‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 9 sur 141 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Partant de ces données et s'appuyant sur la ressemblance des noms, cpeiques savants ont voulu trouver Lucaniacum dans Lugagnac , petite commune située sur la gauche de la Dordogne , à peu de distance du bourg de Branne. D*autres ont prétendu que le domaine d'Âusone répondait à l'emplacement du boui^ de Ruch, situé aussi entre les deux rivières Dordogne et Garonne , quelques antiquités ayant été découvertes dans ce bourg. Ce sont là des hypothèses tout à fait gratuites.

Le port de Condat , dont parle Âusone , se trouvait sur la rive droite de la Dordogne , un peu au-dessus du point où elle reçoit les eaux de llsle. Or, de Condat, placé sur la rive droite de la Dordogne, il était impossible, en Tabsence d'un pont, de se rendre, par une voiture attelée de mulets , soit à Lugagnac , ,soit à Ruch, placés l'un et l'autre sur la rive opposée. Ni Lugagnac, ni Ruch ne représentent donc le Lucaniacum d'Âusone.

On a rencontré beaucoup plus juste en plaçant Lucaniacum sur le plateau de Saint-Émilion \ car, 1** Saint-Éinilion est situé sur la rive droite de la Dordogne , c'est-à-dire du même côté que Gondat , dont

Invenies praesto subjuncta petorita mulis :

Villa Lucani mox potieris aco.

ÂusoD. Epùt, IV, Theoni.

Sur Condat, voir part. II, sect. i, S 3 in fine. * Vinet , D. Devienne , etc.

il n'est guère éloigné que d'une lieue. On pouvait donc aller facilement par voiture de Condat à Saint - Émilion; 2" il existe encore à Saint-Émilion des restes de constructions romaines : ce sont des murs formant une espèce de terrasse; quelques obJQts d'antiquité ont même été trouvés dans ces ruines ^ ; 3" il est de tradition dans le pays , et nous avons des témoignages de l'existence de cette tradition dès le xm* siècle^, qu'Ausone eut une maison sur le coteau où se trouve Saint-Émilion; 4° enfin nulle part ailleurs, aux environs de Condat, n'exisle une tradition semblable.

^ Ce sont des colonnettes, des fûts , des chapiteaux de colonnes, etc. Le propriétaire des restes de la maison d'Ausonc nous a montré aussi un éperon trouvé dans ces mines; cet éperon, il faut le dire, n^a point la simplicité de ceux dont Montfaucon a donné le dessin, mais il faut penser qu'Ausone appartient au ly' siècle.

- L'auteur des Essais, variétés historiques et notices sur Libourne, etc. a écrit d'après des notes que lui avaient fournies deux chanoines du chapitre de Saint-Émilion, ce qui donne quelque poids à ses paroles : « Il est probable que la maison de campagne de ce poète ( Ausone) était à Saint-Émilion , et Ton peut d'autant moins écarter cette pr(^abilité , qu'elle est appuyée d'une tradition constante qui remonte au delà de l'époque à laquelle le pape Clément V sécularisa l'abbaye des Bénédictins de Saint-Émilion (lisez des Augustins).ei en fit un chapitre. Les mémoires des abbés Vincent et Brochard nous avaient donné ou indiqué à ce sujet , comme à beaucoup d'autres , quelques éclaircissements et des matériaux que nous avions rassemblés pour l'abbé Beaurein. » (Chap. XLiii.) L'abbé Beaurein se proposait de publier une description historique de tout le diocèse de Bordeaux, mais ce projet n'eut qu'un commencement d'exécution; ce savant abandonna son entreprise avant d'avoir abordé la partie du diocèse où se trouve Saint-Émilion.

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