejusdem invocatiouis ad Dordoneam fluvium du- « dum legebantur, quorum apograpbum in commentariis hujus Marty- « rologii bac die (16 novembre) exprometur fidelissime transumptum. » (Martyr. Gcdl. CoroUarium , p. 1316.] Le commentaire dont parle du Saussay, et qui devait contenir la vie de saint Émilian , n'a pas été publié; en sorte que je désespérais de trouver une vie du saint confesseur, lorsque M. le curé de Saint-Emilion , M. Sauldubois, me communiqua obligeamment un exemplaire, le seul probablement qui existe encore, de Tancien petit livre de prière dont parle du Saussay ( cabier petit in-8* de 27 pages). C'est de cette source originale que j'ai tiré ce que je dis du saint ermite. Mabillon avait évidemment reçu communication de ce document, et c'est là qu'il aura pris ce qu'il dit sur rorigine du monastère de Saint-Émilion (Annal, ord. S. Bened. \ih. XXIV, cap. xvi). Voir pièces justificatives, n° 2.
diocèse de Bordeaux compte au nombre des confesseurs dont il fête la mort.
Saint Émilian ou Immiiion naquit à Vannes en Bretagne de parents obscurs, qui relevèrent dans famour et la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Il se fit remarquer surtout par un grand amoiu* pour les pauvres , auxquels il prodiguait sans cesse et secours et consolations. Il entra, en qualité de domestique, dans la maison du comte de la ville, et fut bientôt accusé d*user, aux dépens de son maître , de trop de libéralité envers les indigents. Il fut surveillé, et un jour que, selon sa coutume, il allait distribuer de petits pains quil tenait sous son vêtement, le comte laborde et lui demande avec colère ce qu'il porte là. « Ce sont , répond Émilian , des morceaux de bois destinés à réchauffer les pauvres, » et, en effet, il ne se trouva que du bois sous le vêtement; mais au moment où le saint homme allait distribuer ce bois, le bois redevint pain. Un tel miracle ne pouvait rester ignoré : les témoignages de l'admiration générale vinrent accabler l'homme de Dieu, qui, pour fuir tant d'honneur, résolut d'aller s'enfoncer dans un cloître.
n se dirigeait vers l'Espagne lorsque la fatigue l'obligea de s'arrêter en Saintonge, dans un monastère de l'ordre de saint Benoît ^ L'abbé de ce monastère parvint à le retenir, et lui fit prendre l'habit de son
^ Saint Benoit naquit en ASo; ii devint le fondateur de Tordre religieux qui porta son nom dans la première moitié du vi' siècle *, mais