‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 13 sur 141 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Voilà, selon nous, i origine réelle du monastère de Saint-Émilion. Émilian fut le fondateur de ce monastère dont ses compagnons devinrent les premiers moines. Et comme Émilian avait adopté la règ^e de saint Benoit , la seule dont il eût sans doute connaissance , le nouveau monastère fut régi par cette règle , et vint augmenter le nombre des établissements religieux appartenant à Tordre des Bénédictins ^

L'oratoire creusé par Émilian dans une caverne de la montagne, c est-à-dire dans le flanc de la colline voisine de son ermitage , devint , sans doute , la vaste église souterraine qui existe aujourd'hui, et qu'on a regardée comme la plus singulière de France et comme miique dans le monde ^. Cest, sans doute, aux moines compagnons ou successeurs d'Émilian qu'il faut attribuer cet édifice d'une seule pierre, car des moines pouvaient seuls conduire à fin une entreprise aussi gigantesque.

Cette église a pour base un parallélogramme de cent vingt pieds de long sur soixante de large. Elle se compose de deux parties d'inégale hauteur : la partie antérieure, de vingt-cinq pieds de profondeur, n'a guère que vingt et un pieds de haut; le reste, qui

^ Le monastère de Saint-Émilion est compté, en effet, au nombre de ceux des Bénédictins par le savant Mabillon. [Annal, orà. S. Bened. lib. XXIV, cap. xvi, tom. II, p. 21 3.)

* M. le comte de Laborde, dans son rapport à TÂcadémie des inscriptions, au nom de la commission des antiquités nationales, en i838.

forme la partie principale de Tédifice a quatre-vingtquinze pieds de profondeur et soixante de haut^ L*église entière est divisée , dans le sens de sa longueur, en trois galeries , dont les voûtes à plein cintre reposent sur les parois de Tédifice , et sur deux lignes de forts piliers ménagés dans la masse du rocher. Six croisées pratiquées dans la façade de Tédifice, trois dans la partie basse et trois dans la partie supérieure , projettent dans les trois longues allées de ce vaste souterrain une froide lumière , que les parties reculées ne reçoivent même qu'extrêmement affaiblie. Cette absence de lumière , le silence qui vous entoure , l'humide fraîcheur qui vous pénètre lorsque vous parcourez ce temple souterrain , tout cela vous fait éprouver je ne sais quel sentiment de religieuse terreur.

Plusieurs morceaux de sculpture, aussi bizarres que grossièrement exécutés , décorent l'intérieur de f église monolithe de Saint-Émilion. Ce sont des groupes de figures, tantôt ménagés en saillies, tantôt incrustés dans le rocher.

Au fond de la principale galerie, qu'on pourrait appeler la nef de l'église ^, au-dessus de l'emplacement

^ Mabiilon avait déjà donné ces mesures : « Sancti iËmiliani basilica «in rupa excisa in longum habet pedes circiter centum viginti, latitu- « dinis sexa^nta , tantumdemqoe altitudinis. » (ilnnal. ord. S. Bened, lib. XXIV, cap. xyi, tom. II, p. 21 3.)

* Cette galerie est un peu plus élevée que les deux autres ; les lignes en sont du reste fort irrégulières.

Page 1