‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 134 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

cher à notre existence infcH^unée, nous la rendre chère comme votre propriété la plus aimée , et surprendre jusque dans nos* cœurs flétris par de longs chagrins , quelque sentiment de plaisir et d*espérance ? Elneore dans ce jour, où votre industrieuse et touchante amitié a paré de quelques fleurs nouvelles le pauvre et sombre asile qui npus recèle > vous no^s avez rappelé le souvenir de notre lib,erté passée. Hélas ! ces roses du printemps, leur tendre et vert feuillage, nous ne songions plus k les revoir! Bientôt, images fidèles de nos passagères vies, ces fleurs fanées retourneront au sein de la nature, qui ne les fit éclore que pour un moment. Ainsi tout passe, sur latevre, grâces, beauté, jeunesse; la vertu seule survit au temps , qui ravage tout le reste ; et quand nous ne serons plus, quand nos éléments confondus reposeront dans ia^ paix de la tombe ; que vous n*aurez plus vos anus à consoler, vos frères à secourir, U vous restera de nous le souvenir de vos bienfaits; et, versant de douces larmes sur eux, vous direz avec une noble fierté : Je n'ai pas vécu inutilement sur la terre ^ »

Du reste, nous avons recueilli de la bouche de M. Troquart des détails pleins d'intérêt sur Tintérieur des proscrits: «Je les soignais de mon mieux, nous disait-il; je gagnais au n^oins dpuze cents francs par an (c'était le temps des as^n^ts); l,e jour, la miit, j'étais en course pour leur pracurec les subsis-

* Buiot, Mémoires , p. 189 et suivantes.

tances nécessaires , ce qui m'était plus facile qu à tout autre , parce que j avais beaucoup de relations avec les gens de la campagne que je rasais. » Nous avon» appris de lui aussi toutes les précautions, toutes le» ruses qu'il lui fallait employer pour cacher les représentants à tous les yeux; les difficultés , les fatiguer qu'il lui fallait braver pour leur procurer les choses de première nécessité sans éveiller les soupçons; le détail en était touchant : de celui-ci il recevait des œufs au lieu d'ai^ent, un autre le payait avec de la farine et du pain ; ici des légumes, là du porc salé venaient alimenter* ses provisions. C'est ainsi qu'il rentrait chaque soir, apportant les vivres du lendemain. Nous avons aussi visité la modeste retraite des proscrits : « Là , nous disait M. Troquart, en montrant une cheminée, là nous faisions ensemble notre cuisine; ici couchaient Buzot et Pétion, ils occupaient mon lit; ici, sur des matelas , reposait Barbaroux: » et de grosses larmes roulaient dans âës yeux. Il conservait religieusement un vieux fauteuil sur lequel Pétion avait coutume de s'asseoir.

S VI

Grande terreur. — Catastrophe.

Si la terreur avait un moment sommeillé , elle se réveilla terrible. Robespierre a fait périr Danton et ses amis ; Robespierre l'emporte ; et sa froide inhumanité va désormais verser le sang tout à son aise.

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