‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 124 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Cette visite de Taliien acheva de livrer Saint-Emilion à la terreur. Un club national des sans-culottes se forma, ou du moins prit une nouvelle activité; et la municipsdité nouvelle s'empressa de payer à la convention nationale son tribut d'admiiation , dans une adresse où les députés proscrits sont traités de scélérats, d'hommes avides, où Ton ne voit dans la conduite de Bordeaux que conspiration criminelle, attentats affreux ^

Tel était Saint-Émilion au commencement d'octobre 1 ygS. Et cependant c'était là le seul point de réunion des députés proscrits.

Hâtons-nous de dire toutefois que la Providence ne les avait pas encore abandonnés.

S III

Madame Bouquey.

La Providence, disons-nous, veillait encore sur les proscrits. Une belle-sœur de Guadet, madame Bouquey, accourut de Paris pour lui donner asile. Guadet et Salles trouvèrent dans sa maison , trouvèrent surtout près d'elle les soins les plus délicats, les plus douces consolations.

Cette heureuse nouvelle fut apportée à BarbarouSt et à ses- deux compagnons d'infortune (l'ami de

^ Kegisire , de police ol d'ordre de la municipalité de Saini-Ëmilion , 1 G et 1 3 octobre 1793.

Valady les avait alors quittés). D'après le touchant portrait quon leur fit de madame Bouquey, de cet ange du ciel, comme dit Louvet, ils comprirent qu'il n'était pas besoin de lui demander un asile, s'il n'était pas impossible qu'elle le donnât, qu'il suffisait de l'avertir de leur triste situation. Quelqu'un y courut : «Qu'ils viennent tous trois,» répondit-elle. Elile recommanda seulemeht de n'arriver que la nuit.

A minuit , en effet , les trois proscrits se présentèrent. Leurs deux amis étaient dans une cache à trente, pied» sous terre , et à laquelle on n'arrivait qu'en se laissant glisser dans un puits. Il était presque impossible de les y découvrir; mais l'entrée en était tellement dangereuse, et d'ailleurs l'air s'y renouvelait si difficilement, que les cinq habitants de cet humide souterraia se pratiquèrent, dans une autre partie de la maison, une autre retraite plus saine , presque aussi sûre , presque aussi difficile à découvrir.

Bientôt Buzot et Pétion firent savoir que, depuisquinze jours, ils avaient changé sept, fois d'asile, et^ qu'ils étaient enfin réduits à la dernière extrémité : « Qu'ils viennent tous deux , » dit encore madame Bouquey. Et cependant il ne se passait pas un jour, remarque Louvet, qu'elle ne fut menacée d'une visite domiciliaire, ou même d'être arrêtée; elle entendait crier à chaque instant qu'on ferait brûler vifs , avec les députés, les gens chez lesquels ils seraient trouvés.

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