TROISIÈME PARTIE
Emiiion! quelles larmes brûlanles! quels cris de désespoir! quelles menaces de vengeance! Cris impuissants, menaces vaines : que pourraient- ils tenter? eux-mêmes ne sauraient se montrer sans courir à la mort. Autour d'eux la terreur glace tout, et Bordeaux gémit enchaîné sous un décret inouï. Le gouvernement de Bordeaux est provisoirement militaire, ont dit les délégués de la convention ; il sera sans délai créé un comité révolutionnaire, chargé de faire arrêter tous ceux qui lui seront désignés par les bons citoyens comme ennemis de la république ; il sera sans délai nommé une commission militaire, chargée de reconnaître ridentité des personnes mises hors la loi et de les faire exécuter dans les vingt-quatre heures; enfin il sera adressé des réquisitions nominatives pour des sommes déterminées , qui devront être payées dans les vingt-quatre heures, sous peine d'exécution militaire et de confiscation des biens. On a peine à se figurer aujourd'hui qu'il fut un temps où, dans chaque département de la France, il y avait des hommes autorisés à porter de pareils décrets et investis du pouvoir de les faire exécuter.
Mais plus la révolution se souillait de crimes, plus les représentants proscrits tenaient à ce que la postérité sût au juste quelle était la part qui leur revenait dans cette révolution ; quelle était la part , au contraire , dont ils repoussaient avec horreur la responsabilité.' Ils employèrent donc le temps de leur séjour chez
madame Bouquey à retracer leur vie publique et les événements auxquels Us avaient participé.
C'est là que Louvet composa la première partie d( ses Mémoires ^ livre plein de charme, mais où la gravité de l'histoire est peut-être un peu trop déguisét sous la forme du roman, où des faits d'une, triste réa — lité empruntent trop souvent une parure donts'accom — modérait mieux la fiction; gardons-nous toutefois d'enr faire un trop vif reproche à l'auteur : les esprits grave? sauront bien trouver dans son livre ce qu'ils y chercheront, et ce qu'il a de brillant, de romanesque
même, lui vaudra de nombreux lecteurs, qu'un tou plus sérieux aurait pu effrayer.
Barbaroux aussi composa des mémoires, et la piét filiale en a recueilli et publié quelques firagments. Ce fi^agments sont empreints de l'énergie et de l'enthousiasme naturels à un homme de vingt-huit ans, né sous le ciel ardent du midi de la France; mais ils poi^ tent en même temps le cachet d'une raison et d'une expérience qu'on ne possède guère à cet âge que dans les temps de révolution.
Pétion , on n'en peut douter ^, écrivit aussi des
^ Cette première partie est datée : «Des grottes de Saint-Emilion, dans la Gironde, aux premiers jours de novembre 1793.1
^ Le témoignage de Buzot ne peut laisser de doutes à cet égard :
*" « Les deux amis qui sont avec moi ont aussi travaillé à des mémoires
particuliers, que les gens de bien liront avec plaisir.» [Mémoires.
p. 2.) Lorsque Buzot écrivait ces lignes, il n'était plus chez madame