DEUXIÈME PARTIE
L'an 1 3 1 7, le sénéchal de Gascogne , au nom du duc, prend les habitants de Saint-Émilion , leurs familles et leurs biens, sous sa protection et sauvegarde, contre les attaques du vicomte de Bénauge et de Gastillon , ainsi que de tous autres K
Avec Edouard III commença cette longue série de guerres qui eut pour origine la question de succession à la couronne de France , en 1 3 2 8 , et qui ne se termina que par Texpùlsion des princes anglais hors du royaume, Tan i45i. Le sort du duché d'Aquitaine, et en particulier de Saint-Émilion , fut plus d'une fois attaché aux éventualités de ces guerres.
En 1337, Edouard III écrivit à tous les seigneurs et à toutes les communes de son duché , pour les exhorter à lui continuer leurs bons offices, leur demandant de rester fidèles à sa cause, et de défendre ses droits comme ils Tout fait jusque-là. Saint-Emilion reçut, comme les autres communes d'Aquitaine, les remerciments du prince pour le passé , et ses sollicitations pour l'avenir^. Des lettres semblables fiirent
• Burdegalensis crebra est mentio juratorum et centum parinm urbis «Baionensis (etap. Rymer, tom. V, p. a3o). Ita in charta majorûe
• Rotomagi et Falesis mentio perinde est centum pariam earmndem «mitatum, ex quibus eligi solebant 12 scabini et 13 consultores, post «Ordericnm Vitalem, p. 10661 (et ap. de Laurière, tom. I", Ord. reg. Franc, p. 807). Gang. verb. Pares conunun.
^ Arcb. de Saint-Émilion. Bénauge, petite contrée du Bordelais, sur a Garonne, cbef-lieu Gadillac.
' On trouve dans Rymer, aux dates des 3 5 et 37 juin i337, ies lettres dont nous parlons.
encore écrites, en i36i, aux villes de Bordeaux, de Saint-Macaire et de Saint-Ëmilion *.
Du reste , rien ne nous dit quel service militaire devait au duc de Guienne la ville de Saint-Emilion. MM. Delpit ont publié ime charte du xm* siècle, portant que Saint-Émilion devait le même service que Bordeaux, mais reste à déterminer le service que Bordeaux devait ^.
Nous devons supposer que Saint-Émilion répondit franchement aux vœux d'Edouard. Nous voyons , du moins , par une charte de ce prince , que , Tan 1 3 4 1 , les églises et les monastères des frères. prêcheurs et des frères mineurs furent totalement détruits par la guerre ^. Quelques années plus tard , les moines des deux couvents lurent autorisés à se transporter dans l'intérieur de la ville.
Nous ne saurions dire au juste à quelle époque les frères prêcheurs ou jacobins changèrent de demeure;
^ Rymer, Act. puhl. tom. II, part, m, p. 38.
^ Voir Notices et extraits des manuscrits de la Biblot. du roi, par M. et J. Delpit, tom. XIV, part, n, p. 376.
^ c Ëcdesiœ fratrum pnedicatorum et minomm viHae j^naedictae (Sancti «Ekniiiani) ac alia eorum œdificia; nec non domus, bordialia, vines «borgensium ejusdem viil» et eorum loca et possessiônes, ratione^nsc sentis guerr», taliter destructa sunt et consumpta, quod tîx habeant «unde vivant iis diebus.» (Charte conservée à Saint-ÉmUion). Le mot bordialia jeiprime ici ce quon appdle encore hordieu dans le Bordelais, c'est-à-dire un domaine planté en vigne, avec une maison d'exploitation. Le paysan préposé par le propriétaire à la culture du hordieu s'appelle hordier.