DEUXIÈME PARTIE
lie juge royal de Saint-Émiiion gagna donc ce que perdaient les magistrats municipaux. Sa charge augmenta d'importance en proportion de Tîmportance qui échappait k la justice municipale. Dès lors les deux juridictions, pour ainsi dire juxtaposées, furent souvent en conflit; et, plus dune fois , appelèrent le parlement de Bordeaux à trancher les questions relatives ^ux règles de leurs compétences respectives.
Du reste , ce n'est pas dans le Bordelais seidement <jue le régime municipal dégénérait; partout à cette époque se manifestait la même tendance. Lorsque ïordre et la subordination commencèrent à régner dans la monarchie , lorsque les rois se sentirent assez forts pour dominer sur les nobles , dès lors ils travaillèrent à diminuer l'importance des communes , en les rendant d'abord impuissantes et bientôt à charge à elles-mêmes. Toutefois Saint-Emilion mit longtemps encore du prix à son titre de commune et aux prérogatives qui en découlaient.
S VI
Saint-Émilion pendant les troubles religieux du xvi* siècle.
Ce fut un temps déplorable que celui de nos troubles religieux. C'est l'époque la plus sombre de notre histoire; car, si le fanatisme politique de lygS produisit une explosion plus violente que le fanatisme religieux du xvi* siècle , celui-ci dura bien plus
que Tautre. Pendant ces troubles, la Guienne fat Tune des provinces de la France qui eurent le plus à soufifrir.
Dès Tannée 1 538 le parlement de Bordeaux porta une condamnation contre onze religionnaires. D'autres condamnations, dont quelques-imes capitales, forent encore prononcées dans les années suivantes; mais ces rigueurs ne purent intimider les partisans de la réforme^ ; et en 1 56 1 on comptait dans Bordeaux environ sept mille huguenots^. Enfin fls étaient à peu près maîtres du Bordelais, lorsque Tan i563 Monduc les joignit sur la Garomie et les dispersa.
A Saint-Émilion , la commune , son maire , ses ju-
' L'an i556 deux jeunes gens, l'un nommé Arnaud Monîer, de Saint-Émilion, âgé de vingt-cinq ans, Tautre Jean Decazes, de Libourne , âgé de vingt-sept ans , furent traduits comme religionnaires devant le pariement. «Les juges se divisèrent, dit lliistorien de Thou: les ans voulaient une condamnation capitale , les autres pensaient qu'on devait agir avec plus de douceur, et reléguer, pour quelques temps, les
accusés dans un monastère les voix se partagèrent également;
et, contre la coutume qui veut que, dans ce cas, on se décide pour la
peine la plus douce les accusés furent condamnés à mort. La
cour ordonna que, pendant le supplice, les portes du palais seraient fermées, et que des troupes seraient disséminées par la ville. Mais lorsque les patients furent livrés aux flammes, une telle terreur s'empara des assistants, qu'ils prirent tous la fuite comme s'ils eussent été poursuivis par les ennemis, et que les huissiers et autres officiers d^ justice présents se sauvèrent dans les maisons voisines , suppliant ceux qu'ils rencontraient de les cacher et de leur sauver la vie. » (Jac. Àug. Thuani, Hist lib. XVn, cap. xix.)
* Hist. eccUs. de Bèze, tom. I, liv. V, citée par D. Devienne, p. «Sa.