‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 128 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

d'un procès où son honneur et celui de ses parents étaient compromis ^ Cent fois, elle l'avait assuré de sa reconnaissance, lui avait fait mille offres de services.

L'ami de Guadet ne vint pas. A la nuit donc, les trois députés partent seuls; ils s'égarent en route. Le temps était affreux , et ce n'est qu'à quatre heures du matin qu'ils arrivent épuisés de fatigue, chargés de boue et de pluie à la porte qu'ils cherchaient. Mais, de la part de madame , un domestique leur répond qu on ne peut les recevoir. Guadet insiste : qu'on l'introduise seul, si madame l'exige, mais qu'au moins il lui parle. Madame fait répondre que c'est impossible, et la porte se referme. Cependant la pluie tombait à flots, leurs habits, imprégnés d'eau, étaient glacés; Louvet succombe à la fatigue, le frisson le saisit, il perd connaissance; ses amis veulent l'appuyer debout contre un arbre, il ne peut s'y tenir; il faut l'étendre par terre, c'est-à-dire dans l'eau. Guadet court de nouveau frapper à la porte; on n'ouvre pas. tt Au nom du ciel , une chambre et du feu , dit-il , seulement pour deux heures ! un de mes amis se trouve mal ; même réponse : « C*est impossible. — Au moins du vinaigre et de l'eau. » Madame fait répondre encore que cela ne se peut. « Je ne pouvais parler, dit Louvet , mais j'entendais ; j'entendis Guadet accuser la nature

' Louvet a tu le nom de cette dame; j^imiterai sa discrétiou.

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humaine et dépiorer son sort. Ceci me valut miei :a

pour rappeler mes forces , que les liqueurs les p^i irritantes. » Il n y tient plus ; il veut partir pour Pa^nû Ses amis le supplient , rien n y fait. « A la hâte , dit-if, je me dépouille de tout ce qui pourrait me gêner dskns ma longue route: des bas, des mouchoirs, un habit restent sur le chemin; je garde ma redingote nationale je presse Guadet et Salles sur mon cœur;

j'ouvre mon portefeuille et je partage quelques' assignats avec celui-ci plus pauvre que moi; j'embrasse encore une fois mes amis , et je pars... A quelques pas cependant je m'arrête, je tourne la tête, je jette P regard inquiet sur les gens de bien que je quitte. Eux aussi s'étaient retournés , eux aussi me regardaient; et tandis que je tremblais pour eux ils tremblaient pour moi. Je les vois prêts à s'élancer pour me retenir encore. Je leur fais un dernier signe de la main, je reprends mon chemin , je m'éloigne ^. » Résolution téméraire, mais qui fut peut-être une inspiration du ciel, car celui-là , du moins , ne périt pas.

Salles et Guadet reprirent tristement le chemin àe Saint-Émilion. La maison de Guadet père avait cessé d'être soumise à une surveillance permanente, etl* garde en avait été retirée ^. Quelque danger qu'il y eût à s'y cacher, c'est là qu'ils se diiîgèrent. Inutile de dire

^ Louvet, Mémoires» p. 221 et 222.

* Registre de police et d'ordre, etc. 28 brumaire an 11 (7 novembre 1793).

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