‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 123 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

où leur collègue Salles, parti par la barque de Quimper, paraît les avoir devancés. La maison de Guadet père les reçut.

Cette maison était située en dehors et à peu de distance des murs de la ville , mais ^éloignée de toute autre habitation. Guadet père, vieillard de soixante et dix ans , une sœur presque du même âge , un jeune fils , composaient avec deux domestiques le personnel de la maison. Les proscrits trouvèrent en eiut, trouvèrent surtout dans le jeune frère de Guadet, que son âge et sa position leur rendaient plus sympathique, des hôtes dévoués. Entré sous-lieutenant en 1 79 1 au premier bataillon de ]a Gironde, Saint-Brice Guadet sétait élevé jusqu'au grade d'adjudant général. Il était employé en cette qualité à l'armée de la Moselle lors du 2 juin. Il avait depuis été suspendu de ses fonctions, avec ordre de s'éloigner à vingt lieues de toute armée ainsi que des frontières de la république , et il s était rc^tiré dans la maison paternelle.

Cependant les proscrits ne devaient pas jouir d'un long repos à Saint-Émilion : au milieu du jour suivant on vint leur dire que le commandant de l'expédition d'Âmbès avait suivi leurs traces , et s'avançait sur eux à la tête de cinquante cavaliers. Pour comble de misère, un homme qui, depuis le matin, courait les environs pour leur chercher des retraites plus sûres , revint le soir, avec la terrible nouvelle que personne

n'osait les recevoir. Guadet en ftit confondu; que nous

étions à plaindre , dit Louvet , mais combien ii l'était plus que nous!

Que faire? Pétion et Buzot iront d'un côté ; Salles et Guadet dun autre; Barbaroux, Louvet, Valady et son jeune ami prendront encore une autre route. Ils s'embrassent le cœur serré , ils se séparent.

Cette alerte n'eût pas de suites.

Mais quelques jours plus tard, le 6 octobre, sur le soir, Tallien, parti de la Réole avec trente hommes de cavalerie révolutionniare , arrive à Saint-Emiliofi. Deux députés seulement s'y trouvaient alors , Guadet et Salles ^ Avertis à temps , ils purent se soustraire aux recherches , qui du reste, à ce qu'il paraît, ne furent pas très-sévères^. Tallien fit cependant arrêter plusieurs personnes de l'endroit, et des plus considérables , qui lui furent dénoncées comme suspectes. H plaça Guadet père sous la surveillance de deux hommes de garde qui ne durent quitter sa maison ni jour, ni nuit ^. Les biens de Guadet fils furent confisqués et mis en vente au profit de l'Etat; enfin Tallien destitua les autorités de Saint-Émilion et les remplaça par des autorités nouvelles ^.

^ Cela explique le silence de Louvet et de Buzot sur cette expédition de Tallien.

' C'est ce que j'ai souveut ouï dire dans ma famille.

^ Registre de police et d'ordre de la municipalité de Saint-Émilion , commençant le 6 février 1798 et finissant le 2 frimaire an 11.

* Ibid.

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