‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 51 sur 141 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

leçons à puiser dans ces vieux monuments, pour lesquels nous affectons parfois un dédain peu philosophique.

Veut-on maintenant de rignorance et de la superstition? il ny a qu'à lire les dispositions qui pimissent les enchanteurs et les magiciens^ Le S l de la coutume veut que : « si des hommes ou des femmes usent de sortilèges, conune de lier im homme afin qu*fl ne puisse. voir sa femme (je traduis), ou invoquent des démons au moyen de la nécromancie ou d'autres arts, et qu*iï en puisse résulter dommage pour autrui , ou bien taillent des images ou figures avec les draps de

lit de quelqu'un , ou mettent dans le lit quelque amulette ou de la vermine, ou autres choses qui puissent troubler le repos, de telles gens doivent être punis par une longue prison et avoir leurs biens confisqués ; après quoi ils seront bannis de l'endroit; et si'jamais ils s'y présentent , ils encourront la mort. » Voilà la loi , nous en avons vu une application dans la personne de Vidalle Gaussen ; les coutumes nous en fournissent d'autres : « Il arriva que certaines gens vinrent à l'église de Saint-Michel pendant la nuit, et déterrèrent des enfants; prirent leurs bras et placèrent dans leurs mains des lumières enchantées. Ils ouvraient les maisons et entraient dedans; vous étiez éveillé et vous ne pouviez dire un mot, et il n'y avait personne qui pût voir la lumière ni la main; vous leur donniez la clef de votre argent, et le lendemain vous ne saviez

plus ce qui s était passé ^. Mais ils furent épiés, découverts et menés à l'hôtel de ville; et là il fiit jugé qu'ils étaient hors de tous fors et de toutes lois, parce qu'ils étaient sacrilèges, voleurs et enchanteurs, et qu'aussi bien ils pouvaient tuer un homme ou enlever sa fille, sa femme ou son argent au moyen de leurs enchantements; c'est pourquoi ils furent traînés et pendus 2. »

La coutume avait des peines sévères contre i'infraction aux devoirs conjugaux^ Elle contient à ce sujet* plusieurs anecdotes piquantes. Ainsi un homme marié, nommé Bosquet, fut condamné, au mois de décembre de l'an l289^ à courir la ville avec une Anglaise dans le lit de laquelle îl avait été trouvé la nuit précédente. Voici de quelle manière leur commerce fut découvert. Un jurât de Bordeaux et un autre homme, dit la coutume, virent par un trou ledit Bosquet et ladite Anglaise, nu à nu, couchés ensemble dans un lit; le jurât continua de regarder pendant que ceux qui l'accompagnaient ouvrirent la

^ Ces idées paraissent s'être perpétuées dans le Bordelais jusque nos jours. En i838, la cour d assise ûe la Gironde ayant à juger pour vol un scieur de long de La Réole , un témoin vint déposer que le prévenu avait voulu Tentrainer dans ses habitudes criminelles , et lui avait dit avoir un secret de se rendre invisible la nuit : «Je nai, disait-il, qu'à chercher dans un cimetière le bras d'un enfant nouveau-né et rallumer, il brûlera de manière à ce que je puisse voir tout le monde, sans que personne m'aperçoive. »

* S XLVI

^ «Dimars après la festa S** Lucia Vergés, anno domini 1289.»

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