‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 18 sur 141 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

((Quelques-uns de nos frères nous ont fait connaître que le lieu où repose le corps de saint Émxlian, envahi et longtemps possédé par des laïques, serait bientôt réduit à rien s il n y était pourvu... Nous nous sommes donc adressés d'abord au seigneur de cette terre, le vicomte Olivier, et Tavons amené, et par la crainte du juste jugement de Dieu, et par la raison, à abandonner librement à nous et à nos successeurs les droits de Tég^se qu'il avait injustement envahis et retenus de force... Après cela, nous avons d*abord exhorté par une admonition paternelle , ensuite contraint par notre autorité Fortis de Rotland qui , vivant sécuiièrement avec une femme et des enfants, retenait un bénéfice de l'église, à y faire participer canoniquement et régidièrement ses frères, et à renvoyer la femme avec laquelle il vivait illégitimement.

« Afin donc que ce lieu consacré par nous se relevât au profit de la religion , et que le service de Dieu s'y fît avec plus de convenance et plus firéquemment , pour notre salut et le salut des bienfaiteurs du lieu, par le conseil des prélats et des chanoines de notre siège, à la satisfaction et du consentement du vicomte Olivier, et avec l'aide des seigneurs du pays, nous avons établi chanoines dans ce lieu ^ ledit Fortis de Rotland et les autres frères qui ont voulu suivre la vie

^ On sait que les chauoiaes vécurent autrefois en communauté, de la même manière que les religieux, et suivant les règles de la vie monastique.

religieuse , vivre cloîtrés et selon la règle , et nous leur avons concédé cedit lieu et tous les bénéfices qui en dépendant pour leur usage propre, répétant une, deux et trois fois qu'ils doivent vivre cloîtrés et selon la règle , avoir un prieur qui, canoniquement élu par eux et confirmé par Tarchevêque de Bordeaux, les maintienne sous une sévère discipline. Nous leur avons aussi accordé que , sauf les droits de notre justice , tout ce qui a été ou sera donné au monastère en vignes, prés, bois, terres cultivées ou incultes, etc. ils le conservent sans trouble, à perpétuité et sous notre protection , pour servir aux besoins de ceux qui se consacreront dans ledit monastère au service de Dieu,.. » Suivent les anathèmes et les imprécations d*usage contre tout comte, vicomte, prince et toute personne laïque quelconque qui troublerait lesdits chanoines, ou s emparerait de force de choses à eux appartenant ou dépendant de l'église. Enfin, pour donner plus d'autorité à cette charte, l'évêque Goscelin , non-seulement la revêt de sa signature, mais encore la fait signer par plusieurs évêques , par ses abbés et par ses chanoines, par le prince Guillaume, c est-à-dire par le duc d'Aquitaine, Guillaume VI, et par le vicomte Olivier.

Cependant les imprécations et les anathèmes lancés par l'archevêque ne purent tellement protéger le monastère de Saint-Émilion et ses chanoines qu'ils n'aient été bientôt l'objet de convoitises et de violences réité-

Page 1