PREMIÈRE PARTIE
Ces tombeaux, fouillés en lygS, lors de la profanation des églises, mirent à nu une immense quantité d'ossements humains. Plus tard, lorsque sur tous les points de Tempire on demandait du salpêtre à la terre, c est le sol de Téglise qui fut défoncé, et alors encore furent découverts et laissés çà et là des débris nombreux de corps hmnains. C'était une chose horrible à voir que cette église naturellement sombre, tapissée de tombeaux entr'ou verts et jonchée de morceaux de squelettes; et cependant cet état de choses s'est prolongé jusqu'à 1837, ^^ l*église monolithe de Saint- Émilion a été rendue au culte, grâce au zèle éclairé du prélat qui gouverne aujourd'hui l'église de Bordeaux, M. Donnet, et aux soins de M. le curé de Saint-Émilion, M. Sauldubois. L'office divin y est célébré plusieurs fois l'année.
Ruine du monastère de Saint-Emilion et dispersion de ses
moines.
Les auteurs de la Gaule chrétienne ont écrit que le monastère de Saint-Émilion avait été ruiné par les Normands ^. Il serait difficile de produire des preuves de ce fait , mais on peut l'induire d'une foule de circonstances fournies par l'histoire de ces temps-là.
Vers le milieu du ix* siècle , les Normands , enhardis
* Gallia Christ, tom. II, col. 881.
par de précédents succès et par les divisions des fils (te Louis le Débonnaire , se présentèrent devant Bordeaux qu'ils emportèrent de vive force. Maîtres de cette ville, dont ils firent, pour ainsi dire, un désert, ils étendirent pendant un demi-siècle leurs ravages sur les pays d alentour. Les auteurs contemporains sont pleins de cris de douleur sur Tétat affreux de ces malheureuses provinces : «Dans ce temps-là , dit Adémar \ les Normands se répandirent en Aquitaine, car les grands s'étaient entre-détruits, et il n'y avait plus personne qui pût opposer de résistance ; ils brûlèrent le monastère de Dée , Bordeaux, Saintes, Apgoulême, Limoges etc. et détruisirent une quantité innombrable de monastères et de châteaux forts. » Là plus grande et la meilleure partie de la noblesse d'Aquitaine avait péri à la bataille de Fontenai, dit un autre historien , en sorte que les Normands s'emparaient de ses terres sans éprouver la moindre résistance ^. Nous trouvons encore un effrayant tableau des malheurs qui pesèrent
^ Ademari Chron. ap. Bouq. tom. VII, p. 226. La Chronique d'Aquitaine place la prise de Hlè d'Hermoutier à Tan 846, celle du monastère de Dée à Tannée suivante, et la prise et Tincendie de Bordeaux à Tan 848. (Ap, Bon^. tom. VII, p. 228, D.)
^ « Undesic dissipata est nobilitas Aquitanorum , ut etiam Nortmanni « eorum possideant terras , nec est qui eomm fortibus résistât. » (André» presbyteri Brève chron, ap, Bouq, tom. VII, p. 2o4, B.)
Au travers des phrases ampoulées d'un autre auteur, on voit bien quelle devait être alors la décolation du pays. « Quid Aquitanie gentis « ingentem referam afflictionem, quaî olim bellorum nutrix, nunc frigi-