‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 137 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

collègue : «Je suis Guadel, dit-il; bourreaux, faites «votre ofifice; allez, ma tête à la main, demander votre salaire aux tyrans de ma patrie. Ils ne la virent jamais sans pâlir; en la voyant abattue ils pâliront encore. »

Les dernières pensées de Salles furent pour sa femme. Il lui écrivit au pied de Téchafaud une lettre sublime de sensibilité et de grandeur d ame? Jamais peut-être il ne fut rien dit de plus simple, de plus touchant, de plus beau. Guadet se distinguait de sou collègue par une attitude plus sévère : chez lui les sentiments de Tépoux et du père s effaçaient, pour ainsi dire, devant le caractère du citoyen, du représentant; ses regards, sa pensée ne s'arrêtaient pas au toit domestique, ils étaient futés sur son pays, sur ses concitoyens. Au peuple accourant sur son passage, il xiisait : « Citoyens, voilà le dernier de vos représentants fidèles.» Sur réchafaud, il voulut parler encore, mais un roulement de tambours couvrit sa voix, et Ton ne put entendre que ces mots : « Peuple , voilà Tunique ressource des tyrans : ils étouffent la voix de fhomme libre pour commettre leurs attentats ! »

L'arrestation de Salles et de Guadet à Saint-Émilion fit penser que Pétion, Buzot, Barbaroux ne devaient pas être loin; une visite domiciliaire fut donc ordonnée. M. Troquart avertit de cette mesure les trois députés; ils lui répondirent qu'ils partiraient la nuit même.

Quand vint donc la nuit, les trois députés reçurent

de leur hôte un pain renferjcnant un morceau de yeau et des pois verts, et ils s'éloignèrent chargés de ces humhles provisions.

Le lendemain matin ils se trouvèrent à une demilieue de Castillon. On suppose quils aperçurent de loin une grande affluence d'hommes, qu'ils entendirent le bruit de tambours et de fifres, car c'était la fête du village voisin où Ton se disposait à la joie, qu'ils crurent voir des populations prêtes à marcher sur eux , et qu'alors ils prirent la résolution d'en jKnir avec la vie. Des volontaires qui passaient près de ià, et qui peut-être concoururent aussi à l'erreur des msir heureux proscrits, entendent un coup de pistolet et voient deux hommes se sauveir à travers champs : ils courent au lieu d'où le coup est parti, et trouvent un homme couvert de sang. Bs le portent à Castillon. Comme le linge du blessé était marqué des initiales R. B. on lui demanda s'il était Buzot. Ne pouvant parler, car il avait la mâchoire fracassée , de la tête û fit signe que non ; on lui demanda s'il était Barbaroux, il fit signe que oui. Le document d'où nous tirons ces tristes détails ^ fait espérer que les deux collègues de Barbaroux seront bientôt pris, parce que les campagnes des environs sont sur pied, et qa'i «est impossible qu'ils échappent.» Non, ils n'échsçperont pas, mais on n'aura que leurs cadavres! Deux jours plus tard , les corps de Pétion et de Buzot furent

* Lettre d'un membre du district de Bordeaux.

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