TROISIÈME PARTIE
cette pièce , l'auteur semble avoir voulu surtout mettre en présence la montagne et la Gironde, les proscripteurs et les proscrits. On sent que, sous la plume d'un homme qui avait traversé la révolution placé au point central où tout venait aboutir, un tel drame doit être de rhistoire en action.
Barbaroux charmait quelquefois les tourments de la proscription par des compositions légères. Nous avons eu entre les mains des contes en vers composés par lui à Saint-Émtlon ; il y en avait de trèsgais; il fallait bien que les étincelles de la jeunesse se fissent jour par quelque endroit; et d'ailleurs, qui oserait reprocher à Barbaroux quelques éclairs de gaieté jetés au milieu des sombres et longues nuits de la proscription.
Moins heureux, Buzot ne peut oublier un instant rhorreur de sa position présente, et chaque jour qui s'ajoute à sa triste captivité réveille en lui de nouvelles douleur^. Puis Buzot garde au fond de son cœur des chagrins amers qu'il dévore en silence ^ Tout cela produit chez lui une mélancolie qui perce dans cha-
* Dans plusieurs endroits de ses Mémoires, Buzot fait allusion à ces chagrins, et nous lisons dans les Mémoires de Louvet : c Pauvre Buzot! il emportait au fond du cœur des chagrins bien amers que je connaissais seul et que je ne dois jamais révéler (p. ai3).» J'ai appris sur les lieux, d'un témoin oculaire digne de toute confiance, M. Meynot, que Buzot conservait religieusement un petit portrait de femme, et que la mort de madame Rolland lui troubla complètement Tesprit. Je donne ce fait tel qu'il m'a élé transmis.
que page de ses derniers écrits; jusque dans l'exprèssion des sentiments doux et consolants , Buzot répand une teinte mélancolique : « Dans le département d^ la Gironde, notre malheur fut au comble, dit-ii. Je ne conçois pas comment nous vivons encore. Sans une femme, une seule femme, nous étions infailliblement perdus! Une femme, ai-je dit; ohl non; c'es un ange accouru de cent lieues pour nous donner se^ soins , sa maison , ses consolations : tout ce qu'elle possède est à ses amis. Imaginez une femme jeufle? encore, d'une figure plus agréable que belle, qu'on, voit sans surprise, mais quon quitte avec regret; la douce sensibilité brille dans tous ses traits, dans sa voix , et plus encore dans ses yeux. Tout ce qui est vrai, beau, courageux est sûr de lui plaire; elle s'y attache, elle s'y complaît avec simplicité, saris effort, comme lui étant naturel et composant tout son bonheur. Pour nous elle a tout bravé , elle brave tout encore. Je crois lire même dans son noble et généreux cfourage que, sans d'autres devoirs qui lui commandent une réserve qui l'afflige et la contient, elle ne voudrait partager avec personne le danger de nous conserver la vie. femmes , femmes I malheur à qui ne connaît pas votre prix ! Et vous que je n'ose nommer, vous, notre amie, notre sœur; vous à qui nous devons tout sur la terre; iDodèle de courage et de vertu , quand nous sommes abandonnés , proscrits , condamnés à la mort , par quel charme incQncevable pouvez-vous encore nous ratta-