DEUXIÈME PARTIE
leurs marchandises quelconques ne seront arrêtés ni saisis à Fronsac, ni dans tout autre lieu soumis au pouvoir dudit vicomte. » Et comme il était rare , en ces temps-là plus qu'en aucun autre peut-être, que les engagements fussent loyalement remplis, on s était habitué à les entourer de tout ce qui pouvait les rendre plus sacrés. Ainsi le vicomte de Fronsac et les magistrats municipaux de Saint-Émilion jurent, la main posée sur Tévangile, qu'ils tiendront en tous points les promesses mutuelles qu'ils viennent de se faire. De plus , trente-deux bourgeois de Fronsac du côté du vicomte , soixante-six bourgeois de Saint* Émilion du côté de la commune, jurent également sur l'évangile, les prenaiers, qu'ils feront exécuter par le vicomte, dans toute lem* étendue, les engagements qu'il vient de prendre; les seconds, qu'ils obligeront le maire, les jurats et la commune de Saint-Émilion à remplir toutes les obligations auxquelles ils se sont soumis. Enfin, pour plus de garantie encore, les parties contractantes prennent à témoin de leurs conventions le sénéchal de Gascogne, et invoquent son intervention contre celui qui manquerait à sa parole; le sénéchal promet de venir en aide à celui des deux contractants ^({ui réclamera son assistance.
Cet acte est revêtu de quatre sceaux différents , savoir : celui du vicomte de Fronsac, celui du maire de Saint-Émilion , celui de la commune, celui du sénéchal de Gascogne.
Tout ceci prouverait, s'il en était besoin, qu'au milieu du xiii* siècle Saint-Ëmilion était le seul endroit de quelque importance dans un rayon de plusieurs lieues. Gondat, depuis le temps d'Ausone, avait bien acquis une certaine célébrité ; les ducs d'Aquitaine y possédèrent un château, où, de temps en temps, ils firent quelque séjour ^ mais èe ne fut cependant encore qu'un hameau décoré d'un château seigneurial. Castillon n'était guère qu'un château fort, castrum : c'est sous ce titre qu'il figure dans les chartes de ces temps-là , castrant de CastiUion , castrant Castellione ^. Libourne était encore un simple port du nom de Fozera ou Fozela ^. L'an 1 270, Edouard, fds
^ Edouard I", la dix-septième .année de son règne (1289), signa plusieurs chartes à Condat, comme on le voit au Catalogue des rôles gascons. Deux de ces chartes , relatives à Saint-Ëmilion , sont conservées dans les archives de cette commune. La princesse de Galles , la belle comtesse de Kent, séjourna aussi à Gondat, où elle reçut du Guesclin,' prisonnier .de son mari. Ge même du Gueselin , par une vengeance indigne d un aussi grand homme, fit plus tard dégrader le château de Gondat, témoin importun de sa captivité. Après la bataille de Gastillon , Tan 1 '453 , les Français victorieux détruisirent de fond en comble ce qui restait de ce château.
Condat n est plus qu un hameau de la commune de Libourne.
^ Nous connaissons des vicomtes de Castillon depuis 1 iSy. Voir la charte de fondation de Tabbaye de Faise [Gallia ckristiana, tom. II, instr. col. 322); voir également Anselme, Hist. généal, tom. III, p. 367. 'f
^ Voir sur la ville de Libourne, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi, par MM. M. et J. Delpit, tom. XIV, part, if , p. 373.