TROISIÈME PARTIE
Et Guadet qui ne revenait pas, qui ne faisait rien dire ^
Enfin les six amis apprennent qu'un citoyen de Tendroit, maratiste déterminé, a fait un voyage à Bordeaux; qu'il en revient à l'heure même, amenant avec lui des gens à visages suspects; qu'on remarque dans sa maison du mouvement, des conciliabules. Leurs inquiétudes augmentent, ils se préparent à la défense, se barricadent et se distribuent des armes, qui consistent en quatorze pistolets, cinq sabres et un fusil. C'était le soir. Quelques-uns se couchèrent tout habiUés, les autres firent sentinelle, mais rien ne parut cette nuit-là.
A l'entrée de la nuit suivante arriva l'envoyé de Guadet : Saint-Émiiion , qui d'abord avait applaudi à la résistance de Bordeaux, qui avait adhéré à toutes les mesures prises par la commission populaire de la Gironde , qui avait même sollicité et déterminé l'adhésion de toutes les communes du canton , Saint-Émiliôn avait depuis rétracté cette même adhésion , et déclaré qu'il ne reconnaissait d'autre autorité que celle de la convention , d'autres pouvoirs que ceiix qui émanaient d'elle ^. Guadet n'avait pu trouver encore qu'une seule personne qui osât recueillir deux de ses collègues; il s'occupait de placer les autres.
^ Sur tout cet épisode, voir Louvet, Mémoires, p. 194 et suivantes. * Voir Registre de police et d'ordre, etc. délibération des 18, 22 et 23 juin, et 17 juillet 1793.
A cette nouvelle, tous restent consternés. Barba roux rompt enfin le silence : a Nous ne doutons pas dit-il , qu'ici le péril ne soit imminent. Lequel d'entr nous pourrait songer an y dérober que lui, et ne serai^K pas arrêté par cette pensée que, demain peut-être ^^ ceux qu'il va laisser ici ne seront plus? Quaflt à moi -^ je n abandonne point les compagnons de mes travau}^ et de ma gloire I N y a-t-il asile que pour deux? reston tous, mourons ensemble! Mais Guadet, s'il connaissai notre position, nen enverrait-il chercher que deux^ ne sentirait-il point que le plus pressant est de nou^ retirer d'ici? Quelqu'un offre asile pour deux d'entre nous , eh bien ! pour quatre ou cinq joiu's, s il le faut^ ne tiendi'ons-nous pas six dans la chambre où dm^c^ sont attendus? partons tous.» Il pariait encore lors — qu'on vint avertir qu'il y avait grand monde et gran bruit dans l'auberge voisine : une trentaine d'o£Eicier venaient d*y arriver; et Ton apercevait déjà dan les environs plusieurs détachements de gardes nalio nales et quelques brigades de gendarmerie, trancha toute délibération.
Les députés partent en silence; ils suivent leu guide vers une barque qui les attend ; et bien leur prit , c^r à peine avaient-ils quitté la maison , qu'elle était cernée de toutes parts. Le chef de l'expédition écrivit à la convention qu'il avait trouvé les lits encore chauds.
Cependant les députés arrivaient à Saint-Émilion ,