DEUXIÈME PARTIE
Irats, ses cohseilers ; le chapitre, son doyen et ses chanoines; les couvents et leurs moines; corps souvent rivaux et divisés, furent toujours d'accord sur ces deux points : observance de la religion catholique et soumission au roi; ce qui ne put cependant préserver la ville des fléaux attachés à la guerre civile.
Dans Tannée i568, la guerre se concentra, pour ainsi dire , sur la Guienne , et Saint-Émilion fournit de tristes épisodes à Thisloire de cette guerre ^ Le vendredi 20 février^, sur les dix heures du matin, le dizenier de garde à la porte Bouquère vient avertir le maire qu'un officier , se disant commis par le contrôleur des guerres de monseigneur de Montluc (alors gouverneur de la province), demande à parlemen-
^ J'ignore où l'aateur des Essais et variétés historiques sur Liboume et ses environs a pris que, vers les années i563 et i564) Saint-Émilion fut attaqué à diverses reprises, et maltraité presque impunément, nais que les insurgés « y trouvèrent fort peu à piller, même dans les temples, dont on avait eu le soin d'enterrer la majeure partie des vases sacrés;» qu'ils se bornèrent chaque fois à renverser les autels, à lacérer les images, et à se faire donner quelque argent (tom. I, p. 3 1 3). Je n*ai rien trouvé de semblable, ni dans les archives de Saint-Émilion, ni dans les auteurs du temps. Il y a plus : les magistrats municipaux de Saint-Émilion, dans un mémoire de Tan i568, disent positivement que leur ville resta intacte jusque-là : « Laquelle a esté tenue pour une forteresse jnsques à présent que lesdicts capitaines ont toléré qu'elle aye esté saccagée, déshonorée, ruynée, démolye et spoliée. »
* Je prend» ici les dates telles qu'elles sont données par les documents originaux. (Voir observations chronologiques, p. x.) Tout ce récit est extrait d'un procès-verbal dressé le 30 février 1 568 par le maflre ée Saint-Émilion, Jehan David.
ter. Le maire se rend aussitôt sur les lieux , où il trouve quarante ou cinquante hommes à cheval. Ceux-ci lui annoncent qu'ils sont suivis de cinq compagnies de gens à cheval et à pied , et ils commandent qu'on baisse les ponts. Le maire leur représenta que le seigneur de Montluc, informé des charges qui avaient récemment pesé sur Saint-Émimilion , telles que coi*vées, passages et séjour de gens* d'armes, avait exempté la ville de tout logement de troupes. Toutefois , il va rassembler les principaux habitants de la ville pour délibérer avec eux sur ce qu*il convient de faire.
Mais à peine le maire entrait-il dans la maison commune, lorsqu'on vint lui annoncer que ((toutes les troupes estoyent jà survenues et commençoient d'arcabouser les murs, et avoient mys le feu au pont et aux premières portes dudict portai, et homicide troys habitants de ladicte ville, qui s'estoyent présentés pour veoir lesdictes compaignies ; et mesmes que les soldards entre eulx se entre blessoyent. » Le maire courut sur les murs , agitant un linge blanc en signe de paix, et lorsqu'il eut enfin obtenu silence, il déclara aux assaillants que, si c'était pour la religion prétendue réformée et contre le roi qu'ils portaient les armes (ce que semblait indiquer leur conduite), («les habitants de la ville ne souffriroîent un tel assaut , mais exposeraient leurs vies pour la garder à sa majesté. >> Les capitaines des compagnies répondirent