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PIÈCES

Vins de Saint-Émilion.

Les vins de Saint-Emilion sont depuis longtemps connus, non-seulement en France, mais en Europe et dans plusieurs parties de l'Amérique.

Dès le XIII* siècle, les poètes ont célébré le mérite du vin de Saint-Emilion. Un fabliau de ce temps-là lui assigne un rang distingué parmi les vins de France \

On voit aussi par plusieurs chartes que les rois d* Angleterre , ducs de Guienne , mirent toujours un grand prix à posséder des vins de Saint-Emilion. L'an i3ia , Edouard II se fait donner par la ville cinquante pièces devin pour certaines causes légitimes; la quittance du sommelier du roi , donnée à Londres Tannée suivante, montre que ces causes légitimes étaient le renouvellement

' Voir dans Legrand d'Aussy, tom. III, p. 35, ou dans Bari[>azan, tom. I, p. iSa , le fabliau intitulé la Bataille des vins. Le poète suppose que le roi Phâippe, qui aimait le bon vin , entreprit un jour de faire un choix , et envoya par toute la terre chercher ce qu*ofi&aient de meilleur les vignoUes les plus renommés ; il avait pour chapdain un prêtre angolais qui se chargea de Tezamen. Des divers pays du monde on vit arriver les vins les plus exquis ; le poète en nomme une quarantaine , et entre autres cdlui de Saint-Ém^on. Le roi assigne les rangs : il nonune Chypre pape; Âquilat, cardinal; quant aux vins de France , il choisit parmi eux trois rois , cinq comtes et douze pairs ; mais le poète ne fait pas connaître ces rois , ces comtes , ces pairs. Il résulte toutefois de son fabliau qu'on estimait , parmi les vins de Guienne , ceux de Bordeaux, de Saint- Emilion, de Moissac.

des privilèges de la yille \ Edouard III, en i34o, défend de faire descendre des vins de Castillon vers Saint-Emilion par eau ou par terre , soas peidledëcônfiscatiotn de ces Tins'. Ce privilège fut constamment renouvelé , comme nous le voyons par une charte inscrite au Catalogue des rôles gascons , sous Tannée i355 , et par plusieurs arrêts du parlement de Bordeaux, etc. ^.

Les rois de France eurent pour les vins de Saint-Emilion la même estime que les rois d'Angleterre. J'en citerai un exemple entre cent. Louis XIV étant venu à Libourne en i65o, les jurats de Libourne ne trouvèrent rien de mieux à lui of&ir pour vin de ville que du vin de Sainl-Emilion; le roi répondit que lé vin de Saint-Emilion était du nectar*.

Pourquoi donc ce vin est-il loin d'obtenir dansi lé cotnmerce îa même faveur qu'obtiennent des vins t^èà-ordiriaires dé quelques autres parties du Bordelais, dix Médoc , par exemple ? n y en a plusieurs raisons :

1° Les qualités du vin de Saint-Eniilion rie se développent que tard , au bout de huit, de dix, de doii^e ans ; le vin des m^il!étii*ès années n'acquiett tout son prix qu'après quinze ou vingt ans. Le négociarit, presque toujoui^s placé entre le propriétaire 6t le consommateur, s'approvisioilne, de ptéfèfence, d'un vin plus précoce , tel que lés petits vins du Médoc , entfe autres.

2" Saint-Emilion est loin des grands centres de commerce; il est, pour ainsi dire, perdu au milieu des terres, et son territoire est peu étendu. Le Médoc est, au contraire , voisin de Bordeàtit; il borde la Gàrbrine et son territoire est vaStê.

3" Les petits crus du Médoc peuvent facilement entrer dans la circulation sous le nom des grands crus du même vignoble ,

' Ârch. de Sunt-Émilioo.

* Voir Kegist. mun. de l'an lySg.

* Soufirain, Esseû, etc. sur Libourne et ses environs, t. II, p. 35.

avec lesquels ils ont nécessairement quelque ressemblance , ce qui est un grand avantage pour le négociant. Les vins de Saint- Émilion ne sauraient se prêter à cette fraude; ils sont d*une nature particulière.

à'' Les vins recueillis sur les hauteurs de Saint- Emilion deviennent, pour les petits crus des environs , ce que sont les grands crus du Médoc pour les petits crus du même territoire; Saint-Emilion y perd de sa réputation.

Mais que le consommateur s'adresse sur les Keux au propriétaire; qu'il lui paye le prix qu'il a précédemment payé au négociant, et il recevra un vin pur, savoureux, parfumé, qui, plus il vieillira, plus il acquerra de qualités précieuses.

Nota. Les propriétés entourant immédiatement la ville (ce qui ne veut pas dire que leurs produits soient exactement les mêmes) sont celles de MM. Cantenat, Rulleau, Coste, Guadet, Meynot, Duker, Mord, madame de Solminiac; un peu plus loin de la ville , mais toujours dans les crus privilégiés , se présentent ceux de MM. vicomte de Malet-Roquefort , Troquart , Georges, Lavau, Chapus, Pigasse, etc. Tous ces propriétaires habitent Saint-Emilion. Les crus de Belair, de Soutard, de Sarpe, de Sansonnet, de Mondot, etc. qui ont appartenu ou qui appartiennent encore à MM. de CanoUe, Pérès, Chaperon, Lavau, Reynaud, duc Decazes, de Sèze, Bonalgùes, etc. entrent aussi dans la première classe.

Vie de saint Émilian, tirée d'un petit livre intitulé : Officium sancH EmUiani cor^essoris, quod dicitur die 16 novemhm in ecclesia propria per totam octavam.

Beatus Emilianus in urbe Venetensi minoris Britanniœ natua est, ibique a parentibus, obscuri licet nominis, christianae ta-

men religionis observantissiinis , educatus , tam ardenter se ab ineunte œtate pietatis studio tradidit, ut omnibus qui eo familiariter utebantur exemplo esset et admirationi, quippe qui prae omnibus rébus unicum Jesu-Christi amorem respiraret, et qusecumque ad Dei cultum et perfectiouis augroentum pertînebant ardentissime complecteretur : ita ut optimus discipulorum Cbristi imitator, quœ rétro sunt obliviscens , destinatum persequeretur supernae vocationis bravium.

Cum advertisset quam fallax sit gratia , quam vana pulchritudo , quam inane hujus seculi nequam studium , nihil sibi potius duxit quam , spretis omnibus mundi hujus illecebris , avertere oculos suos ne vidèrent vanitatem, et ab bis studio et affectu longe discedere, quae dum amantur, sensus decipiunt, mentem seducunt, animique vires labefactant : atque ila jejuniis, vigiliis, oralionibus assidûis et carnem macérabat; et animum a sensu rerum corporearum avulsum in caeleslem Hierusalem evehebat, ut angelicam vitam in terris ducere non sine ratione existimaretur.

Praecipuum ejus studium et singularis cura fuit in sustentandis pauperibus , quos ad pielatem instruere , piis coUoquiis consolari, et praecipue eieemosynis sublevare non cessabat; singulos quasi fratres deoscuiabatur, et quasi membra Cbristi singulaiibus pietatis officiis compiectebatur assidue : ita ut cum omnibus concivibus suis gratissimus foret, tum praecipue Venetensi comiti, qui virum sanctum evocavit in domum suam, ut domesticis omnibus praeesset , et rem famiiiarem universam provocaret, quo in negotio eniluit quam maxime ejus erga inopes liberalitas et benevolentia.

Non interea defuit religioso viro ignis, in quo ejus virtus et patientia tanquam aurum in fornace probaretur : multi scilicet liberalitatem ejus et solerliam criminanles, eocomitem adduxerunt ut de viro pio impie suspicarelur, ac si res suas deperderet, et bona fidei suae commissa pessumdaret : observât ille quasi ex

PIECES JUSTIFICATIVES. 2d5

insidiis virum Dei , et dum de more paucos panes quos paupe • ribus elargiretur in veste occultatos defert , irato similis cornes : « Quid est, inquit, quod in sinu portas P » Cui beatus Emilianus frustula quaedam ligni calefaciendis pauperibus esse respondit : neque defuit divina bonitas , quae olim vinum in aquam convertit et petram in stagna aquarum ; intuens enim propius cornes , nibil aliud nisi lignorum particulas videt.

Haec scilicet fuit mutalio dexterœ Ëxcelsi, hoc eximium divinae bonitatis spécimen; qus non patitur sperantes in se coufundi, nec justos laqueis peccatorum comprehendi. Turbabatur cornes , et non incognitam viri Dei sanctitatem incipiebat revereri, simulque dolere quod tam facilem invidiae et livori prœbuisset accessum. Sed ecce iterum quam abunde elucet christianae simplicitatis gratia : deffert mirabile b'gnum beatus vir, quod distribuât pauperibus; nec prius in manus sumit quam animadvertat frustula illa in priorem rediisse naturam , et jam panes facta esse quibus esurientia corpora reiicerentur; ut vei sic manifestetur quam sil mirabilis Deus in sanctis suis et magnus in omnibus operibus suis.

Stupet comes ejusque servi omnes, qui jam de illala calumnia tacite torquebantur, et livore in admirationem verso, beatum Emilianum tanquam angeium Dei apud se habent : ille humilitatem viri sancli extoUit, hic charitatem depraedicat, ille modestiam eilert, hic explicat liberalitalem , omnesque simul felicem banc auimam quasi quoddam sanctitalis coUegium esse profitentur. Dolet ad haec vir beatus, protinusque céleri fuga inanis gloriae scopulos devitare meditatur : Jamque sibi eas Hispaniae oras proponit, in quibus D. Jacobi apostoli corpus asservalur, ul nuUi notus viveret, et divino cultui, abjecio curarum secularium onere , se totum manciparet.

Igitur post mullorum dierum iler fatigalus , vir sauctus ad cœnobium Saliginense quod apud Saritones situni est pervenit, ubi benignissime susceptus est a fratribus, praecipue vero a

bealo Martino» monasterii illius abbate; cui cum înnotuisset Emiliani sancthas, eum a suscepto itinere protîniis revocare conatur, et jam perfectionis religios» percupiduni , ad professionem monasticam bis verbis fertur impulisse : « Qiaridsime frater, quam vellem mecum slares , et relicto boc seculo nequam , monasterium boc , tutissimum bumanœ navigatioùis po^ tum , eligeres, in quo et Deo vocanti obtemperare, et fratribus qui meae fidei commissi sunt exemplo praelucere, et mibi jam ^enescenti singulare in Gbristo solatium esse possesl scilicét non longe quaerendus Deus nostér bis qui in éorum sunt numéro de quibus apostolus : Templum Dei estis vos , et quîbus de vocatione sua et electione pecuHari divina voluntas innotescit. » -,

Jnardescit animus Emiliani ad baec verba , et protinus ad B. Martini pedes provolutus : c En ait animam cui sane secularia omnia odio sunt , quœ unius Dei sitibunda est , quam libèntissime tuas sollicitudini committimus , ut cœlestibus disciplinis in&rmetur. » Nec mora induitur hahitu S. Benedicti ejusque regulam lœtus profitelur. Exultât ad baec universa domus, sed

. praecipue fi. Emilianus , qui infundentem se divins consolationis vim profuso lacrymarum imbre testatur : ac deinde tante fervore animi perfectionis religiosse iter aggreditur, ut nihil unquam de jejuniorum , vigiHarium et orationum studio remittere visus sit.

Tantum virtutis intuitus B. Martin us , ac de solerti prudentia viri Dei confisus, cellarii munus ei imposuit; quo in negotk) cum se dispensator^n fidelem praeberet et bénévole singulis necessaria administraret , non defuit bilmanae salutis adver-

.sarius, qui Emiliani simplicitati insidiaretur, et quosdam de monasterio suscitaret qui , ut virum sanctum incuriae et ne^ gentiœ insimularent, instrumenta quibus utebatur in immittendis vel extrabendis e clibano panibusclam subriperent, ita ut, ne deesset panis fratribus, coactus fuerit vir simplex ipse ija

ciibaDum ardeolem introire, ibique coquendos panes propria manu cUsponere, iadeqne postmodum exirahere abeque uUa corporis lesione , et magno cum stupore ac verecundia eorum qaibtts odio erat admirabiHs vin Dei simpliciias : quae tamen omnipoteoti Deo non minus grata fuisse- videtur, quam nobilis Ula trium pueronun constantia, quos ardentes flanunae adeo reveritœ sunt, ut e média fomace iliaesos abire parentur.

Gum beatum Emilianum neque calumniis , neque flammis superare daernoâ potuîsset, hune blanda laudum humanarum tîtillatione everlere aggreditur, cui tamen egregius Christi miles ita occurril, ut cum bon a venia fratrum a monasterio discederet, et in primam quam nactus esset sylvam se abderet, ubi longe ab hominum conspectu solius Dei vultum libère posset intuerL Fuit haec sylva non longe a Dordoneo flumine, cui a Cumbistunc temporis nomen erat, ad cujus latus rupesmodice assurgens tuguriolum viro Dei praebuit, in quo ille angelicam vitam quam inchoaverat nova gloria cumulavit, dum univers» aves quœ circumquaque volitabant, ita secur» ad mensam et ad manus ejus statulis bons accedebant, ut non nisi bene pastœ inde discederent, rediturae quoliescunque vocarentur.

Et quod magis mirere, fohs*qui in vaMe situs erat, revocatis aquis et retrogrado gressu, sursum versus, ad viri sancti âo* miciiium tendere jussis, satis manifeste docuit quem pietatis et simplicitatis christianœ sensum , etiam ea quae sine sensu sunt habere videantur. Neque potuit diu lalere magna viri Dei aanctitas, quin a vicinis urbibus multi quasi quodam odore pellecti ad eum pervenirent, ut vers sapientiae praeceptis instruerentur, et in variis reriun difficultatibus solatium aliquod aociperent< inter quos nobilis quaedam mulier, quae diuluminibus orbata fiierat, monita divinitus ut ad Emiliani opem recurreret, non prius ab eo signo crucis dominicœ consignata fuit, quam visum reciperet, et apertis oculis Deo bonorum omnium autori, juben(e Emiliano, sacrificium laudis offerret.

Neque tamen his vel alîis sîmilibus miraculis adeo enituit viri Dei sanctitas , quam admirabili virtutum omnium accessu , quibus anima ejus, jam mattira cœlo, ad consequendum beadtudinis œternae praenuum evehebatur. Jam sibi vir beatus in excavata rupe oratorium extruxerat, et quamplurimos instituti sui socios asciverat , quibus illa solitudo , ipsius sanctitatis et pietatis domicilium esse videbatur, hos optimus parens ad perfectionem assidue cohortabatur; praïcipue vero cum discessum animae suae praesensisset, tune enim quasi caelesti afflatus spiritu, testamentum verae pacis dictabat fratribus, et mirabili quodam affectu, virtulis imaginem in eorum cordibus inddebat.

Et cum levis morbus accessisset, sublalis in cœlum oculis, Salomonem suum, regius animus alloquebatur : « Beati viri tui et beati servi tui qui stant coram te semper, et audiunt sapientiam tuam. En ipse venio, ut videam oculis meis quae mihi, in terra aliéna , narrata sunt de te. Eripe me de boc luto corporeo, ut quae soli Deo vixit anima, in unius Dei intuitu vivat in aeternum. »Tunc sumpto corporis et sanguinis dominici viatico , manibus in modum crucis conformatis , nomine Jesu sspissime iterato , sanctissime obdormivit in Domino , anno Domini septingentesimo sexageëimo septimo.

 quelle époque doit-on rapporter la construction deTéglise coiiégiale

de Saint-Ëmilion P

La tradition et les auteurs qui ont écrit sur Saint-Emilipn veulent que Té^ise collégiale de cette ville remonte au temps de Pépin , c'est-à-dire au viii siècle; et, comme cette église se compose de parties anciennes et de parties plus récentes, les parties récentes sont attribuées par eux à l'archevêque Arnaud

Guiraud , qui réforma le monastère de Saint-EImilon au con^mehcement du xii* 8iècle\ Nous pensons, au conlraire, que c'est ]a première moitié de l*église qu'il faut attribuer à Arnaud Guiraud ; et nous faisons honneur de la seconde au cardinal Gaillard de la Motte , premier doyen du chapitre de Saint-Emilion , c'est-£Klire que nous assignons à cette seconde moitié la date du XIV* siècle.

1° La première partie de i'église ne peut appartenir au temps de Pépin. D'abord , c'est un fait bien établi aujourd'hui en archéologie , que les églises antérieures à Chariemagnc sont excessivement rares en France , et tellement rares que des savants , même parmi les plus estimables , refusent de croire à leur existence. Ensuite , et cette raison dispenserait d'en donner d'autres , le saint personnage en l'honneur duquel l'église aurait été construite mourut un an seulement avant Pépin , temps auquel on commençait , selon toute apparence , à creuser l'église monolithe du lieu; or pendant longtemps les moines de Saint- Ëmiiion ne possédèrent que cette église monolithe. (Voir ce qui est dit, V" partie , S ii.j Enfin dans la construction de la première partie de l'église collégiale on voit sans cesse le plein cintre et l'ogive entremêlés, ce qui ne peut convenir au viii' siècle, car si l'ogive a pu se montrer antérieurement au xr siècle , les exemples en sont excessivement rares.

Quant à la seconde partie de Tég^se collégiale nous disons qu'elle ne peut appartenir au commencement du xii° siècle, car alors régnait encore l'architecture byzantine avec son style lourd et sévère ; et l'architecture de cette partie de l'église ert , comme nous l'avons dit, d'un gotliique pur, d'une élégance et d'une richesse d'ornements qui décèlent un genre déjà perfectionné.

* Voir Essais et variétés historiques sur Liboume et ses environs. Nous avons dit ailleurs que Tauteur écrivit sur des Mémoires que lui avaient fournis deux dianoines de Saint-Emilion. (Voir aussi dans le Musée d'Aquitaine, tome II, pag. a6, une Notice sur Saint-£milion , par M. Jouhannet. )

270 SAINTÉMILION.

H ne serait peut-être pas très-difficile de remonter a la de Terreur qui fait la pr^nière partie de Téglise collégnfe de SaintEmilioD contemporaine de Pépin , la seconde contenporaine d* Arnaud Guiraud. Mabillon , dans ses Annales de l'ordre de Saint-Benoît, donne la description de Téglise monolithe 4e Saint-Ëmilion , et fait entendre que cette ég^se date .du vni* siècle; puis il ajoute : Hanc hodieqae retinent cononici $eculat$$, trompé peut-être par des renseignements incomplets , peut-être voulant dire tout simplement que cette église, alors paroissiale, était desservie par Tun des chanoines. Il est arrivé de là <pie U date du viii* siècle, assignée par Mabillon à l'église monolîtlie a été reportée à la partie primitive de Téglise que possédmiit réellement les chanoines , à Té^ise collégiale ; et comme on savait qu'Arnaud Guiraud avait fait travailler à cette église, c'est la partie la plus récente qu'on a attribuée à Arnaud Guir«od; tout cela sans tenir le moindre compte du caractère architectural des différentes parties de l'édifice.

Dans notre hypothèse, au contraire, tout s'explique de la manière la plus satisfaisante.

La première partie de Té^se collégiale de Saint -ÉmâioB appartient au commencement du xii* siècle. Si cette partie du monument ne date pas du viii' siècle , ei le fait est évident, il ne date pas non plus des trois siècles suivants : les Normands désolèrent le pays pendant le cours du ix% (Voir I", partie, S ni.) Les moines furent dispersés et le monastère envahi par des laïques, qui le gardèrent jusqu'à la fin du^Ki' siècle, c'est à-dire jusqu'à Tan 1080; or ce n'est pas pendant cette période qu'on pouvait songer à la consitructioii d'iine église. Les chanoines, mis l'an 1080 en possession du «monastère, furent sans cesse troublés dans cette possession, et ce n'est que Tan iiio, sous Arnaud Guiraud, qu'ils furent définitivement installés à Saint-Ëmilion; alors le monastère fut établi sur de nouvelles bases et doté richement Ces

considérations suffiraient pour démontrer que ia nouvelle église ne put guère être construite qti*au commencement du XII* siècle.

Mais c*est surtout au caractère architectural de cette première partie de Védifice qu'il faut demander une démonstration rigoureuse: Il ne peut s'élever aucun doute sur le caractère de cette architecture, elle est byzantine; de plus , comme nous Tavons dit, le plein cintre et Vogive y sont partout enibremèlés ; or, i quelle époque s'introduisit Tare ogival dans les constructions byzantines ? C'est généralement pendant le xii* siècle.

La seconde partie de l'église collégiale de Saint-Emilion appartient au xiv' siècle. Nous avons dit que Tarchiteclure de cette seconde partie de l'église de Saint-Emilion était gothique , que les ornements y étaient semés à profusion : au portail latéral sont d'innombrables statues ; à l'abside , des contre-forts, des fenêtres , une galerie chargés des plus riches sculptures; à l'intérieur, des voûtes élancées, dont les nombreuses nervures se réunissent à des defs pendante ciselées avec élégance ; or, si nous ne nous trompons, ce sont précisément là les caractères distinctifs de l'architecture du xiv siècle en France.

Et ici encore les faits historiques viennent à l'appui des données archéologiques. Au xiv° siècle le monastère de Saint-Ëmilîon se changea en collégiale , et le premier doyen du chapitre fut un cardinal , neveu d'un pape. Depuis le xii* siècle il ne s'était présenté aucune circonstance propre à favoriser un développement aussi vaste de l'église du monastère ; alors au contraire il se faisait une révolution, l'humble monastère se changeait en brillant collège. L'église, jusque-là consacrée à un cuite pour ainsi dire privé, allait servir désormais au déploiement des cérémoiiies solennelles d'un chapitre; alors, sans doute, une ég^sie composée d'une simple nef , dut sembler par tix^ modeste à une éminence touchant de si près au souverain pontife, et les chanoines eux-mêmes durent aider cette éminence à com-

prendre qu'il convenait de mettre cette église en harmonie avec la haute position de leur doyen.

S'il fallait donc assigner une époque précise à la construction de la deuxième moitié de Téglise collégiale de Saint-Emilion, nous dirions que cette construction dut être entreprise sous le premier doyen du chapitre , le cardinal Gaillard de la Motte.

Tout ce qui vient d*être dit sur Téglise collégiale de Saint- Elmilion convient également au clocher de l'église paroissiale.

Charte de conûrmation de la commune de Saint-Émilion , datée de la première année du règne du roi Jean (1199). Ladite charte contenue dans un videmus de Tan i34o.

Noverint universi et singuli prsesens instrumentum puhlicum inspecturi, mé notarium publicum infrascriptum , praesentibus testibus subscriptis, vidisse, legisse, tenuisse, diligenter inspexisse quasdam patentes litteras excellentissimorum principorum (sic) dominorum Johannis et Henrici, condam Dei gratia regum Angliae , dominorum Hyberniae , ducum Normandiae, Âquitaniae et comitum Audeg. sigillis* suis veris et inlegris in pendenti sigillalas, quarum ténor sequitur in hune modum :

Johannes, Dei gratia rex Angliae, dominus Hyberniae, dux Normandiae, Aquitaniae, comes Audeg. archiepiscopis , episcopis, abbalibus, comitibus, baronibus, justitiariis , vicecomitibus ac omnibus baillivis et lidelibus suis , salutem : sciatis quod nos concessimus et in praesenti carta nostra conûrmamus dilectis et fidelibus nostris burgensibus de Semelion quod ipsi communiam habeant in villa de Semelion , cum omnibus libertatibus et liberis consueludinibus ad communiam pertinen-

tibus. His testibus (suivent les noms des témoins ).... Datum per manum H. Cant. arcbiepiscopi, cancellarii nostri, apud Paies. VIII die Julii, anno regni nostri primo.

(Vient ensuite une charte de Henri 111.)

Actum in villa praedicta , anno Domini m*" ggc*" xl°, quinta die mensis Decembris, praesentibus (suivent les noms).

Charte par laquelle le duc de Guienue Edouard I*', la dix-septième année de sou règne (1289), accorde aux officiers municipaux de Saint-Émilion la haute et basse justice sur les biens et les personnes des habitants de la ville et de la banlieue, sauf quelques exceptions.

Edwardus , Dei gratia rex Angliae , dominus Hiberniae et dux AquitanisB, omnibus ad quos praesentes litterae pervenerint, salutem : volentes dilectis et fidelibus nostris majori et juratis et coomiuniae villae nostrae Sancti-Ëmiliani gratiam facere specialem , concedimus eisdem balleucam , scilicet a dicta villa Sancti-Emiliani , versus Castellionem , usque ad locum vulgariter appellatum pratum Neyronis ; et de hinc usque ad pontem vocatum de Petra;etde hinc usque ad imum maris de Brane'; et de hinc usque ad aquam de Tailhayat et usque ad imum maris ; et de dicto imo maris usque ad crucem de Montaignes prope hospitale de Pomeyrols; et de dicta cruce usque ad vadum de Leyrat prout descendit aqua vocata la Varvana ; et de dicto loco usque ad molendinum Raymundi de Curiis quod est in loco vocato a Parsac ; et de dicto loco usque ad ulmum de la

* Imam mare désignait , selon les magistrats municipaux de Saint-Emilion , le bord extérieur de la rivière. (Voir Reg. munie. i5 avril 1786.) Il signifie pour nous le fond , le milieu de cette rivière.

274 SAINTÉMILION.

Garrua, subu» Podium BlAûqueti M et de dicto loto unique iêA supradicium locum de prato Neyroni». Volentes et coticedeiitâs quod major qui nunc est yd qui pro tempore taetït habeat et exerceat altam et bassam jurisdictionem in burgensibus dictœ viUœ et in rébus eorumdem burgensium infra termiuos supfàdictos exiâtentibud, if a tameu quod etecutio ultimi supplicii klôbid et hêk*edibttS nostrts péf petuo remaneat , per praepositum nostrum loci praedicti exequenda. Et si contigerit aliquo casu aliquem de dictb burgensibus, vd majorem dicti loci injuriam facere alicui de familia nostra, vel senescaiii nostri Vftsconias, vd aliorum tninistrorum nostrorum, in boc casu jurisdictio ad nos vel senescallum nostrum Vasconîae pertinebit Item, cognitio omnium extraneorum et forinsecorum dîctse villsB intus et extra, infra dictam balleucam, ad nostrum prœpositum pertinebit vel extranei vel forinseci erunt rei et aliorum casuum ad nos tanquam superiorem pertinentium , vd dominum feudi, cum de nostris feudis cognoscetur. In cujus rei testimonimn bas litteras nostras fieri fecimus patentes. Datum apud Condatum, septimo die Junii, anno regni ncstri dedmo septimo*.

Artides de la capitulation condue entre le maire, les gens d'église, nobles, bourgeois et habitants de la ville de Saint-Émilion et les généraux du roi de France Charles YII , datée du 5 juin 1451.

Appoinctement faict par messeigneurs les comtes d*Ângoulesme et de Pentbièvre, et monseigneur le comte de Dunoys et de Lbngueville , lieuctenant général du roy, sur le faict de la

* Puy-Blanquet. Podium , dans la basse latinité, désigna une butte et se traddsit pat* pûy : de là le nom de Puy-Saint^Mane donné à un quartier de Saint- ÉmtKon.

' Cette charte est indiquée au Gatidogne des rôles gascons avec la date du

guerre, avec les maire, gens d'église» itoblea, bourgeois et babilans de la ville de Sainct-Éwiliont pour raÎKMKX de ia red^ ditiou de ladiote ville de Saiuct-Emilion en Tobéissance du roy, nostre souverain seigneur, en la manière qui s'eufuiçt ;

Premièr^nent, lesdits maire, gens d'église, bourgeois et habitans baiUeront ladicte ville de Sainc^^Emilioq règlement et de £jdct es mains de monseigneur le comte de Penthièvre, pour le roy , notre souverain , ou de ses commis , dedens demain qui sera dimanche, sixiesme jour de juin-

Item, et tous ceulx qui vQuldront demeurer en ladicte ville t de quelque estât, nacion ou condicion quils «oyent, faire le pourront en faisant le serment d'estre bons, vrays et loyaulx subjects et obéissants au roy, et eP ce faisant, il^ auront tou9 leurs biens et héritaiges quelxconques quelque part qu'ilp» ftoyent

situez ou assiz, et ils auront aboUcion générale de tom ça^ et

choses quelxconques.

Jtem, et demeureront tou9 lesdiçta habitans, gens d'église, nobles et autres quelxconques en leurs franchises , privilège^ et libertés anciennes à eux données par les prédécesseurs duça de Guyenne, et promettront mesdits aeigneurs les comtes de leur faire confirmer par le roi iceux privilége^ • libertés et iranchises ; et ainsi Tout promis et juré le faire.

Item, et s'il en y a aucuns qui ne veuillent demeurer en ladicte ville ne faire serment, aller 9*en pourroni avec tous leurs biens, chevaux, harnois et biens quelxconques, et auront bon sauf-conduict pour ce faire.

Item, et s'il en y a aucuns qui pré9entement ne veuillent faire serment, et veueillent faire leurs besongnes et quérir leurs biens quelque part qu'ils soyenjt et leurs dobtes en leur party, faire le pourront et seront receus a eulx déclarer de eulx faire fian-

3o mai. «Pro burgensibus viflœ de Sancto-EmîUano , de habeoda banleuca sd- «liœt dict» viHœ , etc. cum butUs et métis et juiûdictîone in eadem. Data apiid Cood^t ) 3o hmu. »

coys jusques au temps et terme de trois mois prouchement venant, et cependant pourront retourner, si bon leur semble , en ladicte ville et faire le serment, et y seront receuz et auront tous leurs biens et héritaiges ainsi que dessus est dit.

Item, et si les aulcuns d*iceulx habitans de ladicte ville ont. aulcuns de leurs biens où party contraire , ils les pourront aller quérir ou envoyer par le congé et licence de leur capitaine, sans aulcun reprouche.

Item, et pendant ledict temps de trois mois, les dessusdicts qui 8*en iront pourront laisser en garde en ladicte ville tous leurs biens ou atdcuns d'iceux, si bon leur semble, ou les envoyer quérir, si bon leur semble , pendant iceluy temps , ou les vendre , et ne leur sera donné en iceulx biens qu'ils laisseront en ladicte ville aucuns destourbièr ou empeschenlent.

Item, et pourront les habitans dicelle ville demander, requérir et etdx faire payer de toutes leurs debles bonnes et loyaulx de tous cetdx qui auicune chose leur doyvent ou pourront debvoir, à quelque cause ou couleur que ce soit, nonobstant qu'ils ayent esté du party contraire.

Item, que nul desdicts habitans ne sera contrainct, durant lesdicts trois moys , d'aller en la guerre ne soy armer se bon ne leur semble.

Item plus, se aulcuns, de qudque part qu'ils ont aulcuns héritaiges en ladicte ville et soyent demourans ou party contraire, pourront venir dedans lesdicts trois mois demeurer et ravoir leursdicts héritaiges, et en joyr franchement et quittement comme ceulx de ladicte ville ou y envoyer leurs plus proches héritiers pour en joyr comme dessus.

Lesquelles choses ainsi déclarées que dessus , messeigneurs les comtes ont promis et promettent tenir et faire tenir et accomplir de poinct en poinct, selon leur forme et teneur, sans enfraindre en auicune manière. Faict et passé avant la pocession prise de ladicte ville , soubs les seings manuels et seaulx de mesdits sei-

gneurs , le samedy cinquiesme jour de Junius , l*aQ mil gggg cinquaDte et ung.

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