‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 132 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

espoir sur M. Troquart, homme pauvre, mais cQura-* geux et dévoué , et le frère de Guadet se chai^ea de sonder ses dispositions ^ Nous avons entendu de la bouche de M. Troquart le récit simple et naïf de lacté de dévouement auquel il se consacra : « J*étais, nous disait-il, perruquier des maisons Bouquey et Guadet. Un jour que je coiffais Saint-Brice, il me dit : U y ^ trois ^mis de mon frère qui sont venus pour le voif , mais il n'est pas ici, il est en Suisse. Ne pourrais-tu pas ' les recevoir chez toi pour quelques jours? Je répondis que oui, et le soir même il les accon^pagna chez moi. C'était dans les premiers joyrs de janvier 1 79/i. » Dans leur humble retmite, Iç temps coulera lentement , mais la main tutélaire de leur bienfaitrice ^e se retire pas; absente, madame Bouquey veille encore sur eux , et cette pensée les console.

Vers cette époque, la terreur sembla sommeiller quelques mois ; on a attribué ce changement à Tinfluence de Danton : partisan et inventeur des moyens révolutionnaires , a-t-on dit , il commençait à en biânper l'emploi féroce et aveugle , et voulait faire rétablir le règne des lois douces et équitables ^. Peut-être est-ce faire beaucoup d'honneur à sa mémoire; tou-

^ Interrog. de Sain^Brice Guadet du 5 messidor an 11 ( 3 4 juin 1794); extrait des minutes du secrétariat de la commision militaire de Bordeaux.

* M. Thiers, Histoire de la révolution française, tpm. VI, p. 3 et 3 (Paris, 1835).

jours est-il que l'action des bourreaux fut un moment suspendue. Dans le département de la Gironde, ea particulier, les rigueurs diminuèrent , et les représentants en mission à Bordeaux fermèrent quelquefoi les yeux pour ne pas voir.

Saint-Emilion et les députés proscrits auxquels donnait asile purent donc jouir de quelques mois d calme et de repos. Ce temps fut encore employé écrire. Ds ne vivaient, pour ainsi dire, que dans le passé , car l'heure présente était pour eux un affreujiB néant; ils devaient donc se reporter sans cesse vers ce passé si riche de souvenirs.

Salles, pendant son séjour dans la maison de Guadet père \ se livra à des compositions qui, bien qu'éloignées par leur forme des ouvrages qu on est convenu d'appeler exclusivement historiques, pourraient cependant, à certains égards, leur être assimilées. Il composa des drames où sont habilement dessinés les événements et les hommes les plus saillants de la révolution^. Telle est, par exemple, une tragédie en cinq actes et en vers, dont le sujet est le dévouement, la condamnation et la mort de Charlotte Corday. Dans

^ Guadet, qui avait la vue faible, ne pouvait écrire dans le lieu sombre où il se tenait, et la lueur d^une lampe aurait pu diriger les soupçons vers la cache secrète dont le mystère le protégeait. (Interrog. de Saint-Brice Guadet du 5 messidor an ii (24 juin 1794).

^ Il parait que Salles composa un drame intitulé Satan cédant le fauteuil à Marat. Je n ai pu savoir ce qu'était devenu le manuscrit de ce drame.

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